Les deux orphelines (Maurice Tourneur, 1933)

Sous Louis XV, les mésaventures de deux orphelines montées à Paris et abusées par divers personnages…

Le talent visuel de Maurice Tourneur ne suffit pas pour insuffler un quelconque intérêt dramatique à ce poussiéreux mélo fait de manichéisme outrancier, de personnages caricaturaux et de coïncidences grossières. L’omniprésence du studio et l’absence de plan d’ensemble des rues de Paris accentue l’aspect essentiellement illustratif de la mise en scène. Toutefois, une scène, d’une beauté hallucinée, surprend: celle où la marâtre berce le cadavre de son fils.

Le Val d’enfer (Maurice Tourneur, 1943)

Le propriétaire d’une carrière provençale, célibataire endurci vivant chez ses parents, ramène de Paris la fille de son meilleur ami après le décès de ce dernier…

L’affiche qui vend un film « réaliste et humain » n’est nullement mensongère. Aux scènes intimistes d’une grande intensité émotionnelle, le scénariste Carlo Rim a mêlé des séquences de fête et de discussion au bistrot qui, sans verser dans un pittoresque de mauvais aloi, inscrivent le drame dans une communauté précise et insufflent un peu de légèreté sans que cela n’apparaisse artificiel.

Chaque personnage est peint avec une finesse et un sens de la nuance qui, à la même époque,  ne connaissaient d’équivalent que chez Grémillon. Gabriel Gabrio exprime la dignité aussi bien que la médiocrité du héros sans que l’on puisse démêler l’une de l’autre; Ginette Leclerc parvient à provoquer l’empathie pour la garce qu’elle interprète; Edouard Delmont et Gabrielle Fontan incarnent un couple de vieux aussi vrai et aussi touchant que celui de Place aux jeunes.

Entre ces divers personnages et les enjeux dramatiques qui vont avec, c’est un découpage net et poétisé par les beaux contrastes de Thirard qui opère la synthèse. Les répercussions de leur milieu sur la conduite des protagonistes sont également rendues sensibles par le metteur en scène; voir par exemple ces bruits de mine qui tapent sur le système de la jeune femme. Certaines images ont une densité digne des derniers films de Dreyer.

Pour une fois, le tempérament de Maurice Tourneur, cette froideur routinière à la limite de l’indifférence, a servi son film car elle lui a fait éviter les deux écueils majeurs d’un tel sujet: le manichéisme et les excès lacrymaux. Le mélo régionaliste est ainsi hissé à la hauteur d’une tragédie qui, à l’opposé de la fadeur bon teint si courante dans le cinéma de l’Occupation, frappe par sa dureté et sa justesse.

Seule la fin qui colle un sens moral à ce drame passionnant où « tout le monde avait ses raisons » déçoit un peu et empêche Le Val d’enfer de figurer parmi les plus grands chefs d’oeuvre du cinéma français.

Péchés de jeunesse (Maurice Tourneur, 1941)

Au soir de sa vie, un jouisseur cynique entreprend de renouer avec ses enfants naturels.

Quoique produit par la Continental, Péchés de jeunesse a toutes les caractéristiques du pire cinéma vichyssois: il dégouline de mièvrerie et de moraline tout en étant terriblement fade. Que ce soit les motivations du personnage principal ou la structure de film à sketches qui permet à Albert Valentin (le roi des fausses bonnes idées de scénario) d’aligner platement divers clichés, tout, dans le récit de cette prise de conscience paternelle, est cousu de fil blanc. Toutefois, Harry Baur, plus sobre qu’à l’accoutumée, s’en tire pas trop mal.

Pauvre petite fille riche (Maurice Tourneur, 1917)

Une petite fille vit dans un famille riche mais manque d’amour…

Comme si l’histoire racontée n’était pas assez inepte, Mary Pickford, 25 ans à l’époque, joue une fille de 10 ans. Parfaitement inintéressant d’un point de vue esthétique, Pauvre petite fille riche s’avère toutefois intéressant à titre historique car je ne crois pas qu’en 1917, trois ans avant l’expressionnisme allemand, un cinéaste avait déjà établi une dialectique entre le rêve et la réalité telle que Tourneur nous la présente dans la dernière partie de son film.

Fille d’Ecosse (The pride of the clan , Maurice Tourneur, 1917)

En Ecosse, deux amoureux sont troublés lorsqu’une riche femme vient chercher le jeune homme, son fils naturel…

La large place accordée au folklore, la mise en valeur des éléments naturels que sont le vent et la mer, la qualité de l’interprétation et, d’une façon générale, la splendeur burinée des images éclairées par John van den Broek donnent beaucoup de relief à un récit qui, sur le papier, devait paraître étriqué. Fille d’Ecosse est un nouvel exemple de la maîtrise très avancée de Maurice Tourneur en matière de cinéma.

Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922)

Dans l’Angleterre du XVIIème siècle, un fermier délivre une princesse enlevée par des renégats…

La mise en scène de Maurice Tourneur ne se soucie guère d’insuffler une profondeur psychologique aux archétypes romanesques mais pourvoit la reconstitution historique d’un réalisme rare et dote les scènes d’action d’un dynamisme saisissant. Madge Bellamy est bien.