Le cancre (Paul Vecchiali, 2016)

Tandis que son fils s’est incrusté chez lui, un homme retrouve les femmes qu’il a aimées.

Je ne sais ce qui est le plus embarrassant: le film ou l’enthousiasme laborieusement surjoué de la critique parisienne? Quelques lyriques accords de Roland Vincent: c’est bien tout ce qui peut rappeler la beauté des anciens films de Paul Vecchiali. La quasi-unité de lieu, la théâtralité de l’écriture, la fantaisie arbitraire de dialogues excessivement abondants, la rareté des scènes avec plus de deux personnages, la crudité de la lumière et le statisme des images poussent l’abstraction au-delà des limites du décharné.

Entre ces insignifiantes saynètes parfois prétextes à revoir les idoles de Vecchiali cinéphile, un seul lien: l’évocation obsessive -peu convaincante du fait de la froideur potache de la mise scène- d’un premier amour mélangée à une vague histoire de relation filiale qui souffre également d’un manque d’incarnation. Toutefois, occasionnellement, l’émotion atteint le cinéphile au surgissement de quelque fantôme du passé: ainsi de la scène de danse avec Françoise Arnoul. C’est parce qu’il sait aimer et admirer que je continue d’aimer et admirer Vecchiali. Envers et contre ses derniers films.

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C’est l’amour (Paul Vecchiali, 2016)

Dans un village du Var, une femme se croyant trompée par son mari séduit un acteur en villégiature chez son amant…

La crudité de l’image, les effets post-modernes laborieux  (tel la succession de deux plans avec une bande-son identique), la théâtralité logorrhéique de la majorité des séquences et la fadeur des acteurs principaux feraient de C’est l’amour un film desséché n’était une retranscription assez juste de la puissance arbitraire et charnelle de l’attirance amoureuse, retranscription qui se matérialise surtout dans la séquence pivot où musique et mouvement de caméra sont fusionnés dans un beau lyrisme. Ça se regarde mieux que le précédent film de Vecchiali.

Coeur de hareng (Paul Vecchiali, 1984)

Dans le XVIIème arrondissement parisien, guerre entre deux proxénètes.

Cette commande de la télévision dans le cadre de la « Série Noire » est du pur Vecchiali. Couleurs saturées, folklore des années 50 et grands sentiments forment un cocktail chargé d’intentions esthétiques mais pas toujours très digeste.

Nuits blanches sur la jetée (Paul Vecchiali, 2015)

La rencontre nocturne entre un jeune homme et une femme qui s’est promise à un homme dont elle attend un coup de fil.

La légèreté du dispositif (deux acteurs filmés avec un iphone dans un décor unique) n’induit malheureusement pas souplesse et inventivité mais au contraire rigidité et asphyxie, voire négation pure et simple du cinéma: deux protagonistes en train de parler côte à côte sont filmés en longs plans aussi immobiles qu’eux. A quelques effets volontaristes près (parfois, sans raison précise, le dialogue commence avant l’image), cela résume l’essentiel de Nuits blanches sur la jetée. Les très ponctuelles embardées dans la fantaisie, tel le numéro de danse, sont complètement artificielles et semblent n’obéir à aucune autre nécessité que l’imposition de la signature « Paul Vecchiali ». Le texte a donc une place centrale. Ce texte, inspiré par une des nouvelles les plus mièvres de Dostoïevski déjà plusieurs fois adaptée au cinéma (le meilleur film étant celui de Visconti), ne saurait suffire à maintenir l’intérêt pour les interminables tunnels de dialogues.

Les ruses du diable (Paul Vecchiali, 1965)

Une couturière jeune et jolie se met à recevoir régulièrement des billets de cent francs par la poste…

Les ruses du diable est un très beau film dans lequel on retrouve déjà toutes les qualités du cinéma de Paul Vecchiali: un goût pour la digression et la rupture de ton qui va de pair avec une grande rigueur dans le découpage, une poésie populiste héritée des années 30, l’acuité du regard sur la condition féminine, une égale bienveillance à l’égard de chacun des personnages qui permet de déjouer les schémas narratifs attendus (ainsi de la belle réaction –aussi inattendue que logique- de la patronne lorsque son employée l’envoie balader), une science du montage rare dans le cinéma français, des chansons pour agrémenter le tout (ici, c’est la grande Cora Vaucaire que le spectateur a le plaisir d’entendre).

La fantaisie est plus discrète qu’elle ne le sera dans certaines des réalisations ultérieures de Vecchiali et c’est heureux tant elle paraîtra alors volontariste. Dans Les ruses du diable, elle est présente en sourdine à l’intérieur d’un récit classique mené avec une certaine fermeté. Les actrices sont bien sûr magnifiques, la talentueuse et méconnue Geneviève Thénier en tête. Plusieurs moments sublimes sont l’œuvre d’un très grand cinéaste. Rien que pour l’évocation de la mort de la voisine de palier où les panoramiques et les coupes expriment toute l’intégrité, la pudeur, la douceur et la noblesse qui sont celles de leur auteur, le plus ancien des longs-métrages de Paul Vecchiali conservés à ce jour se doit d’être vu.