La femme aux deux visages (Angelo bianco, Raffaello Matarazzo, 1955)

 

Un veuf éploré tombe amoureux d’une entraîneuse qui ressemble à l’amour de sa vie.

Le potentiel de cet intéressant argument dramatique -anticipant celui de Sueurs froides– est malheureusement vite enseveli sous l’avalanche de péripéties ineptes propre aux mélos de la série Nazzari/Sanson. La fin est pas mal car le talent de Matarazzo trouve à s’y épanouir dans des scènes liturgiques et géométriques.

Treno populare (Raffaello Matarazzo, 1933)

La journée à la campagne d’un groupe d’Italiens qui part en train.

Le premier film de Raffaello Matarazzo s’inscrit dans ce mini-courant du jeune cinéma européen circa 1930 où des prolos étaient suivis pendant une journée de villégiature: Les hommes le dimanche et Nogent eldorado du dimanche avaient ouvert la voie empruntée par le cinéaste italien. On peut discutailler de qui a été le plus précurseur de tous les précurseurs du néo-réalisme mais l’essentiel est que la fraîcheur de Treno populare soit aujourd’hui inaltérée. Ce, grâce au tournage en décors naturels bien sûr, mais aussi et surtout à l’aisance avec laquelle le narrateur manie les ruptures de ton et la multiplicité des points de vue. Sous les dehors d’une comédie de caractères plaisante et gentillette, Matarazzo sait faire pointer un lyrisme discret (qui, lui, annonce clairement Une partie de campagne), lyrisme renforcé par la musique de Nino Rota dont ce fut la première partition destinée au cinéma. Un regret cependant: des approximations du découpage franchement gênantes qui, amoindrissant la clarté et la précision de la mise en scène, nuisent à l’intensité dramatique.

La fille de la rizière (Raffaello Matarazzo, 1955)

Le propriétaire d’une rizière croit reconnaître sa fille naturelle dans une de ses employées saisonnières.

Entrepris conjointement par les deux magnats Carlo Ponti et Dino De Laurentiis pour surfer sur la vague initiée par Riz amerLa fille de la rizière peut être vu comme le plus hollywoodien des nombreux mélodrames réalisés par Raffaello Matarazzo. Plastiquement parlant, c’est un film somptueux. Pour une fois, les couleurs du Ferraniacolor ne manquent pas de chaleur et rendent justice aux verdoyants paysages piémontais.  L’esprit de Busby Berkeley anime les mouvements chorégraphiques des ouvrières dispersées sur toute la largeur du Cinémascope. Certes, cette beauté est essentiellement décorative. Comme dans Riz amer, filmer les ouvrières au travail sert plus à exhiber leurs gambettes qu’à enrichir le récit d’une dimension sociale.

Ce récit reste assez basique. Il a cependant le mérite d’être moins tiré par les cheveux que ceux de la série Nazzari/Sanson. L’accélération finale n’empêche pas qu’ici, Matarazzo préfère prendre son temps pour raconter son histoire plutôt que d’accumuler les rebondissements. Le drame central s’en trouve amplifié. Enfin, si, quoique plus superficiel que les chefs d’oeuvre américains du genre, La fille de la rizière permet de passer un excellent moment, c’est aussi et surtout grâce à la présence d’Elsa Martinelli dont le corps sublime allie la grâce angélique d’Audrey Hepburn à la sensualité méditerranéenne de Claudia Cardinale. C’est autre chose qu’Yvonne Sanson.

Larmes d’amour (Torna!, Raffaello Matarazzo, 1953)

Un riche oisif ne recule devant rien pour ébranler le mariage d’une amie d’enfance dont il est resté amoureux…

La première partie du film est assez terne (sentiment renforcé par des couleurs fadasses). En pilotage automatique, Raffaello Matarazzo se contente d’illustrer une intrigue peu surprenante. Qu’Yvonne Sanson soit l’objet d’âpres disputes entre mâles est toujours aussi difficile à imaginer pour le spectateur normalement constitué. Cependant Larmes d’amour décolle lorsque le mari joué par Amadeo Nazzari se met à croire à l’infidélité de son épouse. Le film prend à ce moment toute sa dimension mélodramatique. S’enchaînent alors -avec une précision qui n’a pas toujours été de mise chez l’auteur du Navire des filles perdues– des péripéties extraordinaires (sublime personnage que cette mère endeuillée complètement folle!) mais plus vraies que le conventionnel début à travers ce qu’elles révèlent sur la foi en l’autre comme socle nécessaire à l’amour. Pas mal.

L’avventuriera del piano di sopra (Raffaello Matarazzo, 1941)

Pendant que son épouse est partie dans sa famille, un avocat accueille chez lui sa voisine persécutée par son mari…

Brillant succédané de comédie américaine sophistiquée, L’avventuriera del piano di sopra est peut-être le film le mieux écrit de Matarazzo. A partir du moment où le récit dévie vers l’enquête sur un vol de bijoux, on songe évidemment à Lubitsch. Non que ce film ait la grâce des chefs d’oeuvre du maître berlinois mais les quiproquos s’y agencent à merveille dans une intrigue pleine de malice. Les acteurs sont charmants. Le drame du mâle moyen esseulé est traité avec une ironie plus tendre moins non moins précise que celle de Billy Wilder dans Sept ans de réflexion quinze ans plus tard. Très plaisant.

Le fils de personne (Raffaello Matarazzo, 1951)

Une comtesse met fin à la liaison entre son fils et une de ses employés mais un enfant est né…

L’avalanche de péripéties, souvent faciles et peu crédibles, déconcerte de prime abord mais touche finalement au sublime. Raffaello Matarazzo et ses scénaristes ont quand même réussi à faire un film où une mère voit son enfant mourir deux fois. Chapeau les mecs. De plus, et paradoxalement, le sérieux et l’épure de la mise en scène désamorcent le caractère extravagant des situations pour mieux faire ressortir le tragique de l’ensemble. Intrigant.