The Jack-Knife man (King Vidor, 1920)

Un vieil ébéniste vivant sur un bateau recueille un orphelin…

L’artifice du dénouement déçoit mais The Jack-Knife man est un beau film dans la lignée de Mark Twain. La vie au grand air, la solidarité entre marginaux et les familles qui se composent et se décomposent au gré de circonstances plus ou moins dramatiques sont filmées avec tendresse dans un sympathique cadre fluvial et forestier. Un soupçon de cruauté, qui trouve son expression la plus acérée dans le contrapuntique dernier plan, fait que jamais le film ne sombre dans la mièvrerie.

Soir de noces (King Vidor, 1935)

Un écrivain new-yorkais en panne d’inspiration retourne dans sa propriété familiale du Connecticut et la vend à des voisins paysans d’origine polonaise.

Après un début un peu anodin, le déroulement de la romance déjoue les attentes: l’épouse, notamment, surprend par sa dignité. Le virage mélodramatique de la fin est traité avec un lyrisme sublime digne de Frank Borzage. Ce basculement de tonalité met en exergue le sujet profond d’un film qui jusqu’ici manquait d’unité: la tragédie de l’écrivain qui vampirise les autres sans s’y mêler jamais vraiment. La grandeur pathétique de Gary Cooper est la même que dans L’adieu aux armes. Ce qui, me concernant, n’est pas peu dire. Bref, même si la confrontation culturelle qu’il orchestre est parfois caricaturale,  The wedding night est un des beaux films méconnus de King Vidor.

The stranger’s return (King Vidor, 1933)

Après s’être séparée de son mari, une new-yorkaise retourne à la ferme de son grand-père…

Ce retour à la terre manque du lyrisme géorgique propre à King Vidor (la brutalité des raccords après certaines images bucoliques laisse penser que la MGM a massacré le film au montage) mais les rapports entre la citadine et les paysans, loin d’être univoques, sont retranscrits avec justesse et cruauté tandis que Lionel Barrymore, grand cabotin s’il en fut, assure le spectacle. Pas mal.

Émancipée (The real adventure, King Vidor, 1922)

Une jeune femme à l’esprit romanesque qui souffre de ne pas avoir la considération amicale de son mari quitte son foyer pour mener une carrière dans le spectacle.

Il est à noter que, sur cinq bobines, la deuxième a été perdue. Avec son appréhension réaliste de la vie de couple et du paysage urbain, la première partie est la plus intéressante. La suite -l’ascension d’une danseuse dans une troupe de music-hall-  semble plus convenue aux yeux d’un spectateur de 2017. Florence Vidor s’avère une actrice jolie et lumineuse. Le dénouement n’est pas réactionnaire mais conforme à la logique des sentiments dans le couple. Bref, The real adventure est un opus mineur mais plutôt réussi de l’auteur de La foule.

Stella Dallas (King Vidor, 1937)

En province, l’ambitieuse épouse d’un homme parti travailler à New-York subit, avec sa fille, l’ostracisme progressif de la communauté.

Dans le rôle-titre, Barbara Stanwyck surjoue quelque peu. Cette exagération ôte leur crédibilité à certaines scènes telle celle où la vulgarité de l’héroïne la rend ridicule aux yeux des WASP en goguette. D’une façon générale, une personnalité aussi riche et aussi complexe que celle de Stella Dallas nécessite une interprétation sobre et nuancée. Belle Bennett, dans la première adaptation réalisée par Henry King, était plus convaincante. Ici, c’est comme si une scène correspondait à l’illustration d’un trait de caractère. Du coup, la cohérence du personnage peine à être rendue sensible. Par ailleurs, l’ambition romanesque n’est pas pleinement réalisée à cause d’une construction assez théâtrale basée sur les dialogues en intérieur qui altère l’évocation de l’arrière-plan social. Enfin, la mise en scène s’avère moins inventive que dans la version muette mais il y a tout de même plusieurs séquences, telle celle du wagon-lit, dont le lyrisme reste fort émouvant. Bref, le Stella Dallas de Vidor est un remake qui fonctionne par a-coups -et c’est alors magnifique- mais qui dans l’absolu s’avère dispensable.

Street scene (King Vidor, 1931)

Un jour de canicule, plusieurs habitants d’un immeuble populaire new-yorkais se retrouvent devant sa façade…

L’unité de lieu fait ressentir l’origine théâtrale de Street scene. Cependant, l’attention aux petites gens et la prise en compte par la dramaturgie de la diversité ethnique des habitants, caractéristique rare dans le cinéma d’alors, font tendre le film vers le néo-réalisme. Par là, Street scene s’inscrit dans la même veine que La foule, réalisé par King Vidor trois ans auparavant. Néanmoins, le réalisateur transfigure cette base réaliste par un lyrisme qui lui est propre. Lorsque le fait divers survient, le découpage génial de Vidor, reposant notamment sur de grandioses mouvements de caméra, donne une ampleur tragique à la chronique. Une excellente distribution en tête de laquelle figure la belle et talentueuse Sylvia Sydney et le refus du happy-end de convention finissent d’insuffler à ce qui n’aurait pu être qu’une poussiéreuse adaptation théâtrale l’étoffe d’un grand film. Après La foule et Hallelujah, Street scene vient rappeler qu’aucun cinéaste n’avait, au tournant du parlant, une intelligence aussi complète de son art que King Vidor.

