Skidoo (Otto Preminger, 1968)

Une parodie hippisante des films du genre James Bond. Le casting est gratiné (Jackie Gleason, George Raft, Cesar Romero, Mickey Rooney, Richard Kiel, Burgess Meredith…et Groucho Marx !) et la musique de Harry Nilsson est sympathique mais l’absence de trame narrative digne de ce nom tandis que les délires s’éternisent rend le film ennuyeux. Ce manque de rigueur dramatique est un problème récurrent dans les comédies débridées des années 60 (La party par exemple).  Ce n’est évidemment pas dans Skidoo que l’immense talent d’Otto Preminger s’est le mieux exprimé.

Bunny Lake a disparu (Otto Preminger, 1965)

Après plusieurs films à « grand sujet » (Tempête à Washington, Le cardinal), Otto Preminger s’essaie au thriller psychanalytique façon Hitchcock. L’argument de base est simplissime: une jeune femme, aidée par son frère, recherche sa fille disparue. Mais la petite fille existe t-elle vraiment ? C’est l’occasion de broder autour des fantasmes, des traumatismes et de la folie enfantine. Le traitement de Preminger est d’une rigueur imperturbable et jamais Bunny Lake a disparu ne dévie vers un quelconque grotesque façon Polanski. Le Cinémascope Noir et blanc est maniée avec l’élégance coutumière de cet immense cinéaste ici au faîte de son art. La neutralité apparente de la mise en scène rend d’autant plus insidieuse l’horreur de l’histoire. Les deux acteurs principaux, Carol Lynley et Keir-2001-Dullea jouent avec brio des rôles de névrosés a priori difficiles à rendre convaincants sans sombrer dans le ridicule post-Norman Bates. C’est ce sérieux d’une équipe d’artistes talentueux (il faut également citer la belle musique de Paul Glass) chapeautés par un réalisateur génial qui permet de rendre un film au scénario parfois bancal -la fin notamment- très intéressant.
A noter également pour les amateurs de pop que l’on voit les Zombies dans ce film.

La dame au manteau d’hermine (Ernst Lubitsch, 1948)

Ce dernier film de Lubitsch (il mourut d’une crise cardiaque pendant le tournage qui fut achevé par son ami Otto Preminger) a été l’occasion pour lui de revenir à un genre qu’il avait génialement investi au début des années 30: l’opérette. Ce type de spectacle honni par l’intelligentsia fut le terrain de jeu de ce grand metteur en scène, l’occasion pour lui de parfaire un style léger et profondément subversif fait d’ellipses subtiles et de dialogues à double sens. Un peu moins ironique, légèrement plus mélancolique que La veuve joyeuse ou Une heure près de toi, La dame au manteau d’hermine n’en est pas moins une jubilatoire destruction des valeurs traditionnelle (les rangs des officiers et comtesses ne comptent plus face à leurs désirs qui sont évidemment l’objet du film), un enchantement de tous les instants, une ode moins épicurienne qu’à l’accoutumée mais plus onirique, un véritable hymne à la puissance du rêve qui se pare -cerise sur le gâteau- des teintes chaudes du Technicolor de Leon Shamroy.

Le cardinal (Otto Preminger, 1963)

Intelligence du traitement, ampleur du récit, émotion indéniable, ce joyau est un des tout meilleurs films du grand Otto Preminger, quelque part entre Laura et Tempête à Washington. Nommé à l’Oscar en son temps, je me demande pourquoi il est quasi-oublié aujourd’hui. Acteur principal inconnu ? certes, mais Tom Tryon est parfait dans le rôle. Et puis la distribution comporte quelques grands noms, à commencer par Romy Schneider, aussi ravissante lorsqu’elle incarne la jeune étudiante autrichienne idéaliste qu’émouvante lorsqu’elle prend conscience de l’horreur nazie à ses propres dépends. Sujet austère ? a priori, l’ascension d’un cardinal ne devrait passioner qu’un nombre restreint d’initiés mais la dramaturgie romanesque la rend captivante tandis que le regard distancié et pondéré de Preminger élève le film, en fait une oeuvre capable de parler à chacun, une oeuvre sur l’accomplissement personnel face au monde.

Chef d’oeuvre.