Les guichets du Louvre (Michel Mitrani, 1974)

Le jour de la rafle du Vel d’Hiv, un étudiant bordelais idéaliste monté à Paris tente de sauver des Juifs et rencontre une jeune ouvrière du Sentier.

Les guichets du Louvre est un très bon film qui, deux ans avant Monsieur Klein, mettait en scène la rafle du Vel d’Hiv avec une justesse inégalée. Pas anachronique pour un sou (alors que tant de reconstitutions sont minées par l’esprit de repentance et la bonne conscience mémorielle), l’auteur a pris le parti de ne jamais quitter son jeune héros. Filmant en plans-séquences, Michel Mitrani reste factuel et maintient unité de temps et unité de lieu. Il se borne à décrire les évènements du 16 juillet 1942 qui suffisent à glacer le spectateur sans que nul ne soit besoin d’en surligner l’horreur. Il montre en même temps la diversité des réactions qu’ils suscitent. Suivant l’étudiant dans les quartiers du Nord-Est de Paris, il montre toutes sortes de policiers, toutes sortes de Juifs, toutes sortes de goys. Les petitesses, mais aussi les grandeurs, humaines se succèdent.

L’auteur montre combien la bienveillance qui anime son héros est aussi forte qu’imprécise. Voire même ambiguë dans la mesure où, parmi la communauté juive, il aborde surtout des femmes. Il montre aussi ce que pouvait avoir d’absolument inimaginable la déportation dans les camps de la mort pour la majorité des Juifs. L’étudiant aura énormément de mal à convaincre qui que ce soit d’accepter son aide pour fuir. « Pensez donc, c’est la police française qui vient nous chercher, elle ne peut pas nous faire de mal! et puis nous sommes Français! » . C’est peut-être le génie de Michel Mitrani que de nous avoir fait ressentir à nous, spectateurs parfaitement au fait des conséquences de la rafle, une part de l’incrédulité amusée de cette dame à l’étoile jaune devant ce jeune freluquet venu lui demander de le suivre: « et donc, vous n’abordez que des femmes? ». En adaptant les souvenirs de Roger Boussinot, Michel Mitrani a réussi à mettre en scène la rafle du Vel d’Hiv au présent. Ce n’est pas rien.

Les guichets du Louvre raconte aussi la rencontre entre deux jeunes gens dans des circonstances particulièrement exceptionnelles. Le côté simili-documentaire est nuancé par une pointe de romanesque sans que, à l’exception d’une séquence au Louvre avec des travellings circulaires discutables, le film ne perde en tact ni en sobriété. Christine Pascal dans son premier rôle au cinéma est magnifique. On a envie de la serrer dans ses bras. L’identification à l’étudiant qui veut la sauver est alors totale et la fin n’en est que plus déchirante.

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