La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977)

Un jeune Italo-Américain de Brooklyn s’échappe de son triste quotidien lorsqu’il brille sur les pistes de danse…

Le contexte social n’est pas le décorum d’une énième apologie du rêve américain mais imprègne les actions des protagonistes jusqu’à la fin du film. La fièvre du titre n’est jamais qu’une sorte d’hédonisme glauque permettant tout juste aux prolos fils d’immigrés d’oublier temporairement le déterminisme qui pèse sur eux. Des scènes très crues de viol collectif sont intégrées aux virées de la bande sans être dramatisées outre-mesure, ce qui montre qu’elles font partie de son quotidien. Les possibilités de « s’en sortir » sont montrées comme illusoires et frelatées (concours de danse truqué).

A côté de cette fatalité sociale, une vitalité intimement liée à la jeunesse des personnages parcourt toute l’oeuvre et lui interdit de sombrer dans le pessimisme total. C’est bien sûr flagrant dans les séquences de danse dont le découpage, à l’exception d’une poignée de gros plans malvenus, met bien en valeur la grâce de Travolta danseur. De plus, la merveilleuse musique des Bee Gees ouate les images de la même façon qu’une crème Chantilly peut adoucir l’amertume d’un café italien. Enfin, John Badham filme les instants romantiques aussi franchement que les instants violents. Il sait s’identifier à la candeur de ses héros, comme dans cette belle scène du pont de Brooklyn dont la composition visuelle sera pompée par Woody Allen pour son célébrissime plan de Manhattan. Une excellente idée est que l’histoire d’amour latente entre les deux personnages principaux ne soit -à l’exception d’un malheureux baiser de convention sur la piste de danse- jamais concrétisée en raison de tout ce qui les sépare, socialement et psychologiquement. Ainsi, la fin émeut par sa justesse de ton.

Karen Lynn Gorney est fort mignonne et le magnétisme de John Travolta est, de même que son expression d’une sensibilité à fleur de peau, plus intense qu’il ne l’a jamais été depuis. On comprend avec une évidence éclatante pourquoi ce très beau film, quelque part entre Mean streets et le premier Rocky, a fait de lui une star.