Les insoumis (Lino Brocka, 1989)

Aux Philippines, après la fin de la dictature de Marcos, un militant des droits de l’homme récemment marié constate que les exactions continuent.

Après avoir combattu Ferdinand Marcos, Lino Brocka s’est rendu compte que Cory Aquino et son entourage corrompu ne valaient guère mieux que le dictateur renversé. Plus ou moins clandestinement, il a donc réalisé Les insoumis, brûlant témoignage de la violence contre les populations qui continuait à être exercée par des milices paramilitaires plus que tolérées par le gouvernement. Dans la situation chaotique représentée, Brocka ne tire aucune solution partisane mais préfère retracer l’évolution d’un jeune père de famille vers le retour à la lutte armée. Cette évolution, reflet du pessimisme endémique de l’auteur, est provoquée par des affects bouleversés et non par une froide analyse. Ainsi qu’une brutalité à faire passer Samuel Fuller pour Mervyn LeRoy, c’est cette individualisation passionnelle du constat politique qui le rend aussi émouvant et aussi imparable.

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Manille (Lino Brocka, 1975)

Un jeune paysan arrive à Manille pour retrouver sa jeune fiancée emmenée à la ville par une dame louche.

Mélodrame romanesque dans les bidonvilles philippins. C’est la foi dans de bons vieux archétypes romantiques insérés dans un terrible contexte social présenté de façon quasi-documentaire qui fait tout le sel de Manille. La violence exacerbée et la brusquerie des raccords, à la Fuller, n’ont d’égale que la sublime douceur du visage de Hilda Koronel. La brutalité de l’action* est contrebalancée par une narration volontiers digressive qui, comme le titre l’indique, fait la part belle à l’exploration des bas-fonds de Manille. Plus saisissante que jamais, la critique sociale de l’auteur est parfaitement fondue dans le moule du mélodrame. Dur, lyrique et splendide.

 

*un making-of projeté après le film a montré que les normes de sécurité sont (étaient ?) de toute évidence moins contraignantes aux Philippines qu’à Hollywood