Un oursin dans la poche (Pascal Thomas, 1977)

Une journaliste de radio tente d’intéresser deux milliardaires, un avare et un infantile, à la production d’une opérette que son grand-père a écrite.

Cette comédie dénuée de l’ancrage réaliste qui fait le prix des autres films réalisés par Pascal Thomas dans les années 70 n’est pas une réussite. Avec la galerie d’excentriques et les séquences d’opérette, on sent bien une volonté des auteurs -Pascal Thomas et Jacques Lourcelles qui sont deux fins cinéphiles- de renouer avec la liberté d’un certain cinéma français des années 30, celle qui caractérise les meilleurs films de René Guissart ou Jean Boyer.

Malheureusement, le mépris de la logique dans la psychologie des personnages (notamment l’avare joué par Bernard Menez dont les actes se contredisent d’une scène à l’autre), le manque de concision et, d’une façon plus générale, l’absence de rigueur narrative, font que la fantaisie, quoique parfois amusante, donne l’impression de tourner à vide. La caméra et les comédiens ne sont pas suffisamment allègres pour que ces lacunes d’ordre scénaristique puissent être compensées par une vitalité accrue de la représentation tandis que le montage qui se refuse bizarrement à marquer les ellipses temporelles ne contribue pas non plus à dégager les enjeux d’un récit passablement décousu.

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La surprise du chef (Pascal Thomas, 1976)

Un cuisinier provincial raté écrit à un brillant ami de jeunesse devenu rédacteur en chef à Paris.

Pascal Thomas prolonge ouvertement Les zozos puisque c’est la découverte de ce film qui plonge le personnage du cuistot dans la nostalgie et le conduit à écrire à l’ami de ses 20 ans. En faisant la part belle à des flash-backs épistolaires écrits dans une langue des plus savoureuses, le cinéaste paye aussi sa dette à Guitry. Ainsi, son cinéma estampillé « nouveau naturel » se pare d’atours littéraires. Le récit complexe car polyphonique apparaît parfois mécanique dans son déroulement mais n’en reste pas moins ancré dans la France profonde. Dans La surprise du chef, on note que les scènes de bouffe sont nombreuses, frappant tantôt par leur justesse concrète tantôt par leur drôlerie.

Bref, cette fable comique et amère sur l’amitié contrariée par la jalousie ravira les amateurs de la fantaisie réaliste emblématique des premiers films de Pascal Thomas même si La surprise du chef apparaît moins réussi que les opus précédents en raison aussi d’une distribution pas toujours à la hauteur. Si le parfait inconnu qu’est « Papinou » s’en sort plutôt bien, Hubert Watrinet manque de crédibilité en séducteur et fait regretter l’absence du grand Bernard Menez.

Valentin Valentin (Pascal Thomas, 2015)

Dans un immeuble, chronique des jours ayant précédé l’assassinat d’un jeune et riche locataire…

Après avoir brillé dans une veine naturaliste, Pascal Thomas s’est mis à tourner le dos à son époque, à exploiter des archétypes et à soigner ses images plus que de coutume. Cette stylisation exacerbée correspond dans son oeuvre à la période 2002-2012. Période pas très heureuse où la gesticulation des acteurs, le chatoiement des couleurs et les intrigues tirées d’Agatha Christie tournaient à vide à cause d’une paresse certaine de l’écriture.

Il y a des reliquats de cet anti-réalisme dans Valentin Valentin. Je pense notamment au lieu de l’action: un immeuble quasi-utopique situé dans une ville indistincte. Les scènes de fête révèlent la conception, vaguement surannée, de la fête selon l’auteur plus qu’elles ne sont en prise avec la réalité des goûts actuels. Des goûts que Pascal Thomas conchie sans doute aussi allègrement que légitimement. Cependant, ce petit monde sous cloche parvient à s’animer d’une vie véritable. Délaissant très vite l’intrigue policière pour n’y revenir que lors d’un final doté d’un admirable sens du rythme où la narration jusqu’ici un peu brinquebalante trouve son harmonie naturelle, Pascal Thomas se focalise sur la multitude de personnages, hommes et femmes, jeunes et vieux, qui habitent l’immeuble.

Un axe commun dans ce récit choral: le plaisir. Qu’il s’agisse du portrait plein d’empathie mais sans complaisance de l’alcoolique jouée par une émouvante Geraldine Chaplin, d’une liaison adultère avec Marie Gillain se montrant peu avare de ses charmes, de la dangereuse passion pour les belles fringues d’une étudiante ou du voyeurisme pédophile d’un jardinier, ce vieux libertaire qu’est Pascal Thomas n’a de cesse de révéler les secrets derrière la façade tout en interrogeant la frontière entre hédonisme et vice avec une lointaine et universelle compassion qui l’apparente au Fritz Lang des derniers films américains.

Le cinéaste a composé cette amère fantaisie avec goût, tact et sensibilité. Un plaisir parmi d’autres: Arielle Dombasle rappelle quelle grande actrice comique elle est. La principale réserve: Vincent Rottiers dans le rôle de Valentin. Il est difficile de croire que tant de femmes soient folles de lui.

Le grand appartement (Pascal Thomas, 2006)

Une bande de joyeux bohèmes vit dans un grand appartement parisien sous le régime de la loi de 1948. C’est à dire que le loyer n’y a jamais augmenté depuis cette date. Mais la propriétaire veut les expulser pour gagner plus d’argent.

