Tu m’oublieras (Henri Diamant-Berger, 1930)

Après la mort d’une chanteuse qui avait leur fortune, deux éditeurs de musique associés recueillent la jeune fille de cette dernière.

Les cadrages guindés accentuent l’impression de préciosité désuète qui émane de ce film rendu plus attachant encore par l’extrême douceur du ton qui refoule mal des fantasmes incestueux. Cela ne m’étonnerait pas que Jacques Demy ait vu Tu m’oublieras et s’en soit souvenu au moment de réaliser Trois places pour le 26.

 

 

La Tare (Louis Feuillade, 1911)

Une serveuse du quartier latin est embauchée dans un institut de charité…

Mélodrame poussiéreux et longuet où surnagent trois jolis plans. La profession de foi soi-disant réaliste de la série « La vie telle qu’elle est » n’empêche pas le récit d’être conventionnel (et très puritain).

 

La banque Nemo (Marguerite Viel, 1934)

L’ascension d’un arriviste au sein d’une petite banque…

Adaptation d’une pièce au cynisme réjouissant signée Louis Verneuil. La mise en scène de Marguerite Viel (supervisée par Jean Choux) n’apporte aucune plus-value et, dans les rares instants où des trucs sont tentés avec le montage, a plutôt tendance à épaissir le trait (cf l’achat du manteau). Il n’en reste pas moins que La banque Nemo se regarde toujours avec plaisir et que le propos, qui annonce celui du formidable Avec le sourire, n’est pas prêt de vieillir. Extraordinaire scène de conseil des ministres qui fut censurée à la sortie.

Le contrôleur des wagons-lits (Richard Eichberg, 1935)

En 1900 chez un patron de firme automobile, un inventeur amateur rencontre une jeune fille se faisant passer pour une comtesse…

Une succession de quiproquos qui manque malheureusement d’étoffe. Dialogues, montage et mise en scène n’ont pas le piquant, le rythme et l’imagination du formidable Dédé de Guissart. On retiendra quand même le charme infini de la jeune Darrieux en bas résille et l’amusant cabotinage de Alice Tissot.

Léonce aime les morilles (Léonce Perret, 1913)

Les déboires de Léonce durant sa quête aux champignons.

Ce court-métrage qui met en scène Léonce dans son rôle comique récurrent est assez drôle. Les gags burlesques (l’un annonce celui de Milou qui fait manger une éponge à un fauve dans Tintin au Congo) sont un peu épais mais la tendre satire de la vie conjugale est bien sentie, excellemment servie qu’elle est par le jeu assez fin de Léonce Perret.

La maternelle (Jean Benoît-Lévy & Marie Epstein, 1933)

Une jeune femme de bonne famille abandonnée par son fiancé devient dame de service dans une école maternelle.

La maternelle fut un immense succès critique en son temps. Son auteur, Jean Benoît-Lévy, avait une haute idée sociale du cinéma et allait plus tard occuper un poste important à l’UNESCO. Il adaptait ici un roman de Léon Frapié lauréat du prix Goncourt 1904. Marie Epstein, soeur de Jean, fut sa collaboratrice attitrée. La maternelle capitalise beaucoup sur les bêtises de gamins quasiment saisis sur le vif qui provoquent l’attendrissement et l’amusement du spectateur. Il y a ainsi une dimension documentaire qui anticipe celle de Etre et avoir. Mais le film ne se limite pas à ça. Même s’ils appuient parfois un peu lourdement le sens d’une situation, les auteurs sont guidés par ces qualités rares que sont le tact et la droiture, qualités qui  leur permettent de traiter sans faute de goût ni pusillanimité un matériau délicat qui contient son lot de cruautés.

Voir le sérieux radical avec lequel est présenté le désespoir de l’enfant. Voir l’élégance de l’ellipse qui enchaîne les deux premières séquences. Voir la parfaite séquence de l’abandon où la mise en scène se charge de ne pas enfoncer la mère. La coexistence de la tendresse, du pathos et de la légèreté des jeux enfantins est rendue harmonieuse par la sensibilité des cinéastes et par la rapidité du rythme des images. Reste Madeleine Renaud: son jeu plein de sensiblerie détonne d’avec la sobriété du reste de la distribution (ainsi Alice Tissot qui atténue considérablement la dureté de la directrice) et pourra paraître désuet. Mais son personnage est le plus meurtri d’entre tous les adultes du film.