Baddegama/Village dans la jungle (Lester James Peries, 1980)

Dans la campagne sri-lankaise, un fermier est victime du sort que lui jette un vieil homme à qui il a refusé sa fille puis des magouilles de l’administrateur colonial.

La rigueur de la mise en scène et la beauté nue des cadres sont altérées par le ridicule nanardesque des images d’hallucination. Il y a une certaine beauté tragique dans le destin de ce personnage écrasé aussi bien par les mythes archaïques de sa communauté que par les subtilités de l’administration anglaise mais la narration aurait gagné à fusionner ces deux intrigues. Bref, c’est pas mal mais ça aurait pu être mieux, d’autant que les acteurs ont une belle présence.

 

La ligne du destin (Lester James Peries, 1956)

Des villageois sri-lankais croient qu’un jeune garçon a rétabli la vue d’une enfant aveugle par miracle…

Ce premier long-métrage de Lester James Peries est un titre fondateur du cinéma sri-lankais car ce fut le premier à être tourné en dehors des studios indiens. Il n’en demeure pas moins plus ancré dans le cinéma populaire sous-continental que les films de Satyajit Ray ou Ritwik Ghatak. En effet, les décors naturels et le milieu pauvre (mais pas misérable) où se déroule l’intrigue n’empêchent pas séquences chantées, scènes de danse et effets mélodramatiques. D’où une certaine hétérogénéité mais, aussi, une vitalité certaine.

Si le scénario de cette sorte de fable manque de rigueur à plusieurs endroits, Lester James Peries a déjà un sens du cadre particulièrement développé. L’harmonie entre les hommes, la terre et le ciel qui émane de ses belles images laisse à penser que le réalisateur a vu plusieurs films de John Ford et a su en tirer profit. Lorsque, dans la deuxième partie, le récit trouve enfin son sens en se focalisant sur l’enfant victime de l’âpreté au gain de son père et des superstitions de ses voisins, La ligne du destin se hausse à une hauteur proche de celle des grands films de Luigi Comencini où l’enfance était le réceptacle de la misère sociale et morale des hommes. Par ailleurs, le lyrisme quasi-surnaturel avec lequel le cinéaste filme la pluie torrentielle donne une ampleur cosmique à son magnifique dénouement.

 

Le trésor (Lester James Peries, 1970)

Au Sri Lanka, un héritier ruiné épouse une jeune femme sur la foi d’une légende qui prétend que la sacrifier lui apportera un trésor.

Avec le portrait de cet homme désoeuvré et vide de cœur qui ne pourra s’empêcher de saboter la chance de sa vie (le film est un flashback donc le spectateur sait dès le début que ça finira mal), Lester James Peries dépeint la décadence d’une classe. A la manière du Salon de musique, le somptueux raffinement des intérieurs fait ressortir la solitude et la décrépitude morale de l’habitant des lieux. Le cinéaste s’y entend à merveille pour exprimer l’obsession dans laquelle s’enferme son personnage. Quelques malencontreux coups de stabylo (zoom sur le rasoir pour rappeler les mauvaises pulsions qui animent le mari) n’altèrent guère une mise en scène globalement subtile, de haute tenue et même parfois éblouissante: un sublime mouvement de caméra suffit au cinéaste pour figurer la profonde bienveillance d’une femme.

Les deux acteurs principaux, Gamini Fonseka et Malini Fonseka, sont d’ailleurs parfaits, aussi justes qu’expressifs. Le fatalisme du récit est heureusement équilibré par la fraîcheur de l’épouse qui, peu à peu, séduit son mari. Leurs quelques scènes d’amour, que ce soit dans les bois ou au son du phonographe, sont aussi désarmantes que du Renoir. On songe d’ailleurs beaucoup à l’auteur du Fleuve et de la Partie de campagne devant l’aisance qui est celle de Lester James Paries lorsqu’il filme les rivières, les forêts, la lumière entre les feuillages ou les demeures bourgeoises. Très beau film.