Bardelys le magnifique (King Vidor, 1926)

Un film annihilé par des conventions vieillotes aussi bien en terme de narration que de direction d’acteur. Au sein d’en ensemble superficiel, il y a cependant deux séquences où King Vidor fait montre de son sens aigü de la composition visuelle et de sa maestria pour gérer des moyens colossaux: la scène d’amour sur la barque et le final endiablé. 

L’oiseau de Paradis (King Vidor, 1932)

Au tournant des années 30,  les films prenant pour cadre les îles du Pacifique étaient en vogue à Hollywood. Parmi les représentants de ce sous-genre, on peut compter White shadows in the south seas de W.S Van Dyke et Tabou de Murnau et Flaherty.  Bird of Paradise, lui, est bien en dessous de ces oeuvres illustres.  A aucun moment, cette histoire d’amour sous les  tropiques ne transcende les conventions qui la régissent. Un film anecdotique dans la carrière de Vidor comme de Selznick.

La citadelle (King Vidor, 1938)


L’histoire d’une jeune médecin idéaliste qui succombe à l’appât du gain lorsqu’il s’installe à Londres.
Le film a été tourné en Angleterre avec des acteurs du cru (Donat, Harrison…). Est-ce pour cela qu’il est visuellement sans grand intérêt, est-ce pour ça que sa narration, par ailleurs schématique et prévisible, avance bien plus par le blabla que par l’action ?  
Restent quelques belles séquences comme celle du sauvetage au début suivie d’un magistral plan-séquence. Le film ne fait donc pas partie des oeuvres majeures de son auteur mais il est éminemment personnel: La citadelle finit par raconter la lutte d’un individu face à l’establishment (médical ici), lutte concrétisée dans un discours final beau et édifiant comme on en voyait souvent dans le cinéma américain d’alors (fin des années 30).

H. M. Pulham, Esq. (King Vidor, 1941)

Un quadragénaire bourgeois remet sa vie en question le jour où un ancien camarade d’université lui demande de la raconter sur quelques pages pour le trombinoscope des anciens étudiants…C’est le début d’une grande remise en question. Et si malgré l’apparente réussite sociale, il n’était pas passé à côté de son bonheur ?
A travers sa façon de symboliser l’ensemble d’une classe sociale dans un personnage de cinéma, H. M. Pulham, Esq. rappelle La foule. Ici, les désirs individuels sont contrariées par le poids du milieu d’origine. Contrairement à d’autres oeuvres plus flamboyantes de King Vidor, le lyrisme est sous-jacent, il irrigue de façon souterraine la chronique de la vie de H.M Pulham; chronique mise en scène avec une sécheresse qui rend d’autant plus cruelle la condamnation d’une passion par un implacable atavisme. La complexité des obstacles entre les deux amoureux fait que l’oeuvre va bien au-delà d’une simple critique des carcans sociaux. Bien que confrontant une bourgeoisie provinciale étroite d’esprit à la modernité new-yorkaise, l’auteur se désole des mirages de la société de consommation incarnée par la belle publicitaire amoureuse de Pulham, publicitaire qui croit toujours au prince charmant malgré une liberté financière acquise grâce à une carrière à laquelle elle a tout donné. C’est peu dire que le propos de ce film vieux de plus de soixante ans est toujours d’actualité. La satire du milieu publicitaire s’y distingue d’ailleurs par sa subtilité. Robert Young et Hedy Lamarr sont excellents, ils rendent crédibles et même attachants leurs personnages à haute dimension symbolique. H. M. Pulham, Esq., bien qu’acclamé par la critique à sa sortie, est clairement un des grands Vidor méconnus.

Capricciosa (Wild oranges, King Vidor, 1924)

Une très agréable surprise. L’histoire d’un yachtman solitaire qui ne s’est pas remis du décès de sa jeune fiancé. Il a juré de ne plus tomber amoureux mais il va rencontrer une jeune fille des bayous et évidemment…L’histoire est assez basique et on aurait aimé que les caractères soient plus fouillés (il y a un méchant brutal et infantile assez intéressant mais qui aurait pu l’être encore plus si le scénario avait été moins simpliste) mais j’ai été ébloui par la mise en scène de ce que je croyais n’être qu’un film « mineur ». La poésie sauvage des marais (le genre d’ambiance que l’on retrouvera des années plus tard sublimée dans La nuit du chasseur), le suspense novateur, les scènes d’action violentes, la variété des cadrages, la beauté de la photographie, la richesse du découpage font de Capricciosa un de mes muets préférés de Vidor, un film que je place au même rang que La grande parade (meme si les registres de ces deux films ne sont pas du tout les mêmes).