Une cloche pour la petite Sayun (Hiroshi Shimizu, 1943)

La vie dans un village de la campagne taïwanaise soumis à l’influence bienfaitrice de la police japonaise.

Film à la gloire de la colonisation impériale, Une cloche pour la petite Sayun commence par une apologie du travail des policiers japonais qui, en ces terres sauvages, font aussi office de professeurs, de médecins et de bâtisseurs. A côté des passages ouvertement propagandistes -que la mise en scène ne nuance aucunement- une large place est accordée à la vie dans le village, à l’élevage des bêtes et aux déambulations des enfants. On retrouve intact le génie de Hiroshi Shimizu pour filmer les paysages lacustres et montagneux. Malgré l’instrumentalisation propagandiste, ces aborigènes du Pacifique sont appréhendés avec une fraîcheur qui rappelle le Flaherty de Tabou. Tout cela pourrait paraître inconséquent si un drame ne se nouait dans la dernière partie, celui qui donne son titre au film et qui est inspiré d’un fait divers abondamment récupéré par la propagande nippone exaltant le sacrifice et le dévouement des peuples conquis: la noyade d’une jeune fille qui portait les bagages d’un policier japonais. Le gouvernement impérial a alors envoyé une cloche nommée d’après la jeune fille. Pour qui n’est pas au courant de l’anecdote, il est difficile de déceler la propagande dans ces séquences magnifiquement élégiaques dont la tristesse contraste avec l’héroïsme sacrificiel défendu auparavant. En définitive, Une cloche pour la petite Sayun est un des bons films du grand Hiroshi Shimizu quoiqu’il soit difficile pour un spectateur non documenté de conclure sur l’état d’esprit de l’auteur quant à sa mission de propagande.

La tour d’introspection (Hiroshi Shimizu, 1941)

Au Japon, dans un centre pour enfants en difficulté, des éducateur font tant bien que mal leur travail.

Le manque de caractérisation individuelle des personnages, l’absence de fermeté narrative et le flottement du regard de l’auteur qui hésite entre condamnation de la dureté des éducateurs et soumission à la propagande impériale (à ce titre, les discours finaux sont gratinés) font de La tour d’introspection un film globalement inconsistant malgré la gravité de son sujet et le didactisme de plusieurs passages. Heureusement, la mise en scène est toujours aussi gracieuse. La fluidité de la caméra, l’insertion des enfants dans les décors de tertre et de cours d’eau et la captation de la lumière solaire dans les bosquets engendrent quelques belles séquences, la plus étonnante étant un morceau de bravoure très visiblement inspiré par le célèbre dénouement de Notre pain quotidien.

Dans le bas-quartier de Yokocho (Hiroshi Shimizu, 1953)

Un écrivain et sa jeune épouse manquent d’argent et ont du mal à se loger.

Sans enfant et sans paysage naturel, les limites de la dédramatisation chère à Hiroshi Shimizu se font sentir. Ces limites se font d’autant plus sentir ici que le film dure 97 minutes soit une demi-heure de trop. D’où que, malgré quelques images joliment composées, l’impression de mollesse peu consistante domine. Cette chronique sentimentalo-sociale n’a ni la vivacité de Antoine et Antoinette ni l’acuité de Haines.

Monsieur Shosuke-Ohara (Hiroshi Shimizu, 1949)

A force de boire et d’être généreux avec ses co-villageois, le descendant d’une grande famille se retrouve ruiné.

Les flottements d’un récit dont on peine au début à discerner l’enjeu sont compensés par une mise en scène toujours aussi gracieuse. Par exemple, au détour d’une séquence, Shimizu attarde sa caméra sur un âne traversant un champ de riz; c’est gratuit, simple et magnifique. Son travail sur la profondeur de champ et la composition du cadre lui permet de traduire visuellement les situations dramatiques. Sa bienveillance totale empêche la caricature et la dérive mélodramatique. L’interprétation de Denjirô Ôkôchi fait naître l’émotion sans effet de manche. La fin magnifique, possiblement onirique, contrebalance joliment la triste déchéance montrée dans la dernière partie.

L’amour maternel (Hiroshi Shimizu, 1950)

Dans le Japon d’après-guerre, pour pouvoir se marier, une femme tente de placer ses enfants chez des membres de sa famille.

Encore une réussite de Shimizu. Malgré un sujet potentiellement sordide, le cinéaste évite aussi bien le misérabilisme que l’excès pathétique. Ne chargeant jamais un personnage pour les besoins de la dramaturgie, structurant son récit autour d’une errance géographique plutôt qu’autour d’un scénario « bien charpenté », faisant preuve du même goût pour la digression thermale que dans ses chefs d’oeuvre d’avant-guerre et baladant sa caméra sur les paysages grandioses où évoluent ses protagonistes, il  traite son sujet par touches impressionnistes grâce à une frémissante sensibilité à la matière même des séquences. Le bonheur dégagé par celle où les enfants se mettent à chanter dans la campagne, l’exactitude émotionnelle du travelling du premier abandon, la délicatesse du geste effectué par le fils envers son frère lors du second, l’inattendu lyrisme funéraire précédant les retrouvailles avec la nourrice et la trivialité sublime du plan final révèlent le génie intact du metteur en scène.

Un héros de Tokyo (Hiroshi Shimizu, 1935)

Suite à la disparition de son récent époux, une femme devient hôtesse de bar pour subvenir aux besoins de ses enfants et du fils de son mari.

L’étonnante dernière partie et l’épure du découpage rehaussent l’intérêt d’un mélo pas si conventionnel qu’il n’y paraît au premier abord.
 

L’école Shiinomi (Hiroshi Shimizu, 1955)

Le père d’un petit infirme ouvre une école pour enfants handicapés…

Cette fois, les intentions édifiantes écrasent le film. Le découpage de Shimizu, où abondent les plans longs et mobiles, n’a rien perdu de son élégance et quelques scènes sont touchantes mais le scénario se contente de dérouler un programme qui asservit les personnages au message. L’acmé dramatique finale n’émeut guère tant elle apparaît comme un artifice larmoyant.