They rode west (Phil Karlson, 1954)

Un chirurgien frais émoulu se pointe dans une garnison de cavalerie aux prises avec les Indiens.

Malgré un dénouement un peu facile, l’opposition entre le chirurgien humaniste et l’officier intransigeant est plus subtilement menée qu’il n’y paraît. Ainsi, les désastreuses conséquences des bonnes intentions du héros sont bien montrées. Les ficelles -notamment la schématique caractérisation des personnages- sont quand même trop épaisses pour nous passionner d’autant que les acteurs sont loin d’être sensationnels et que, quoiqu’en disent certains, Phil Karlson n’est pas un metteur en scène très intéressant. Il n’y a qu’à comparer la façon, banale, dont il filme les cohortes de tuniques bleues dans l’Ouest à celle de John Ford pour s’en rendre compte. Bref, bof.

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L’inexorable enquête (Scandal sheet, Phil Karlson, 1952)

Un jeune et brillant journaliste enquête sur des meurtres commis par son patron.

A travers un journal à scandales et un bal pour « coeurs solitaires », la première partie offre un aperçu vif et bien senti de ce que la société américaine peut avoir de médiocre. Malgré une ou deux articulations de l’intrigue pas très crédibles, la suite plus directement policière est bien menée, servie qu’elle est par un noir & blanc chiadé, l’excellente interprétation de Broderick Crawford et la sécheresse de Phil Karlson qui n’encombre son découpage d’aucun plan superfétatoire. La violence hasardeuse du premier meurtre est terrible. Peut-être que l’auteur du roman original, Samuel Fuller, en aurait tiré un meilleur film mais en l’état, L’inexorable enquête est un bon film noir.

La poursuite des tuniques bleues (A time for killing, Phil Karlson, 1967)

Des soldats sudistes s’évadent le dernier jour de la guerre de Sécession…

L’idée de montrer comment, sous l’effet de la haine personnelle, une violence militaire se transforme en violence individuelle ne manquait pas d’intérêt. Il y a quelques bonnes idées, de-ci de-là. Malheureusement, la désinvolture générale -la mise en scène manque de souffle tandis que Glenn Ford a l’air de s’en foutre- ruine le potentiel de ce qui aurait pu être un grand western.

On ne joue pas avec le crime (Five against the house, Phil Karlson, 1955)

Des étudiants désoeuvrés entreprennent de braquer un casino de Las Vegas.

Avec ses deux personnages revenus de la guerre de Corée, le début promet un minimum d’ambition mais ces personnages s’avèrent rapidement de simples prétextes à revirements dramatiques. Five against the house est un petit polar superficiel comme la Columbia en produisait à la chaîne dans les années 50. Sans qu’on puisse à proprement parler de style, il est quand même joliment enveloppé. Kim Novak est fascinante et fort bien mise en valeur par un noir et blanc vivement contrasté. Le plan avec sa jambe arquée en amorce a peut-être inspiré Mike Nichols pour sa célébrissime image du Lauréat.

Les frères Rico (Phil Karlson, 1957)

Un ancien comptable de la mafia replonge pour retrouver ses frères en danger.

L’ancrage dans une communauté d’immigrés italiens (jolie scène de la visite chez la mama) donne un semblant d’originalité à ce drame policier où on préfère se focaliser sur les dilemmes moraux des personnages plutôt que sur l’action. Richard Conte est bien mais le récit s’étrique au fur et à mesure qu’il se déroule et la convention finit par reprendre le dessus, dévoilant les grosses ficelles d’une écriture foncièrement velléitaire.

Le salaire de la violence (Gunman’s walk, Phil Karlson, 1958)

Un rancher qui s’est installé grâce à sa maîtrise des colts, est confronté à un de ses fils qui entend suivre la même voie que son père. Entretemps, la civilisation s’est établie et les temps ont changé…

Un beau western tragique comme il en est sorti plusieurs dans les années 50. S’agissant d’un produit Columbia dans lequel on retrouve notamment Van Heflin, une comparaison avec les films de Delmer Daves permet de cerner rapidement ce Salaire de la violence. Représentez vous un western de Delmer Daves, avec son scénario riche de sens (ici: établissement du law and order, relations paternelles…), ses personnages émouvants soumis à de graves dilemmes mais remplacez le lyrisme et la sensualité caractéristiques des chefs d’oeuvre de Daves par une mise en scène purement fonctionnelle. Remplacez aussi la foi sublime de l’auteur de Trois heures dix pour Yuma par un cru désenchantement. Le salaire de la violence n’est pas un chef d’oeuvre mais il y a de quoi passer un excellent moment pour peu qu’on soit un tant soit peu amateur du genre.

Le quatrième homme (Kansas city confidential, Phil Karlson, 1952)

Un conducteur de camion est injustement accusé d’avoir pris part à un hold-up. Décidé à se venger et à laver tout soupçon, il infiltre le gang…

De la même trempe que The lineup, Kansas city confidential fait partie des petits classiques du polar américain. C’est un film noir sec, violent, très violent, à l’intrigue maline. A l’exception des séquences de romance dans lesquelles Phil Karlson se montre moins à l’aise que dans l’action, c’est mis en scène à la perfection, sans une once de graisse. La distribution qui regroupe John Payne, Lee Van Cleef -dont le profil d’aigle, est en quelque sorte le résumé du film: sec, tranchant, acéré-, Neville Brand, et Jack Elam est un joli panel de durs à cuire hollywoodiens.

Il manque simplement une part d’affect, d’imprévu, quelque chose qui sortirait les personnages d’une dramaturgie essentiellement mécanique. Comme en témoigne l’absence d’unité de point de vue, Kansas city confidential est un film sur un processus -certes enrayé- avant d’être un film sur des individus de chair et de sang. C’est ce qui explique qu’il ait été repris, adapté, distordu, amplifié par des petits malins post-modernes (c’est une des sources d’inspiration principales de Resevoir dogs), c’est ce qui l’empêche aussi d’atteindre la grandeur de chefs d’oeuvre tels que Le port de la drogue ou Détour.