Ragtime (Milos Forman, 1981)

Dans l’état de New-York au début du XXème siècle, une famille de bourgeois est impliquée, par le truchement de sa domestique, dans le conflit d’un pianiste de ragtime avec la société qui l’a injustement traitée parce qu’il est noir.

De par sa folle ambition, Ragtime est comparable à d’autres mastodontes de son époque tel La porte du Paradis ou Il était une fois en Amérique. Il s’agit ni plus ni moins que de filmer l’entrée de l’Amérique dans le XXème siècle; sous l’effet de tensions raciales, culturelles et économiques, un ordre ancien s’effondre en même temps qu’une nouvelle bourgeoisie, juive et noire, émerge grâce au cinéma et au ragtime.

Une multitude de protagonistes et d’intrigues (ce n’est pas pour rien que l’adaptation du touffu best-seller de E.L Doctorow fut d’abord proposée à Robert Altman) évolue dans une somptueuse reconstitution de la Belle Epoque. L’ellipse a beau être parfois magistrale (voir le poignant raccord entre la promesse de mariage et l’enterrement), certains développements du récit semblent manquer à cause des coupes de Dino de Laurentiis.

Si la mise en scène de Milos Forman est dénuée de l’ampleur lyrique dont furent capables Sergio Leone et Michael Cimino, sa discrète ironie conjure le risque d’académisme inhérent à ce type de superproduction. J’ai particulièrement aimé la façon, très concrète, dont sont retranscrites les circonstances menant le joyeux héros, magnifiquement incarné par le regretté Howard E.Rollins, à une révolte raciale sans espoir de retour.

Bref, sous des dehors rutilants, l’essentiel de la beauté de Ragtime vient de l’empathie critique avec laquelle le réalisateur tchèque regarde ses différents personnages réagir à l’évolution de la société.

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Taking off (Milos Forman, 1971)

Autour de 1970, des parents dont les enfants fuient le foyer pour rejoindre des musiciens se réunissent pour faire face au problème.

Premier film américain de Milos Forman, Taking off a beaucoup vieilli car il a pour sujet un fait de société circonscrit aux deux ou trois années ayant suivi 1968: les fugues massives d’ados hippies aux Etats-Unis. Milos Forman et son scénariste Jean-Claude Carrière, deux auteurs européens qui découvraient alors les Etats-Unis, ont visiblement plus chercher à capter un instant qui les intriguait qu’à oeuvrer pour la postérité. Le récit est très faible. Des séquences de fumette succèdent à des séquences d’auditions musicales sans souci de rythme ou de progression dramatique. De par la longueur de ses séquences, de par son montage éclaté, Taking off s’apparente plus aux films tchèques de Forman qu’à ses films américains ultérieurs. Le tout a beau être nimbé d’une certaine ironie, seule une poignée de belles séquences représentant les rapports entre parents et les adolescents reste intéressante par delà les années.