The player (Robert Altman, 1992)

Un décideur hollywoodien se retrouve impliqué dans le meurtre d’un scénariste raté.

The player est donc une satire du cynisme hollywoodien. Cette année là, Robert Altman était en forme et son film est maîtrisé. Ainsi, il y a des plans-séquences de plusieurs minutes où la virtuosité du réalisateur avec sa caméra est éclatante. De plus, la mise en abyme est très maline. Il faut dire qu’une cinquantaine de vedettes hollywoodiennes apparaissent sous leur vrai nom, piquant procédé qui accentue le flou entre spectacle et réalité.

Le problème est que le mépris sans appel de l’auteur pour chacun de ses personnages uniformise considérablement son film. Tout ici est soumis à la démonstration d’Altman: « tous pourris ». Une fois lancé, le film ne dévie pas plus de ses rails que les caméras du cinéaste. Il n’y a pas d’échappée, le film est verrouillé, et si le spectateur ne sombre pas dans l’ennui le plus profond, c’est bien parce que le scénariste a plus d’un tour dans son sac pour nous intéresser à sa mécanique (une mécanique qui n’est jamais plus qu’une mécanique). Tel le rebondissement final. Le cynisme de son héros semble aussi être celui de l’auteur. C’est toute la différence avec S.O.B où la virulence de la critique du milieu hollywoodien n’interdisait pas l’éloge de l’amitié. D’où un film plus hétérogène, plus varié, plus surprenant, plus audacieux et finalement bien plus passionnant que The player (sans même parler du génie comique de Blake Edwards).

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Les flambeurs (California split, Robert Altman, 1974)

Un joueur professionnel se fait un pote autour d’une table de jeu et l’entraîne avec lui.

Un film en roue libre aussi bien du point de vue narratif que formel. Très typique du cinéma américain des années 70. Les personnages n’ont aucune substance, le jeu n’est rien de plus qu’un décorum. Insignifiant et très ennuyeux. Mieux vaut revoir Passion fatale de Siodmak, autrement vertigineux et angoissant.

Nashville (Robert Altman, 1975)

Cette fresque sur un festival de country est avant tout un tour de force narratif puisqu’elle brasse les destins d’une vingtaine de personnages principaux sur une journée. Robert Altman a d’ailleurs repris ce genre de structure devenu sa marque de fabrique dans plusieurs de ses films postérieurs. Son ambition quand il use d’une telle dramaturgie est de brosser un large panorama de la société américaine, vue ici a travers le prisme de sa musique.

Le vernis réaliste (tournage sur les lieux de l’action, apparition de personnalités, filmage en plans-séquences) confère un cachet documentaire au film qui rend la fiction d’autant plus intéressante. Nashville est ainsi clairement ancré dans son époque. GIs, chanteurs contestataires et hipppies font partie des nombreux personnages; ce qui n’empêche pas un discours plus général sur l’Amérique et son rapport au spectacle de la part des auteurs. La caméra s’éloigne régulièrement de l’action pour capter quelque chose de plus global et le cinéaste n’hésite pas à user de symboles au risque d’alourdir son style (les longs gros plans sur le drapeau américain dans la dernière séquence). Cette distance d’entomologiste par rapport à ses personnages confine parfois à la cruauté; ainsi du raccord sonore douteux entre les pleurs d’un veuf et le rire d’un personnage dans la scène suivante. L’ironie récurrente et injustifiée de l’auteur vis-à-vis de ses personnages (pauvre Geraldine Chaplin!) ainsi que son refus de la psychologie annihilent souvent l’empathie du spectateur, alors réduit à admirer la virtuosité du cinéaste et l’intelligence de son discours.

Un discours qui n’est cependant pas aussi précis et cynique que ce à quoi l’on pourrait s’attendre. C’est que Nashville est une chronique et non une démonstration. La variété des personnages présentés permet de montrer des aspects divers de la country. Les personnages de starlettes roulées par les promoteurs démontent le miroir aux alouettes du show-business mais dans Nashville, la musique exprime aussi quelque chose de vrai. Ainsi de la déclaration de Tom, le chanteur de folk, quand il chante I’m easy, séquence superbe jouant sur les points de vue des différents personnages présents. Cette séquence et celle qui suit dans le lit de Tom rachètent le supposé péché d’orgueil d’Altman le démiurge. Son point de vue démultiplié lui permet ici d’atteindre une émouvante vérité sur le refus du bonheur à cause des contingences de la vie, thème typique d’un des cinéastes les plus romantiques qui soient: Jacques Demy. D’une manière plus générale, l’indéniable respect d’Altman pour son sujet de base -la country- s’exprime à travers la durée dédiée aux numéros musicaux. Ainsi, sur l’ensemble du métrage, ce n’est pas moins d’une dizaine de chansons qui sont filmées dans leur quasi-intégralité. Ce parti-pris a évidemment pour effet de détendre la dramaturgie et pourra décevoir le spectateur qui s’attendrait à un film aussi accrocheur que, disons, Short cuts.
Le film montre également dans sa fin tristement visionnaire que le spectacle permet d’apaiser les esprits et de faire oublier les drames réels. Salvatrice régénération de la communauté ou inquiétante fuite de la réalité ? On saura gré à Altman de maintenir l’ambiguïté jusqu’au bout, la pertinence des questions posées faisant partie intégrante de l’intérêt de Nashville, un des films les plus importants des années 70.