Martha…Martha (Sandrine Veysset, 2001)

La vie chaotique d’une femme à moitié folle, mère d’une petite fille et en couple avec un fripier.

Dépouillé de l’enveloppe de douceur qui permettait à Y aura t-il de la neige à Noël?  d’atteindre un équilibre miraculeux entre naturalisme et conte de fées, ce troisième film de Sandrine Veysset se vautre allègrement dans les déplaisants clichés propres aux héritiers dégénérés de Pialat: les personnages à l’image pissent, crachent, hurlent, se tapent la tête contre les murs.

Les quelques séquences oniriques, loin de compenser cette complaisance sordide, laissent perplexe quant au sens profond de ce qui, compte tenu de la faiblesse du récit, apparaît comme un salmigondis. Les cadrages moins précis que dans le premier film et, surtout, le montage bêtement fragmentaire dénotent un refus aussi volontariste que douteux du lyrisme (ainsi de la brutalité gratuite du raccord après le plan de la boite à musique).

Pourtant, Sandrine Veysset n’a pas perdu toutes ses qualités en cinq ans. En premier lieu, sa direction d’acteurs permet de maintenir une certaine justesse à l’intérieur des scènes. Rarement l’abnégation avait été jouée de façon aussi touchante que par Yann Goven dans le rôle du concubin. Parfois, un plan sublime vient illuminer la chronique; par exemple celui sur l’enfant endormie dans la camionnette. Dans ces instants, on regrette que la cinéaste semble se sentir obligée de brider ses propres élans de tendresse.

Y aura t-il de la neige à Noël ? (Sandrine Veysset, 1996)

Sept enfants et leur mère sont exploités par leur père, agriculteur…

Que ce soit Leos Carax qui ait encouragé son assistante à passer à la réalisation ne change rien au fait que ce premier film de Sandrine Veysset a plus à voir avec le réalisme brutal d’un Maurice Pialat qu’avec le foisonnement kitsch des Amants du Pont-neuf. Loin d’être une épigone de l’auteur de La gueule ouverte, la jeune cinéaste a trouvé une voie inédite en ceci que, à travers une mise en scène très crue, elle revitalise la tradition du conte de fées. Partant d’un postulat lourd de connotations sociales, elle évacue tout discours sociologique pour se concentrer sur l’amour porté par une femme à ses enfants face à un père monstrueux.

Une part de son génie étant que jamais sa caractérisation, au fond aussi manichéenne que dans La nuit du chasseur, ne semble caricaturale ni n’altère la justesse des comportements. Un montage serré et un discret sens pictural permettent au récit de garder un rythme intense malgré une ponctuelle répétitivité des péripéties. Des interprètes miraculeux de précision, Daniel Duval et Dominique Raymond (belle sorte de Juliette Binoche campagnarde), aident l’auteur à maintenir son subtil équilibre entre vérité documentaire de l’enrobage et archaïsme mythologique des soubassements. Le singulier lyrisme de Y aura t-il de la neige à Noël ? culmine dans son avant-dernière séquence, une des plus belles fêtes familiales de l’Histoire du cinéma français.