A Canterbury tale (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1944)

Dans la campagne anglaise, les tribulations d’un soldat américain, d’un soldat angais et d’une jeune fille du pays.

Un film qui souffre gravement de son manque d’unité dramatique. L’intrigue simili-policière censée lier une matière qui brasse romance, propagande et pittoresque villageois est à dormir debout. Cette matière hétérogène est pourtant analogue à celle des chefs d’oeuvre première manière des Archers (Colonel Blimp, Je sais où je vais) et l’échec de A Canterbury tale permet de se rendre compte combien l’art du tandem relève du périlleux numéro d’équilibriste, combien leur réussite est miraculeuse. On retrouve d’ailleurs dans le plus joli moment du film, avec hautes herbes  et gros plans de visages, un peu de la poésie tellurique de Je sais où je vais. A Canterburty tale n’en reste moins un film long et ennuyeux, l’interminable séquence de propagande qui le clot nous rappelant combien ce film est pesant.

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A l’angle du monde (The edge of the world, Michael Powell, 1937)

La chronique des habitants d’une île écossaise isolée. Certains jeunes veulent partir pour trouver des opportunités plus , d’autre refusent d’abandonner la terre de leurs ancêtres.

Réalisé après une multitude de « quota-quickies », films de série tournés à la chaîne, A l’angle du monde est le premier projet personnel de Michael Powell. Déja, on y retrouve ce style documentaire nimbé de féérie qui sera la marque de ses plus beaux films. En effet, A l’angle du monde est d’abord un film sur les habitants des îles Shetland, sur leurs moeurs, leurs coutumes, leur pays. Mais plutôt que de se limiter à une description sociologique, le cinéaste,  en véritable esthète, célèbre la beauté de ce et ceux qu’il filme. Ce ne sont pas les passages sublimes qui manquent dans ce métrage d’une heure et quart. L’âpreté des falaises attaquées par la houle, les landes brumeuses, les femmes en noir qui se tiennent au large pendant que leurs maris s’en vont en mer, autant de motifs qui, en plus de montrer la profonde dignité des habitants de l’île, chantent la beauté tellurique et païenne d’un monde archaïque. Certes, l’équilibre dramatique entre fiction romanesque et contemplation n’a pas encore atteint la perfection de Je sais où je vais mais A l’angle du monde est bel et bien une splendeur, la première réalisée par Michael Powell.

The small black room (Michael Powell et Emeric Pressburger, 1949)

Pendant la seconde guerre mondiale, un scientifique unijambiste qui a des problèmes de couple retrouvera son estime de soi en désamorçant une bombe allemande d’un type nouveau.
Tourné après la guerre, ce film très peu connu du duo Powell/Presburger n’a pas les qualités de leurs grandes oeuvres. Le récit est pesant et, à l’exception d’une poignée de beaux moments, la mise en scène est terne et compassée. Ce malgré la présence en vedette de deux des acteurs du Narcisse noir, Kathleen Byron et David Farrar.

Je sais où je vais (Michael Powell et Emeric Pressburger, 1945)

Une femme ambitieuse et déterminée prend le bateau pour rejoindre son futur époux, un riche industriel écossais mais le mauvais temps la force à une escale sur une petite île. Au sein d’une communauté archaïque, elle rencontre un garde-côte qui lui fait la cour et elle se remet en question.

Le film se déroule dans état de grâce permanent, chaque plan est d’une légèreté en même temps que d’une expressivité inouïe. La féérie de la réalité chère à Jean Renoir, elle est là, elle est dans les meilleurs films du duo Powell/Pressburger. Faire la critique d’un tel film, ce serait enchaîner les superlatifs liés aux comédiens, à la photographie, au scénario…Il faut le voir c’est tout.  Un film magique.

Age of consent (Michael Powell, 1969)


Un peintre en exil sur une île australienne rencontre une très jeune fille qui y habite avec sa grand-mère, jeune fille dont il va faire sa modèle…
L’avant-dernier film de Michael Powell n’est pas inoubliable. De fait: dans l’oubli il est plus ou moins tombé. La faute d’abord à un scénario médiocre dont l’indigence éclipse les quelques attraits de l’œuvre. Le film reste en surface de ce qu’il aborde. La piste narrative principale, la plus intéressante, la relation entre le peintre et sa modèle, est parasitée par l’amourette de l’ami du peintre qui n’a strictement aucun intérêt. Heureusement, Age of consent est interprété par de bons comédiens qui parviennent malgré tout à faire exister leurs personnages. James Mason en Robinson volontaire qui porte beau la barbe en impose et la semi-sauvageonne jouée par Helen Mirren, sorte de cousine éloignée de la renarde, a droit à quelques unes des plus belles séquences du film, notamment celle où elle prend conscience dans sa chambre du potentiel de séduction de son corps. Oui, Age of consent est aussi le film d’un vieux monsieur libidineux et c’est ce qui le sauve de l’inintérêt total. Helen Mirren est magnifiquement filmée. De plus, s’il a perdu Pressburger, le cinéaste n’a pas perdu son talent de coloriste qui se manifeste toujours dans la composition des plans, le choix des accessoires; il use et abuse de ces décors naturels édéniques: les plages australiennes.
Bref, comme il n’a pas grand-chose à raconter, Powell se fait plaisir en filmant ce qui lui plait: les animaux, les panoramas de carte postale, le corps bronzé et charnu d’Helen Mirren, les fonds-sous marins, voire les deux à la fois (Helen Mirren qui plonge toute nue)…d’où malgré la pauvreté narrative de l’ensemble, un charme ténu mais certain.