Normandie-Niemen (Jean Dréville, 1960)

En 1942, des aviateurs ralliés à la France libre sont envoyés sur le front russe…

Quel sujet plus adapté à la première coproduction franco-soviétique de l’histoire du cinéma que l’épopée du seul escadron français qui combattit aux côtés des Russes pendant la seconde guerre mondiale? Fiction qui prétend cependant à l’édification des spectateurs, Normandie-Niemen se situe entre le film de guerre classique américain (en plus théâtral) et le film institutionnel à volonté didactique. Ce didactisme n’a heureusement guère d’incidence sur le récit mais se traduit par les interventions d’une voix-off parfois envahissante. L’utilisation de cette voix-off donne par ailleurs lieu à quelque chose d’assez inédit: c’est la première fois que je voyais des images d’archives commentées en tant qu’images d’archives  au sein d’une fiction classique. Intéressante embardée de la fiction vers la réalité qui cependant n’altère pas sa crédibilité.

Sans avoir la grâce d’un chef d’oeuvre de Hawks, Normandie-Niemen est un film droit, honnête et même émouvant dans l’évocation de la camaraderie des soldats comme dans celle de la gloire durement acquise de l’escadron. L’honnêteté se manifeste à travers l’absence de sous-intrigue sentimentale ainsi que par la dramatisation des conflits entre Français libres de la première heure et soldats d’Afrique du Nord ralliés après le débarquement de novembre 1942. Qu’un des officiers, montré sans mesquinerie et avec une certaine noblesse, affirme à un camarade qui le chicane sur son engagement tardif : « bien sûr que j’ai déjà tiré pendant cette guerre: j’ai abattu des Anglais parce que je suis un soldat et que j’obéis aux ordres » témoigne d’une louable franchise de la part des auteurs. Normandie-Niemen bénéficie enfin d’une excellente distribution d’acteurs pas très connus mais formidables (le doubleur Marc Cassot, Pierre Trabaud, Giani Esposito…).

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