Soraya à Aubervilliers (Michèle Rosier, 2014)

36 ans après avoir filmé le mariage de Soraya, Michèle Rosier la retrouve, divorcée et jeune grand-mère.

Ce post-scriptum au beau documentaire de 78 est embarrassant. En effet, l’idée de mêler l’histoire d’Aubervilliers à celle de Soraya ne fonctionne guère. Les propos, très intéressants, des vieux politiciens racontant le passé d’Aubervilliers sont juxtaposés aux séquences avec Soraya mais les deux flux restent indépendants l’un de l’autre; aucune synthèse, aucune unité n’est réalisée. De plus, en insérant à son documentaire albertivillarien des séquences jouées sans dire la nature truquée de ces séquences, Michèle Rosier s’est laissé aller à un travestissement malhonnête de la réalité visant à faire apparaître la ville comme plus « sympa » qu’elle n’est en la nimbant d’un pittoresque faisandé. Cette grande bourgeoise qui s’extasie en voix-off sur la beauté d’Aubervilliers mais qui ne consentirait probablement jamais à y habiter substitue ainsi une accordéoniste professionnelle de ses amies aux trafiquants de cigarettes qui écument habituellement le carrefour des Quatre-chemins.

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Le grand jour ou « Souris, t’es heureux ce jour-là » (Michèle Rosier, 1978)

Le jour de son mariage, de la coiffure jusqu’au retour à la chambre d’hôtel, un couple de la banlieue ouvrière est filmé.

En tant que rituel qui mêle l’intime, la société et le sacré, il n’y a pas grand-chose de plus cinégénique qu’un mariage. John Ford, Luchino Visconti et Michael Cimino en savaient quelque chose. C’est ainsi que derrière des apparences de vidéo amateur, Michèle Rosier arrive à faire ressentir le lien qui perdure entre les conventions sociales et l’idée de transcendance amoureuse. Les personnages sont filmés avec un respect et un amour qui rappellent les films de Paul Newman et John Cassavettes. La dignité simple des vieux chantant en patois, des amis routiers et de l’oncle gentiment éméché, tous réunis dans cette brasserie albertivillarienne disparue, rend immanquablement nostalgique à l’heure de la profusion des mariages bling-bling dans le 93. Cerise sur le gâteau, la mariée, Soraya Alvarez, est très jolie. En dépit de petites longueurs (lors de la séance photos notamment), Souris, t’es heureux ce jour-là est donc un bien beau film.