Regeneration (Raoul Walsh, 1915)

A New-York, un gangster se repend par amour…

Le récit schématique et moralisateur est d’autant moins convaincant que l’on ne voit jamais le gangster en question commettre de crime. Toutefois, ce récit est étayé par le réalisme brutal, mouvementé et parfois inventif (la fuite finale du méchant) de la mise en scène. A ce titre, ce premier long-métrage de Raoul Walsh est remarquable et annonce l’oeuvre à venir (The Bowery notamment).

Me and my gal (Raoul Walsh, 1932)

Un policier new-yorkais est entiché d’une jeune fille dont la soeur est la maîtresse d’un bandit en cavale…

Petit film assez sympathique qui, après une première partie grouillante de vie avec des personnages multiples dont certains sont pris entre deux feux, a quand même vite fait de retrouver les rails de la convention.

Rivaux (Under pressure, Raoul Walsh et Irving Cummings, 1935)

A New-York, deux équipes rivales percent un tunnel sous la mer…

Les quelques notations documentaires (ainsi des risques de malaise encourus par les ouvriers lorsqu’ils remontent à la surface) sont ce qu’il y a de plus intéressant dans ce digne et conventionnel petit film à la gloire des perceurs de tunnel.

La ruelle du péché (Glory Alley, Raoul Walsh, 1952)

A la Nouvelle-Orléans, le jour d’un match décisif, un boxeur abandonne sa carrière et par là-même se fâche avec son entraîneur qui devait être son futur beau-père.

Dans cet univers de boxeurs, de jazzmen et de danseuses, Raoul Walsh est comme dans un poisson dans l’eau. Néanmoins, cette Nouvelle-Orléans recréée dans les studios de la MGM garde un aspect foncièrement artificiel en dépit des velléités d’authenticité. Ainsi, les interventions de Louis Armstrong, jouant un personnage secondaire ne rechignant pas à pousser la chansonnette, sont plaisantes mais relèvent d’un folklore très décoratif (rien à voir avec les délires de Stepin Fetchit dans Le soleil brille pour tout le monde). L’épatante concision du film (c’est dingue tout ce qui arrive au héros en 80 minutes) s’avère parfois asphyxiante. Plus de développements n’aurait certainement pas nui à la crédibilité d’un scénario parfois tiré par les cheveux. Glory Alley reste un film d’une jolie vitalité, mélangeant les tons et les genres avec une aisance typique de son réalisateur. Il y a des moments d’une amertume vraie et touchante, tel celui où une jeune fille danse pour un père aveugle ruminant ses regrets sur son piano, et des plans magnifiques, tel celui du départ du héros.

One sunday afternoon (Raoul Walsh, 1948)

A New-York au début du siècle dernier, un dentiste retrouve son ami de jeunesse qui l’a doublement trahi.

Nouvelle  adaptation de la pièce de James Hagan par Raoul Walsh sept ans seulement après la sortie du merveilleux Strawberry blonde. Les chansons de Ralph Blane et le Technicolor qui fait ressortir la fausseté des décors de studio accentuent l’artifice de ce remake d’un film qui était déjà très stylisé. La presse américaine a écrit que Walsh avait innové en diffusant la bande-sonore sur le plateau de façon à mettre les comédiens dans l’ambiance. Ce volontarisme assez étonnant de la part d’un des metteurs en scène les plus réalistes d’Hollywood n’est pas toujours probant. Ainsi des bruitages lourdement pléonastiques qui donnent à la comédie une allure franchement vulgaire. Certains seconds rôles sont caricaturaux jusqu’au ridicule.

Cependant, One sunday afternoon n’est pas le navet que certains disent. Passé un début déconcertant, la sauce prend. Le génie de Walsh pour mêler comédie et amertume, gaillardise et nostalgie dans un unique torrent de vitalité s’accommode en fait d’un style aussi schématique. Voir ainsi la première scène dans le parc où l’hypocrisie des codes de séduction est malicieusement montrée. Le cinéaste peut d’abord et surtout s’appuyer sur la beauté inaltérable de l’histoire originale (originale dans les deux sens du terme) de ce dentiste se découvrant à lui-même à travers ses échecs. Ensuite, les acteurs principaux sont bons. Dennis Morgan n’est certes pas aussi éblouissant que James Cagney mais il est à l’aise dans son rôle tandis que la jeune Dorothy Malone se révèle excellente. Derrière l’assurance de façade de son personnage, sa fragilité est facilement perceptible. Par ailleurs, certains chansons sont émouvantes et facilitent la bascule de scènes légères vers un registre plus grave. Enfin, le Technicolor, à dominante pastel, n’est pas toujours de bon aloi mais il accentue la magie hollywoodienne de certaines scènes auxquelles il est alors difficile de résister, telles les retrouvailles enneigées du Nouvel an.

L’homme à abattre (A lion is in the streets, Raoul Walsh, 1953)

Dans le sud des Etats-Unis, un colporteur commence une carrière politique après s’est être opposé aux malversations d’un roi du coton.

Sorti la même année que The sun shines bright, A lion is in the streets est une sorte de pendant inversé du chef d’œuvre mélancolique -et finalement optimiste- de John Ford. C’est une percutante critique de l’exercice politique dans le sud des Etats-Unis. Les dangers inhérents à la démocratie sont brillamment mis en relief à travers l’itinéraire d’un brave gars qui se découvre une étonnante habileté à manier les foules. Le regard simple, franc et droit de l’auteur sur cet itinéraire donne d’autant plus d’évidence à son discours moral. Encore une fois, Raoul Walsh mêle différents registres avec une grande facilité. Entamant son film comme une chronique americano-conjugale façon Henry King, il l’achève violemment et tragiquement sans que jamais les ruptures de ton ne soient gênantes. Suivant constamment un personnage au delà du bien et du mal, toute la mise en scène procède d’un même élan de vitalité. Si James Cagney, qui coproduisit le film avec son frère, surjoue quelque peu le péquenaud au fort accent du Sud, il sait rendre sensible mieux que personne l’ivresse de puissance qui s’empare peu à peu de son personnage. Cody Jarrett n’est alors pas loin…La séquence du convoi funéraire improvisé dans le tribunal, aussi terrifiante que galvanisante, montre que A lion is in the streets est un grand film de Raoul Walsh. Et un grand film politique. Seul un Technicolor faisant au début ressortir l’artifice du studio -et diminuant alors la crédibilité de la fable- empêche cette brillante diatribe contre l’éternelle tentation démagogique de figurer parmi les chefs d’oeuvre majeurs de Raoul Walsh (c’est à dire aux côtés de L’enfer est à lui, La vallée de la peur ou La charge fantastique).

La blonde et le shérif (The sheriff of Fractured Jaw, Raoul Walsh, 1958)

 

Un représentant de commerce anglais devient le shérif d’une ville malfamée du Far-West.

Petite comédie au déroulement balisé mais à la mise en scène assez truculente et mouvementée pour constituer un divertissement acceptable. Raoul Walsh s’est toutefois montré bien plus impliqué par le passé, y compris dans des commandes a priori aussi peu ambitieuses (tel Cheyenne).