Borsalino (Jacques Deray, 1970)

Film que je rêvais de voir étant gamin…et en effet, j’aurais certainement adoré ce film si je l’avais découvert dans ma période pré-ado/films de mafia. Aujourd’hui, il peut être difficile de passer outre la légèreté de la caractérisation des personnages et la superficialité de l’histoire racontée. Delon et Belmondo deviennent les rois de la pègre sans qu’on les voit tirer autrement qu’en état de légitime défense ou de vengeance. Leur seule mauvaise action montrée, c’est le saccage de l’étal de truculentes poissonnières…et c’est mis en scène de façon comique (à comparer par exemple avec la cruauté de l’incendie du kiosque à journaux dans Il était une fois en Amérique). Tout le problème, toute la différence avec les classiques du film de gangsters américain abondamment cités est là: la gravité et les enjeux moraux de l’intrigue sont trop souvent sacrifiés sur l’autel du sympathique, à l’image de la ritournelle de Claude Bolling. Il n’empêche. La dérision ne gâche pas complètement le film, les scènes de violence notamment sont réalisés de façon très sèche, sans musique, et les impacts sanglants sont montrés. La fin également donne une dimension humaine à des personnages qui se réduisaient jusqu’ici à leurs archétypes. Pour peu que l’on comprenne le fait que l’on regarde une superproduction très calibrée et non pas Le parrain français, Borsalino reste un bon film et il serait dommage de bouder son plaisir devant un divertissement d’aussi belle facture (distribution royale bien sûr mais aussi reconstitution fastueuse et métier de Jacques Deray) .