Dien Bien Phu (Pierre Schoendoerffer, 1992)

Reconstitution de la chute de Dien Bien Phu.

Ha, si ce film avait été à la hauteur du déchirant concerto que Georges Delerue composa pour l’accompagner, quel sublime chef d’oeuvre il aurait été! Malheureusement, ce n’est pas le cas. Le parti-pris de représenter la bataille avec une multitude de personnages et une multitude de lieux était ambitieux mais force est de constater qu’il n’est pas tenu. Les transitions du montage paraissent arbitraires plutôt que soumises aux règles dramatiques d’une narration qui unifierait l’ensemble. La voix-off dont les interventions sont judicieuses aurait peut-être pu se faire plus présente, cela aurait accentué le lyrisme d’un récit qui ne décolle jamais vraiment.

Peut-être aussi aurait-il fallu davantage développer les personnages. En effet, ceux-ci ne sont guère intéressants car ils n’ont pas d’existence individuelle. Ils n’évoluent pas. Ils sont des symboles (tel le journaliste symbole de l’Amérique) dont les dialogues sont farcis de citations historiques sursignifiantes. Avec de tels rôles, pas étonnant que les acteurs semblent souvent à côté de la plaque. La mise en scène, qui n’est pas nulle mais quelque peu pataude, n’insuffle pas le souffle dramatique manquant. Reste la musique…

Cet échec est d’autant plus désolant à constater que, quoiqu’il s’agissait d’une commande, nul ne saurait douter de l’importance de cette oeuvre au coeur de Pierre Schoendoerffer.

L’honneur d’un capitaine (Pierre Schoendoerffer, 1982)

La veuve d’un capitaine français tué en Algérie attaque en justice un homme qui a affirmé durant un débat télévisé que son mari avait été un tortionnaire.

L’honneur d’un capitaine est un pur film à thèse dans lequel les personnages n’ont pour ainsi dire aucune existence individuelle. Il s’agit donc de s’interroger sur la qualité de la démonstration de Schoenderffer qui veut ici redorer le blason de l’armée française, nous montrer que des civils bardés de bonnes intentions morales ne sauraient juger des soldats en guerre. Noble tâche entreprise à une époque (années 80) qui était déjà gangrénée par la niaiserie droit-de-l’hommiste. Malheureusement, l’auteur manque de finesse et de rigueur intellectuelle. A l’exception d’une salutaire nuance finale, son parti-pris est trop souvent visible pour que la reconstitution du parcours de son héros (invariablement parfait) par l’accusation et la défense soit réellement intéressante. On est très loin de la « justice dramatique » d’un Otto Preminger dans ses films à procès. L’avocat de la défense joué par l’excellent Charles Denner est une caricaturale tête à claques gauchiste qui mélange tout. Impossible de le prendre au sérieux.

On mentionnera également la musique pompière qui accompagne les images de batailles (Misere…) ainsi que le bâclage de l’exposition où une épouse découvre subitement le passé de son mari vingt ans après la mort de celui-ci et s’ébahit devant des images de l’Indochine en s’exclamant texto « ha, la guerre c’est ça! » pour finalement conclure que le talentueux réalisateur de La 317ème section aurait gagné à déchausser ses lourds sabots avant de s’embarquer: cela lui aurait évité de couler son film.