Rafles sur la ville (Pierre Chenal, 1957)

Un flic s’acharne à traquer l’ennemi public numéro 1 qui a assassiné son collègue.

Cette adaptation d’Auguste Le Breton se distingue d’abord par son âpreté. Ainsi, les rapports entre l’inspecteur et son indic nous montrent que les policiers peuvent être encore plus pourris que les truands auxquels ils ont affaire. Cela ne résulte pas d’un gauchisme antiflic mais d’une volonté de réalisme des auteurs. La faune du Pigalle des années 50 est rendue vraisemblable par un casting plus typé que la moyenne de l’époque et par des dialogues en argot qui n’ont rien à voir avec le pittoresque d’un Michel Audiard.

Si Vanel en vedette fait du Vanel, le jeune Piccoli (qui avait encore des cheveux) est étonnant de dureté. Danik Patisson, minette de 18 ans, est aussi jolie que son nom est moche. De plus, la courte durée du film (1h20, c’est parfait) n’empêche pas de voir la vie du commissariat, le traitement des affaires courantes. L’alliage entre efficacité narrative et ancrage simili-documentaire de l’action est digne d’un bon polar américain (on peut comparer Rafles sur la ville aux films noirs de Henry Hathaway). La musique jazzy du jeune Michel Legrand ajoute à la nervosité de l’ensemble.

Alors, Rafles sur la ville chef d’oeuvre méconnu du cinéma français? Non mais peu s’en est fallu. Quelques concessions au romanesque facile ainsi que l’inaptitude du metteur en scène à transcender la convention dramatique (le sacrifice final qui semble téléphoné) empêchent Rafles sur la ville de se hisser au niveau des classiques de Becker ou Clouzot. Il n’en reste pas moins un excellent polar.

Le dernier tournant (Pierre Chenal, 1939)

La première adaptation du Facteur donne toujours deux fois.

Sans être un grand film, Le dernier tournant est un bon film noir à la française. Le décor est solidement planté grâce à une exposition parfaite. Michel Simon, excellent, insuffle sa part d’humanité au récit policier. En revanche, l’attirance érotique -essentielle dans cette histoire- est exprimée non pas visuellement mais par des tirades peu vraisemblables (surtout lorsqu’elles sont dites par la jeune Corinne Luchaire, fille gironde mais comédienne limitée). C’est la principale faiblesse de cette version du fameux roman de James M.Cain par ailleurs impeccablement ficelée.