The Rose (Mark Rydell, 1979)

Le tragique destin d’une chanteuse de rock qui voudrait raccrocher.

Plutôt que de retracer d’une façon attendue la carrière « ascension et chute » de cette star inspirée par Janis Joplin, les auteurs ont eu l’intelligence de concentrer leur récit sur une courte durée. Raconter Rose à travers sa dernière histoire d’amour leur permet de broder de multiples variations autour de la dialectique qui définit leur personnage: sex, drugs & rock&roll VS tentation de la fuite romantique avec un jeune homme apparemment « pur » rencontré dans des circonstances échevelées. A la manière de beaucoup de stars -j’ai bizarrement pensé à Gérard Depardieu-, Rose vit dans une sorte d’éternel présent qui contrecarre inlassablement ses velléités affectives à long terme. Cette opposition se traduit aussi bien par de longues scènes de comédie pleines de répliques bien senties où l’énergie tourbillonnante de Bette Midler se déploie joyeusement que par de brusques surgissements d’une tristesse enfouie. L’actrice se révèle un sensationnel petit bout de femme qui combine la capacité d’abattage d’une Katharine Hepburn et la verdeur d’une Mae West. Autour d’elle, les seconds rôles sont bons, surtout Alan Bates dont le personnage de manager n’est jamais caricaturé. Enfin, les concerts, filmés fastueusement, subliment les contradictions de la chanteuse. Bref, The Rose est un film attachant, clairement un des meilleurs sur le rock&roll, qui gagne à être vue dans une salle comble; comme les concerts du personnage.

Le roi de coeur (Philippe de Broca, 1966)

A la fin de la première guerre mondiale, un soldat britannique est chargé de désamorcer une bombe cachée dans un village abandonné par toute sa population à l’exception des pensionnaires échappés de l’asile.  

A partir de son sujet, le film aurait pu sombrer dans un éloge bêtement anticonformiste des marginaux mais il n’en est rien parce que le contexte est très particulier. La Première guerre mondiale, c’est tout de même le moment de l’Histoire où l’absurdité des comportements humains atteint un paroxysme sans précédent donc Le roi de coeur est en fait une fable pacifiste plutôt qu’un film sur la folie en général. Avec une triste ironie, de Broca met en relief la bêtise des belligérants.

Cependant, Le roi de coeur est un grand film et en tant que tel, son essence, c’est son style avant d’être son propos. Le style ici, c’est la vivacité élégante d’une narration très visuelle. C’est une pléiade de seconds rôles qui insufflent une humanité décalée à la fable. Ce sont les arabesques felliniennes d’une mise en scène qui sécrète plusieurs instants magiques. Citons pêle-mêle: la sortie des fous dans la ville dévastée, Geneviève Bujold qui rejoint son promis en traversant la rue sur un fil téléphonique et d’une manière générale toutes les digressions ordonnées comme des numéros de cirque. Toutes ces séquences sont nimbées du lyrisme tendre de la musique de Georges Delerue, musique en parfaite symbiose avec la délicate poésie de de Broca, musique qui achève de faire du Roi de coeur un des films français les plus attachants des années 60.