Le sujet, à savoir la crise du logement et la hausse faramineuse des loyers à Paris, était particulièrement intéressant et prometteur d’autant que le talent de Pascal Thomas s’est souvent épanoui lorsqu’il partait d’un contexte sociologique très précis. Malheureusement, Le grand appartement est raté, certainement à cause de la paresse de son auteur. Le film est très mal écrit, il accumule les scènes où Pascal Thomas se livre sans ambages sur ses goûts et dégoûts (une référence mac-mahonienne dans une comédie française c’est amusant mais quatre, ça commence à faire beaucoup) sans se soucier d’ordonner un quelconque récit. Il n’y a pas de dialectique narrative, pas de progression dramatique, la résolution de l’intrigue est tellement facile qu’on se demande pourquoi elle n’est pas intervenue dès le début. Ce qui aurait certes épargné au spectateur la vision d’un film assez catastrophique.

C’est malheureux à constater mais la fantaisie de Pascal Thomas tourne ici à vide. Voir la séquence interminable, fatigante et parfaitement inutile à l’histoire racontée où le personnage de réalisateur (mal) joué par Arditi tourne son film. On sent que Pascal Thomas ne s’intéresse plus à son époque voire la méprise cordialement. On ne saurait lui en vouloir mais de ce fait tout sonne faux et creux dans son film alors que brillaient par leur justesse ses précédentes réussites. Son Paris villageois de pacotille n’est guère éloigné de celui d’un Jean-Pierre Jeunet. Plusieurs gags sont d’une vulgarité navrante et assez inédite chez le cinéaste. Enfin, il ne faut pas compter sur les acteurs pour sauver les meubles. Il est loin le temps du grand Bernard Menez. Mathieu Amalric a beau jouir d’un prestige qui ne sera jamais celui de son sous-estimé prédécesseur, c’est un piètre acteur comique.

La pagaille (Pascal Thomas, 1991)

Après sept ans de divorce, deux parents ayant chacun un nouveau conjoint ont envie de se remettre ensemble…

Co-écrit avec Age, le célèbre scénariste de la grande comédie italienne, La pagaille ne figure pourtant pas parmi les réussites majeures de Pascal Thomas. S’il ne mérite pas l’échec qui fut le sien à sa sortie, s’il est souvent drôle, truffé de seconds rôles farfelus et riche en gags, il est nettement moins bon que Le chaud lapin ou Mercredi, folle journée!. La faute en incombe à une mise en scène qui manque de naturel, à des personnages qui semblent des pantins téléguidés par la mécanique du scénario. On ne s’intéresse que lointainement à ce qui leur arrive. La situation des familles recomposées, thématique centrale du film, n’est donc que très superficielle traitée. Le rythme est de plus assez déséquilibré. Toute cette agitation, toute cette « pagaille »  peut en fait se résumer à un triangle amoureux. La pagaille reste une comédie correcte car amusante mais le grand Pascal Thomas nous avait habitué à mieux.

Confidences pour confidences (Pascal Thomas, 1978)

Dans le Paris des années 50 et 60, chronique familiale centrée autour des trois soeurs, enfants, adolescentes puis jeunes adultes…

Un tel sujet, qui aurait pu entre d’autres mains donner lieu à un film banal, sert idéalement le génie de Pascal Thomas. Le génie de Pascal Thomas, c’est le génie de la justesse et du naturel. Justesse des observations, justesse du ton employé, naturel de la mise en scène. Confidences pour confidences est une parfaite comédie dramatique en ce sens que l’alternance entre l’humour et l’émotion apparaît fluide et naturelle. Devant ce film, le spectateur a l’impression de voir le déroulement de la vie même. Ce qui n’est évidemment pas le cas, cette impression naissant d’abord d’un travail d’écriture rigoureux et précis cosigné Jacques Lourcelles.

Les personnages principaux sont exceptionnellement vrais et attachants. Daniel Ceccaldi qui joue le père est magnifique de fragilité et de bonne volonté. Les nombreux personnages secondaires sont plus typés et alimentent le comique. Christian Pereira en ridicule « self-made man », Galabru en vieille ganache ou encore Bernard Menez en mari infidèle sont irrésistibles de drôlerie. Leurs scènes insufflent une fantaisie bienvenue à un ensemble qui frappe d’abord par son réalisme. Quiconque a eu la chance de voir Confidences pour confidences n’est pas près d’oublier « les trois positions du travailleur » expliquées par le stalinien Jacques Villeret.

D’abord unanimiste, la fiction se focalise au fur et à mesure sur la cadette des soeurs. On se rend alors compte que l’oeuvre n’a rien d’une célébration nostalgique consensuelle et béate et que  la tendresse de Pascal Thomas envers ses personnages n’empêche pas son profond scepticisme envers l’institution familiale de s’exprimer clairement. Ici, la famille s’avère inapte à cicatriser les blessures intimes. Les moments tristes, rares et terribles, sont mis en scène avec une pudeur et une délicatesse qui les rendent d’autant plus déchirants. Dernière chose: cette soeur cadette est interprétée, à l’âge adulte, par une actrice sublime et prématurément disparue qui illumine le film de sa grâce et qui s’appelait Anne Caudry. Elle avait choisi ce surnom car elle ne voulait pas abuser de la notoriété de son grand-père, un certain Georges Bernanos.