L’homme à l’imperméable (Julien Duvivier, 1957)

Sa femme partie en province, un clarinettiste suit les conseils d’un de ses collègues de l’orchestre et rend visite à une jeune choriste que l’on dit facile. Lorsqu’il arrive chez la jeune fille, elle lui tombe dans les bras, un poignard dans le dos…

La première partie est véritablement excellente. Tant que le film reste focalisé sur le personnage de Fernandel, il nous montre les effets de l’engrenage implacable d’un fait divers sordide sur des gens ordinaires mais soumis à leurs pulsions. C’est en quelque sorte du Lang à la sauce qualité Française. C’est pour le moins délectable d’autant que la mise en scène de Duvivier est irréprochable et que les compositions des acteurs sont au diapason. Il faut citer celle, mémorable, de Bernard Blier en folle barbue. Malheureusement dès qu’arrivent les bandits d’opérette, L’homme à l’imperméable s’éparpille dans une intrigue policière conventionnelle sans grand intéret. Il est donc dommage que le récit ne tienne pas ses promesses initiales.

La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952)

Deux scénaristes imaginent la rencontre d’une jeune Parisienne avec un charmant cambrioleur le jour de la fête nationale.
La mise en abyme commence dès un excellent générique façon Guitry. Cette histoire de l’écriture d’un film est d’abord l’occasion d’une savoureuse auto-critique de la part des auteurs du film. Le personnage du scénariste qui se complait dans la noirceur, la misanthropie, la bassesse et l’anti-cléricalisme primaire préfigure le pamphlet de Truffaut contre le cinéma français deux ans avant sa publication. Il y a lieu de croire que, de la part de Duvivier dont le pessimisme forcené était parfois agaçant, cela relève d’un réjouissant sens de l’auto-dérision. Le film raconte donc deux histoires, celles du processus d’écriture, et celle du film imaginé. Or le film imaginé, l’amourette d’Henriette, est clairement l’intrigue la plus importante du film mais il est difficile de s’y intéresser dans la mesure où les processus d’immersion et d’identification sont régulièrement stoppés par des retours à la « réalité » des scénaristes qui renvoient la nature fictive de l’histoire racontée à la face du spectateur. Ajoutons que les jeunes premiers choisis pour jouer les amoureux, Michel Roux surtout, n’aident pas…La fête à Henriette, film intéressant, charmant mais profondément bancal donnera lieu à un remake américain réalisé par Richard Quine –Deux têtes folles– où l’accent sera mis sur la relation entre le scénariste et sa secrétaire, joués par William Holden et Audrey Hepburn. Là, c’est le traitement systématiquement parodique des situations imaginées qui empêchera le film d’être pleinement convaincant.