Les deux orphelines (Riccardo Freda, 1965)

Quelques années avant la Révolution française, les tristes aventures de deux orphelines, dont une aveugle, à Paris.

L’épouvantable mélodrame de Adolphe d’Ennery est rendu encore plus consternant par la nullité des acteurs et du doublage (constante malheureuse chez Freda) ainsi que par un découpage pléonastique qui accentue le ridicule des rebondissements. Exemple: gros plan sur la tronche d’ahuri de Jean Carmet au moment d’un retournement de situation censé surprendre le spectateur. Même si Valeria Ciangottini et Sophie Darès sont très jolies et que le plan où les deux duellistes sortent du château est beau, cet opus tardif de Freda est indéfendable à moins d’être amateur de « nanar ».

Les vampires (Riccardo Freda, 1956)

Un journaliste et un policier enquête sur des meurtres de jeunes gens à Paris…

Les somptueux décors de Beni Montresor aussi bien que la photo et les trucages ingénieux de Mario Bava alimentent une fascinante atmosphère gothique. Réinventant le genre du film d’horreur délaissé depuis une bonne dizaines d’années, Riccardo Freda ne lésine pas sur les gargouilles, les rideaux qui frémissent et les couvercles de pianos qui tombent. Ce bric-à-bric morbide est l’écrin d’un récit tragique: celui d’une femme que son refus de vieillir conduit à un flirt de plus en plus rapproché avec la Mort. La sublime Gianna Maria Canale prête ses traits hiératiques et mélancoliques à cette héroïne. Il est dommage que le reste de la distribution ne soit pas à la hauteur et que le scénario n’exploite guère le potentiel dramatique de la relation entre le journaliste et la criminelle éperdument amoureuse de ce dernier. Bref, Les vampires est un beau film où l’inventivité et le raffinement plastiques (d’autant plus admirables que le budget fut minuscule) compensent la faiblesse de la dramaturgie. Il est en ceci typique de Freda.

 

Spartacus (Riccardo Freda, 1953)

En 74 av J.C, le gladiateur Spartacus soulève les esclaves contre Rome.

Mis en scène avec habileté, le Spartacus de Freda est un classique péplum qui ne manque pas de qualités dramatiques ni plastiques mais qui, dans sa deuxième partie, échoue à atteindre l’ampleur politique qu’appelait son scénario faute de précision dans les articulations de celui-ci et d’envergure chez l’interprète principal : le viril Massimo Girotti est très convaincant en guerrier ombrageux, il l’est moins en meneur révolutionnaire. Gianna Maria Canale, elle, est belle à se damner; ce qui convient idéalement à son rôle de tentatrice.

Don Cesare di Bazan (Riccardo Freda, 1942)

En Espagne au XVIIème siècle, un aventurier déjoue une conjuration indépendantiste manigancée par la France.

Outre quelques facilités d’écriture qui confinent à la niaiserie (la façon dont le héros échappe à son exécution), le principal hiatus entre l’ambition de Riccardo Freda qui était de faire des films d’aventure à la façon des Américains et la relative faiblesse du résultat effectif vient des acteurs qui paraissent pour le moins inappropriés. Comment croire à Gino Cervi dans un rôle à la Tyrone Power? Moi, je n’y arrive pas.

Le château des amants maudits (Beatrice Cenci, Riccardo Freda, 1956)

L’histoire de Beatrice Cenci

Revue et corrigée par Riccardo Freda, cette sordide affaire de parricide a été transformée en tragédie dans laquelle des jeunes amants sont confrontés au joug d’un père tyrannique et incestueux sans jamais se départir de leur pureté morale. Cette simplification de la grande histoire est celle du dramaturge maître de son art. Les tourtereaux évoluent dans un environnement de pourriture et de mort proche de de celui des Damnés de Visconti.

Le styliste baroque qu’est Freda est ici au plus haut de sa forme. Le Cinémascope est somptueux, les couleurs sont chaudes, la bande originale faite de standards de la musique symphonique. Le metteur en scène nous régale de plusieurs morceaux de bravoure (la course-poursuite nocturne en ouverture, la mort de Francesco, l’exécution finale…) mais la sûreté de son goût irrigue l’ensemble de Beatrice Cenci. Voir par exemple cette séquence d’embuscade nocturne au Colisée qui s’ouvre par un panoramique mettant en valeur le décor monumental avant que la caméra ne se focalise sur l’action. Il est simplement dommage que que la mauvaise post-synchronisation altère gravement la vérité des compositions des excellents acteurs que sont Gino Cervi, Micheline Presle et Claudine Dupuis (par ailleurs fort gironde).

Sept épées pour le roi (Riccardo Freda, 1963)

Au début du XVIIème siècle, des nobles intriguent pour déposséder le roi de son trône.

Conjurations, sadisme, poursuites, duels…tous les ingrédients du film de cape et d’épée sont présents dans ce film de Riccardo Freda très prisé des amateurs du cinéaste mais le liant, c’est à dire la narration, manque gravement de substance. Lorsqu’à la même époque (1964), Anthony Mann met en scène La chute de l’empire romain, il donne de l’épaisseur à ses personnages, il insuffle une dimension tragique à ce qu’il raconte en plus de réaliser un film superbe plastiquement. Cette prise au sérieux de l’histoire racontée, l’eusse t-elle déja été mille fois, c’est peut-être ce qui faisait la différence entre Hollywood et le reste du monde. Ici au contraire,  le fait que les auteurs ne dépassent jamais les conventions et la fadeur des acteurs empêchent l’implication du spectateur dans le film. Reste la  préciosité baroque de la mise en scène. Sept épées pour le roi est l’oeuvre d’un esthète. Il y a un beau travail sur la couleur, la lumière. Brio et inventivité caractérisent les séquences d’action (excellent duel final dans la salle de torture notamment) mais a contrario les  passages de dialogue sont d’une affligeante platitude.

L’effroyable secret du Dr Hichcock (Riccardo Freda, 1962)

Les tribulations d’un docteur londonien qui se sert de son produit anesthésique pour assouvir ses fantasmes nécrophiles.

L’effroyable secret du Dr Hichcock est un film typique du maniérisme fantastique. Freda se soucie plus de l’atmosphère et du visuel que de la narration et des personnages. Ce qui ne va pas sans une certaine complaisance qui nuit à la cohérence profonde de l’ensemble. Certains passages obligés (par exemple la fille en chemise de nuit poursuivie dans un souterrain) sont étirés au-delà du raisonnable et le rythme s’en trouve considérablement affaibli.

Riccardo Freda a un talent certain: le talent d’un petit maître qui n’invente rien mais qui est plastiquement inspiré. Sa mise en scène compile les poncifs de l’esthétique gothique-londonienne avec une maîtrise visuelle qui ne manquera pas de séduire l’amateur. Dommage que les comédiens soient fades et le scénario médiocre: le sujet -la nécrophilie- est intéressant mais des rebondissements grotesques annihilent le récit. D’où l’impression finale que laisse cette jolie coquille vide qu’est L’effroyable secret du Dr Hichcock: une impression de profonde vanité.