Une cloche pour la petite Sayun (Hiroshi Shimizu, 1943)

La vie dans un village de la campagne taïwanaise soumis à l’influence bienfaitrice de la police japonaise.

Film à la gloire de la colonisation impériale, Une cloche pour la petite Sayun commence par une apologie du travail des policiers japonais qui, en ces terres sauvages, font aussi office de professeurs, de médecins et de bâtisseurs. A côté des passages ouvertement propagandistes -que la mise en scène ne nuance aucunement- une large place est accordée à la vie dans le village, à l’élevage des bêtes et aux déambulations des enfants. On retrouve intact le génie de Hiroshi Shimizu pour filmer les paysages lacustres et montagneux. Malgré l’instrumentalisation propagandiste, ces aborigènes du Pacifique sont appréhendés avec une fraîcheur qui rappelle le Flaherty de Tabou. Tout cela pourrait paraître inconséquent si un drame ne se nouait dans la dernière partie, celui qui donne son titre au film et qui est inspiré d’un fait divers abondamment récupéré par la propagande nippone exaltant le sacrifice et le dévouement des peuples conquis: la noyade d’une jeune fille qui portait les bagages d’un policier japonais. Le gouvernement impérial a alors envoyé une cloche nommée d’après la jeune fille. Pour qui n’est pas au courant de l’anecdote, il est difficile de déceler la propagande dans ces séquences magnifiquement élégiaques dont la tristesse contraste avec l’héroïsme sacrificiel défendu auparavant. En définitive, Une cloche pour la petite Sayun est un des bons films du grand Hiroshi Shimizu quoiqu’il soit difficile pour un spectateur non documenté de conclure sur l’état d’esprit de l’auteur quant à sa mission de propagande.

Le pays bleu (Jean-Charles Tacchella, 1977)

Dans un village du sud de la France, une infirmière vaguement hippie s’entiche d’un transporteur de légumes.

Encore une fois, l’absence de point de vue de Jean-Charles Tacchella amène son film à s’éparpiller et à ne rien raconter d’un tant soit peu consistant. Par exemple, faute d’être justifiée, la grossière séquence où le personnage de Brigitte Fossey insulte le restaurateur ne peut provoquer chez le spectateur que, au mieux, la circonspection, ou, au pire, le mépris envers une telle bécasse hystérique. Le souci est que dans la séquence d’après, Tacchella fait comme si de rien n’avait été, nous la présentant à nouveau comme son héroïne à laquelle nous devrions nous attacher. Le fossé entre les urbains venus se mettre au vert après mai 68 et les authentiques ruraux aurait pourtant pu donner lieu à un film intéressant mais contrairement à ce qui se passe chez les vrais bons réalisateurs de comédie, il n’y a ici aucune fluidité, aucune continuité, aucune cohérence, entre la satire (pas étayée) et la tendresse. D’où l’impression que l’auteur ne sait pas où il va. On ne peut même pas dire que ses incohérences sont « à l’image de la vie » car, à l’indigence de l’écriture s’ajoute le plaquage d’une musiquette hors de propos qui contribue grandement à accroître la fausseté de ce qui nous est montré et qui révèle in fine le mépris total du créateur envers ses créatures. Finissons enfin par noter que, bien que les personnages s’exclament à plusieurs reprises sur la beauté de leur région, jamais le spectateur ne constate cette beauté tant Tacchella semble incapable de la restituer dans ses images.

Hoodoo Ann (Lloyd Ingraham, 1916)

Une pensionnaire d’un orphelinat est recueillie par un couple…

Comédie produite par Griffith qui fait mesurer combien sa mise en scène pouvait faire la différence. Rien, ici, n’élève un sujet niais au possible. Mae Marsh est trop vieille pour le rôle, la narration s’attarde trop longuement sur des péripéties sans intérêt, aucun sens du cadre et du décor ne vient enraciner l’action par ailleurs mal conduite. Bref, on n’y croit pas une seule seconde et on s’ennuie grandement malgré que ça ne dure qu’un peu plus d’une heure. De loin, Hoodoo Ann est le moins bon des films de la Triangle que j’ai pus voir.

Le jeune hitlérien Quex (Hans Steinhoff, 1934)

Avant le 30 janvier 1933, le fils d’un communiste est attiré par les jeunesses hitlériennes.

L’opposition entre le débraillé des communistes et la discipline des nazis est un peu appuyée mais l’habile articulation entre l’affectif et le politique, la finesse de l’interprétation, la complexité du personnage du père, l’émotion des scènes pathétiques et la perfection de la technique (la caméra est bien plus vive que dans les films français de la même époque) font du Jeune hitlérien Quex un très bon film. Pour se rendre compte que cette oeuvre de propagande est un peu plus qu’un chromo, il n’y a qu’à voir la première séquence, une émeute de la faim où la circulation de la colère provoque l’empathie du spectateur pour les agitateurs communistes.

L’heure d’été (Olivier Assayas, 2007)

Au décès de leur mère, les petits-neveux d’un artiste à succès s’interrogent sur la succession.

L’histoire de cette famille aurait pu m’intéresser si elle avait été traitée sous un angle plus critique quant à la décadence de la France et la nécessité pour les rejetons de ses grandes familles de s’exiler pour continuer à gagner de l’argent mais ce n’est clairement pas ce qui intéresse Olivier Assayas qui se passionne vraiment pour les objets en tant que tel estimant visiblement que la question d’un bourgeois déjà plein de pognon « dois-je garder mes deux Corot ou dois-je en tirer un gros chèque? » est en soi un dilemme dramatique à même de passionner chaque spectateur. A cause du défaut d’unité narrative et de la complaisance molle de l’auteur, les scènes avec la fille dissipée d’un père veule ne convainquent pas plus. La fluidité du filmage, la rapidité du rythme et le métier des acteurs, en tête desquels Edith Scob, rendent l’oeuvre, si ce n’est profondément intéressante, du moins regardable. Il faut reconnaître à Assayas une qualité: il ne s’appesantit pas.

Play-boy party (Dino Risi, 1965)

Un ingénieur rejoint son épouse dans une station balnéaire bondée…

Dino Risi profite évidemment d’un tel sujet pour se moquer des masses en vacances mais il n’appuie pas la caricature. Sa satire s’exprime surtout avec les plans de la plage bondée, avec des détails amusants au détour des scènes et avec le moyen purement plastique qu’est l’utilisation de la couleur, délibérément criarde. L’histoire du couple confronté à diverses tentations est racontée sans lourdeur, à travers des séquences autonomes et distendues représentant souvent des fêtes où on entend la délicieuse variété italienne de l’époque. Le pessimisme pré-houellbecquien de la vision de l’amour est nuancé par la fin. Encore que je ne vois rien de précis à reprocher à Enrico Maria Salerno, peut-être manque t-il à L’ombrellone un acteur principal de la trempe de Ugo Tognazzi ou Vittorio Gassman et, aussi, un script plus consistant, pour se hisser à la hauteur des meilleurs films de Dino Risi. En l’état, c’est une bonne comédie italienne, représentative de son époque (l’âge d’or du genre) et de son auteur (le meilleur du genre).