Le secret du cargo/L’énigme du poignard (Maurice Mariaud, 1929)

En Algérie, un détective enquête sur l’enlèvement d’une artiste de music-hall…

Entre Tintin (le héros pur et dégingandé en pantalon de golf) et Rintintin (son fidèle acolyte n’est pas un fox-terrier mais un berger allemand), ce film policier qui se transforme en film d’aventures coloniales ne manque pas d’originalité dans le contexte du cinéma français de la fin des années 20. Le rythme de la narration aurait gagné à être plus rapide mais l’oeuvre n’est pas avare en extérieurs algériens qui donnent une touche documentaire légère et bienvenue au divertissement. Dynamique et désertique, la dernière partie culmine dans un duel sur les rochers parfaitement découpé où Maurice Mariaud s’avère plus proche de Anthony Mann qu’aucun des auteurs français contemporains régulièrement distingués comme tel par la critique parisienne. Sympathique.

Sarati le terrible (André Hugon, 1937)

A Alger, un pied-noir brutal et violent voit sa vie ébranlée lorsque sa nièce s’entiche d’un locataire aux origines mystérieuses…

Inspiré par un matériau d’une toute autre teneur que celle de ses habituelles galéjades, André Hugon s’est ici surpassé. L’amour interdit que porte une brute à sa nièce nourrit une tragédie déroulée avec une implacable finesse dialectique. Entre autres, il faut voir la séquence où Sarati craque pour réaliser combien Hugon peut exceller à la mise en scène. Justesse des travellings, poésie discrète du cadre, chair dénudée de Jacqueline Laurent et, bien sûr, infinité des nuances de Harry Baur, concourent à une exceptionnelle richesse d’évocation: tendresse, douleur et horreur sont inextricablement mêlées avec un tact et une audace qui étonnent de la part de l’auteur de Romarin. Harry Baur, immense, beaucoup moins cabotin qu’il ne l’a été, trouve ici ce qui est peut-être son plus beau rôle. En somme, Sarati le terrible est un parfait équivalent français aux mélos tordus de Tod Browning avec Lon Chaney. Grand.

L’étranger (Luchino Visconti, 1967)

Adaptation de L’étranger de Camus, le livre que vous avez tous lu au lycée.

Quand on découvre ce film après 40 ans d’invisibilité, on comprend que divers ayant-droits aient longtemps empêché sa diffusion. L’étranger est en effet  le seul véritable navet parmi les quatorze longs-métrages réalisés par Luchino Visconti. Il faut dire que le roman à partir duquel il a été adapté n’a déjà pas un grand intérêt. Il n’y a pas grand-chose à illustrer or comme la mise en scène est essentiellement illustrative…Visconti semble en effet avoir été bouffé par la colossale production de Dino de Laurentiis tant le film est dénué de style.

Les scènes de tribunal  (la moitié du film) sont particulièrement ennuyeuses. Parfois, des traits de caractère qui, du fait du détachement du narrateur apparaissaient suggérés dans le roman, deviennent caricaturaux à l’écran. Voir par exemple le grotesque du passage avec le juge d’instruction, passage dont l’indigence formelle a plus à voir avec un western spaghetti qu’avec ce à quoi nous avait habitué le cinéaste. De plus, Mastroianni, star incarnant la classe et l’assurance virile est parfaitement inadéquat pour jouer Meursault, homme médiocre, sans volonté, vide de coeur et d’esprit. Enfin, la langue italienne dans la bouche de supposés pieds-noirs ajoute à la fausseté de l’ensemble.

Un bon point tout de même: L’étranger est l’occasion de voir une Anna Karina appétissante comme jamais. Dorée et humide, elle est ici autrement plus sensuelle que chez son Pygmalion helvéto-puritain.