Belle jeunesse (Summer holiday, Rouben Mamoulian, 1948)

Dans une petite ville de province américaine, un jeune homme apprend à grandir durant ses vacances d’été…

Petite tranche d’americana musicale et colorée dans la lignée du Chant du Missouri, Summer holiday raconte comment un adolescent pétri de lectures révolutionnaires et un oncle alcoolique retrouvent le giron de leur communauté. Dans la plus pure tradition MGM, la somptuosité de la direction artistique s’accorde parfaitement à l’idéalisation de cette communauté. On aurait aimé que ce message éminemment conservateur soit transmis avec plus de profondeur dialectique, avec une meilleure prise en compte du « point de vue de l’adversaire ». Si le début avec les violentes diatribes anticapitalistes du fils pouvait apparaître audacieux, la résolution des conflits dramatiques apparaît pour le moins expédiée. De plus, Mickey Rooney, 28 ans et 1,57m, n’est guère crédible en ado rebelle. D’où l’impression d’un film très charmant et parfois touchant mais finalement superficiel. A son habitude, Rouben Mamoulian a concentré son talent sur la forme. Pour exprimer les états d’âme de ses personnages, il privilégie le symbolisme des couleurs à la justesse des gestes et des dialogues. Voir le numéro onirique de « la fille en rouge » ou les tableaux, magnifiques quoique plus décoratifs, de la fête du 4 Juillet.

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Cantique d’amour (The Song of Songs, Rouben Mamoulian, 1933)

Une jeune paysanne tombe amoureuse d’un sculpteur avant d’épouser le riche aristocrate qui était le mécène de l’artiste.

L’intrigue mélodramatique est banale et Marlene Dietrich, largement trentenaire au moment du tournage, n’est guère crédible en ingénue. Reste un éventuel charme du kitsch de studio correctement exploité par Rouben Mamoulian. Cantique d’amour est un film tout ce qu’il y a de plus oubliable.

Love me tonight (Rouben Mamoulian, 1932)

Un tailleur parisien séduit des princesses dans l’entourage d’un aristocrate ruiné qui lui doit de l’argent.

Merveilleuse opérette Paramount dans la veine des meilleurs Lubitsch de l’époque. On retrouve le délicieux couple formé par Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald. Les ingrédients sont les mêmes mais en terme de style, la désinvolture aristocratique de Lubitsch est remplacée par quelque chose de plus imposant. Le découpage de Mamoulian est très sophistiqué et son film contient nombre de morceaux de bravoure mettant remarquablement en valeur la musique entraînante de Rodgers et Hart. On est plus proche de la véritable comédie musicale que dans Une heure près de toi, le chef d’oeuvre de Lubitsch avec Chevalier et MacDonald qui sortait la même année, ne serait-ce que parce que la mise en scène a ici un côté chorégraphique qu’elle n’a pas chez le maître berlinois. D’une manière générale, Love me tonight est un film extraordinairement dynamique. Jouant brillamment avec les archétypes (l’ouverture à Paris est un fabuleux condensé des clichés sur les Français dans les comédies hollywoodiennes de la grande époque), Love me tonight est une oeuvre parmi les plus drôles, les plus joyeuses, les plus éblouissantes de son temps.

Les carrefours de la ville (City streets, Rouben Mamoulian, 1931)

Un brave gars est tiraillé entre son amour pour la fille d’un malfrat et son honnêteté. C’est un film de gangsters édifiant, mou du genou et pour tout dire pas très passionnant. Les quelques plans atypiques de Mamoulian ne rendent l’oeuvre ni plus belle ni plus vivante. On peut comparer Les carrefours de la ville à 20 000 years in Sing sing de Michael Curtiz, film contemporain tout aussi édifiant mais mis en scène d’une façon bien plus alerte et bien plus habitée.

Applause (Rouben Mamoulian, 1930)

Applause n’est pas un très bon film. L’intrigue mélodramatique, en plus d’être sottement moralisatrice (couvent = le bien, show-business= le mal), ne sort jamais de ses sentiers battus. Certes, le film ayant été tourné avant le code Hays, il atteint des sommets (ou des tréfonds ?) dans le glauque que le cinéma hollywoodien ne réatteindra pas de sitôt. Mais le jeu hyper-appuyé des acteurs jouant des personnages unidimensionnels achève de désintéresser le spectateur de l’histoire qui lui est racontée.
Malgré ces indéniables défauts, Applause jouit d’une considération dont peu de films de cette époque -le début du parlant- peuvent se targuer. Pourquoi ? Eh bien, c’est qu’en dépit du statisme des comédiens, la caméra est étonnamment dynamique. Le jeune Mamoulian a beaucoup expérimenté sur ce film et c’est ce qui le rend un peu plus intéressant que la moyenne de la production d’alors. Il n’a certes rien inventé qui n’ait déjà été tenté au temps du muet mais son montage et ses cadrages sont très variés pour un film encombré par des appareils très lourds et des microphones gênants. C’est souvent pertinent (les fondus enchaînés du montage alterné lors de la tentative de suicide) , ça l’est parfois moins (la première rencontre entre le marin et la jeune fille où la caméra suit…leurs pieds) mais peu importe. Applause est un film de transition, de recherche.