L’Arlésienne (André Antoine, 1922)

En Camargue, un honnête jeune homme s’entiche d’une gourgandine…

L’Arlésienne est une des réussites les plus éclatantes d’André Antoine cinéaste. D’abord, l’abondance de plans larges sur les décors naturels de Camargue avec le vent qui secoue feuillages et linges, les bergers qui veillent sur les moutons à la belle étoile ou encore les gardians qui ramènent les chevaux à travers les dunes, cette abondance de plans larges, donc, donne un ancrage réaliste à la sombre tragédie d’Alphonse Daudet. Leçon du western, leçon des grands muets suédois, leçon d’André Antoine. Si la première partie paraît un peu laborieuse et confuse par manque d’unité dramatique, c’est toute une petite famille qui finit par exister à l’écran. La synthèse entre des éléments qui semblaient jusqu’ici éparpillés se réalise pleinement lors du remarquable climax qui précède le mariage. Le rythme, auquel participe un montage élaboré, devient alors palpitant et inquiétant. L’Arlésienne resta malheureusement le dernier film d’Antoine.

La Belle Nivernaise (Jean Epstein, 1924)

Un enfant des rues est recueilli par un marinier.

Le cachet réaliste procuré par les décors naturels autour de la Seine ne camoufle pas longtemps les poncifs qui régissent cette adaptation d’Alphonse Daudet. Pourquoi les cinéastes de l’avant-garde française, tout en professant un certain mépris de la fonction narrative du cinéma, s’encombraient-ils si souvent des scénarii les plus bassement mélodramatiques? D’autant qu’ici, loin de détourner ou de transcender les écueils de son script bancal, Jean Epstein y saute à pieds joints comme par exemple lorsqu’il étire au-delà du raisonnable une bagarre sans intérêt entre le gentil et le méchant (dont les motivations sont pour le moins floues). Les jeunes acteurs, plutôt hideux, n’aident pas non plus à l’identification.

Lettres de mon moulin (Marcel Pagnol, 1954)

Adaptation de trois des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet: L’elixir du père Gaucher, Le secret de Maître Cornille et Les trois messes basses.

Le dernier film pour le cinéma de Marcel Pagnol a été réalisé dans la douleur puisque le cinéaste venait de perdre sa fille âgée de trois ans. Comme le dit Jacqueline Pagnol dans ses entretiens avec Alain Ferrari, les Lettres de mon moulin furent donc tournées « dans un état de brouillard ». Cette nécessaire mise au point faite, l’honnêteté intellectuelle nous force à dire que cet opus est loin de compter parmi les réussites majeures du cinéaste qui deux ans auparavant avait signé le chef d’oeuvre absolu qu’est Manon des sources. Non que ce soit un navet. Les sketches des Lettres de mon moulin ont le charme et la simplicité universelle des fables. La faconde de certains acteurs, tel Delmont en vieux meunier ou Sardou en apothicaire malin, nous régalent comme nous régalaient Blavette et Charpin dans les films des années 30. En revanche, d’autres sont franchement cabotins. Les excès de Rellys, si magnifique dans le rôle d’Ugolin, sont ici parfois fatigants. D’une manière générale, c’est l’ensemble du film qui pêche par laisser-aller. Ainsi de la musique indigente (on est loin de Vincent Scotto), ainsi de la lenteur du rythme qui, vu le peu d’ampleur des histoires racontées, ressort parfois de l’autocomplaisance, péché mignon de Pagnol.