Le prince au masque rouge (Vittorio Cottafavi, 1953)

En Février 1793, un noble s’infiltre dans la garnison du Temple pour délivrer Marie-Antoinette…

Cette seconde adaptation de Dumas après Milady et les mousquetaires est un des meilleurs films réalisés par Vittorio Cottafavi. La variété des passions (politiques, amoureuses, amicales, familiales) animant les personnages lui permet de s’éloigner du manichéisme et de déployer ses qualités tragiques. Emblématique en est le plan où Yvette Lebon annonce à son mari que leur projet de délivrer la Reine ne l’intéresse plus face à son amour pour le chef révolutionnaire. Son hiératisme, la lenteur inéluctable de son déplacement dans l’escalier et les variations de sa distance par rapport à l’objectif traduisent sublimement l’élan d’une héroïne qui, comme chauffée à blanc, vient de se choisir un nouveau joug, un nouveau destin. Ainsi, la profusion des péripéties est-elle vivifiée par le style de Cottafavi. Outre ces séquences d’une grandeur racinienne, le metteur en scène trouve matière à déployer son sens pathétique (les retrouvailles avec le dauphin où la mère s’écroule physiquement), son sens de la liturgie (l’exécution de Marie-Antoinette dont la géométrie rappelle celle de son chef d’oeuvre: La fiamma che non si spegne) et son sens sadique (le duel au poignard avec des détails d’une violence incroyable). Bref, le budget est vraisemblablement modique mais le talent est éclatant, particulièrement dans la très prenante dernière partie où le complexe écheveau narratif trouve son unité.

La ferme du pendu (Jean Dréville, 1945)

A la mort de leur père, l’aîné prend en main la ferme familiale et interdit à ses frères de se marier pour ne pas avoir à partager quoi que ce soit.
Ce postulat m’a paru peu réaliste car se marier et faire des enfants fait partie des plans de tout agriculteur un tant soit peu soucieux de faire perdurer son domaine dans le temps. Néanmoins, La ferme du pendu s’avère une bonne chronique rurale. Sans être très originale, la mise en scène est solide et donne du corps au drame. Le décor de la ferme est découpé d’une façon claire, les images de la campagne sont joliment photographiées, les mouvements d’appareil dynamisent judicieusement plusieurs séquences. La dramaturgie est schématique mais la dimension romanesque du récit fait que les personnages ne restent pas prisonniers de leurs stéréotypes. Ainsi, le frère queutard joué par Alfred Adam surprend. Fait rare pour un film français de l’époque: l’avortement est clairement évoqué (pour être condamné sans appel bien entendu). La ferme du pendu est donc un film réussi quoique sa présentation très « la paysannerie pour les nuls » de son sujet -loin de la précision entomologiste d’un Goupi Mains Rouges- limite sa portée. En témoigne le pittoresque parfois caricatural de la composition de Charles Vanel. Une composition néanmoins savoureuse.