Le moulin en feu (John W.Brunius, 1921)

Après la mort de son épouse, le propriétaire d’un moulin est attiré par sa servante, une gitane arriviste…

Kvarnen montre que le cinéma muet suédois ne saurait être réduit à Victor Sjöström et Mauritz Stiller. C’est un très bon drame paysan où le sens du cadre (beauté dreyerienne des intérieurs et finesse de la lumière), la rayonnante vitalité du jeu de Klara Kjellblad dans le rôle de la tentatrice et la perversité dialectique du récit qui voit le héros tomber amoureux de la « bonne fille » grâce à un crime confèrent la dignité d’une tragédie à un mélo anti-gitans* dont le manichéisme est parfois surappuyé (le meurtre tout à fait gratuit du faon).

*une tendance suédoise de l’époque

Vers le bonheur (Erotikon, Mauritz Stiller, 1920)

L’épouse d’un entomologiste est courtisée par un jeune sculpteur et un riche baron…

Remarquable succès en son temps, cette fantaisie mondaine montra au public étranger que les Suédois avaient plus d’une corde à leur arc. Si le cosmopolite Stiller avait déjà plusieurs comédies à son actif lorsqu’il entreprit d’adapter la pièce de Ferenc Herczeg, il a été dit (par Billy Wilder notamment) que c’est Erotikon qui influença Ernst Lubitsch d’une façon capitale lorsque le film fut présenté à Berlin au début des années 20. Et il est vrai que le joyeux immoralisme du propos ainsi que le jeu autour des archétypes du mari et de l’amant ont quelque chose de lubitschien. En dehors de ça, Erotikon reste une simple adaptation de théâtre de boulevard interprétée avec talent mais dénuée des observations réalistes d’un Cecil B. DeMille (Why change your wife?). Par ailleurs, l’exposition est longuette et un ballet est intégré au film et symbolise l’action dramatique. Procédé lourdaud s’il en est. Si Erotikon a probablement une importance historique non négligeable, c’est donc un film plutôt médiocre.