Tom Sawyer (William Desmond Taylor, 1916)

Dans un village au bord du Mississipi, un gamin fait les quatre cent coups.

Jack Pickford, 20 ans, est beaucoup trop âgé pour le rôle éponyme mais le décor naturel de la campagne américaine donne une certaine fraîcheur à cette adaptation d’un roman dont les péripéties les plus dramatiques ont été escamotées (elles furent traitées dans une suite sortie l’année suivante). En résulte une chronique sympathique mais dépourvue d’unité forte.

Le lourdaud (The clodhopper, Victor Schertzinger, 1917)

Le fils d’un banquier agricole se dispute avec son père trop sévère et s’en va tenter sa chance à Broadway…

Sobriété robuste des acteurs (Charles Ray est lumineux), simplicité directe du découpage, brio des éclairages, présence des décors naturels, bref le merveilleux classicisme de la facture Triangle insuffle une belle fraîcheur à la première partie qui est une tranche d’americana que n’aurait pas reniée Henry King. Quoique le poncif dramatique qui la sous-tende soit assez envahissant, la suite qui met aux prises le fils enrichi avec son père victime de faillite est menée avec habileté: les conventions sont digérées par une mise en scène réaliste et précise qui dédaigne toute sorte d’excès. Bon petit film.

The country doctor (Henry King, 1936)

Dans une région reculée du Canada, un médecin de campagne lutte contre la diphtérie, tente d’obtenir des crédits pour un hôpital et met au monde des quintuplés.

Entrepris pour exploiter l’engouement autour des soeurs Dionne, The country doctor s’avère un bon film qui reflète bien la sensibilité de son réalisateur, Henry King. Les trois quarts du métrage sont ainsi consacrés à la ténacité du médecin de campagne se battant pour les patients de son village reculé. La simplicité du ton, l’élégance des instants les plus dramatiques, la sobriété des acteurs (Jean Hersholt est aussi bon qu’un Victor Moore) et la fine critique de la médecine de classe en font un joli parangon de cinéma humaniste. Seule la dernière partie, s’appesantissant longuement sur les bébés qui par ailleurs résolvent miraculeusement le drame creusé auparavant, apparaît comme regrettable: même s’il est probable que ce cher vieil Henry King n’avait guère l’âme d’un révolutionnaire et croyait lui-même aux miracles réconciliateurs, il eût été judicieux de souligner l’ironie de la situation plutôt que d’en rajouter dans l’édification à travers le discours final du docteur.

The inside story (Allan Dwan, 1948)

Pour dissuader un homme d’entasser ses sous à la banque, un vieux monsieur lui raconte comment 1000 dollars providentiels sauvèrent sa petite ville au moment de la Grande Dépression.

En plus de présenter une communauté pittoresque et variée avec sa bonhomie coutumière, Allan Dwan montre les ravages de l’inflation, la mécanique dévastatrice actionnée par le défaut de paiement d’un créancier ou encore le caractère mortifère de l’épargne avec l’évidente simplicité qui fait défaut aux monuments plus théoriques du type L’argent de L’Herbier. Pour ce moraliste grand et humble, la circulation de l’argent est nécessaire en tant que virtualité qui engendre l’activité humaine, bien réelle celle-ci. The inside story est une charmante petite fable qui n’est malheureusement pas près de vieillir.

Over the hill (Henry King, 1931)

Les efforts d’une mère de famille américaine sont bien mal récompensés par des enfants ingrats et un mari paresseux.

Chronique d’une famille américaine où la béatitude inhérente au genre est sérieusement tempérée l’absence de reconnaissance de la progéniture. C’est joliment filmé mais le caractère unidimensionnel de chacun des personnages ôte pas mal d’intérêt au récit, récit d’ailleurs très moralisateur. Over the hill est un film mineur de Henry King.

Belle jeunesse (Summer holiday, Rouben Mamoulian, 1948)

Dans une petite ville de province américaine, un jeune homme apprend à grandir durant ses vacances d’été…

Petite tranche d’americana musicale et colorée dans la lignée du Chant du Missouri, Summer holiday raconte comment un adolescent pétri de lectures révolutionnaires et un oncle alcoolique retrouvent le giron de leur communauté. Dans la plus pure tradition MGM, la somptuosité de la direction artistique s’accorde parfaitement à l’idéalisation de cette communauté. On aurait aimé que ce message éminemment conservateur soit transmis avec plus de profondeur dialectique, avec une meilleure prise en compte du « point de vue de l’adversaire ». Si le début avec les violentes diatribes anticapitalistes du fils pouvait apparaître audacieux, la résolution des conflits dramatiques apparaît pour le moins expédiée. De plus, Mickey Rooney, 28 ans et 1,57m, n’est guère crédible en ado rebelle. D’où l’impression d’un film très charmant et parfois touchant mais finalement superficiel. A son habitude, Rouben Mamoulian a concentré son talent sur la forme. Pour exprimer les états d’âme de ses personnages, il privilégie le symbolisme des couleurs à la justesse des gestes et des dialogues. Voir le numéro onirique de « la fille en rouge » ou les tableaux, magnifiques quoique plus décoratifs, de la fête du 4 Juillet.

Deep waters (Henry King, 1948)

Dans le Maine, un orphelin pris en charge par l’assistance publique se lie avec un pêcheur de homards…

L’ancrage dans une communauté de pêcheurs peinte avec précision et empathie par Henry King ainsi que de très bons comédiens en tête desquels le jeune Dean Stockwell donnent de la consistance à ce récit convenu voire simpliste d’enfant fugueur.