Filles/épouses/mères (Mikio Naruse, 1960)

Une veuve qui a hérité de son mari retourne chez ses parents.

Mikio Naruse s’intéresse ici à la cohabitation entre différentes générations, source d’une multitude d’enjeux dramatiques. Le film est une belle chronique sur le temps qui passe dans laquelle l’évolution de la société japonaise est montrée sans fard mais en douceur. Ni réactionnaire ni progressiste, l’auteur ne prend pas parti. Il se contente d’être attentif à chacun de ses personnages. Certains, à l’instar de la jeune fille très matérialiste, versent un peu dans la caricature mais ce n’est jamais méchant; c’est plus à des fins comiques qu’autre chose. Le découpage est inhabituellement compliqué. Des raccords douteux brisent la continuité et donc l’harmonie de certaines séquences. L’écriture filmique aurait gagnée à être plus fluide mais ces quelques réserves sont balayées par une fin sublime.

L’histoire de la femme (Mikio Naruse, 1963)

Les récits mis en scène par Naruse sont souvent soumis à une relative unité de lieu et de temps. Ce n’est pas le cas dans ce très beau mélodrame romanesque qui porte bien son nom et dans lequel les flashbacks retracent la vie d’une femme japonaise. Une vie marquée par la seconde guerre mondiale, une vie faite d’abnégation et de sacrifices pour son fils ou son mari. Le film est dur mais il n’y a pas de complaisance masochiste dans l’étalage des souffrances de cette héroïne grâce à une mise en scène d’une élégance de chaque instant et à une fin lumineuse où l’espoir s’incarne dans un nouveau-né. Les actrices sont évidemment magnifiques, toujours dignes dans la tristesse. A travers les générations, les femmes supportent et endurent mais les temps changent, et avec le changement naît l’espoir…espoir final incarné dans…un homme. Superbe.

Courant du soir (Mikio Naruse et Yuzo Kawashima, 1960)

Encore une chronique d’un restaurant, entre travail et affaires de coeur des tenancières. Un peu en déça des meilleurs Naruse car ce qui menaçait d’autres films du genre est ici patent: les différentes intrigues n’ayant pour point commun que le lieu où elles se déroulent, un manque d’unité thématique les fait friser l’anecdotique. Heureusement, tout cela reste merveilleusement joué et superbement filmé (en Scope-couleurs). D’où un film qui apparaît plein de justesse sans avoir une portée aussi large que d’autres films du maître.