Pour une nuit d’amour (Edmond T.Gréville, 1947)

A la fin du XIXème siècle, une jeune marquise sur le point d’être mariée à un riche prétendant demande à un niais amoureux d’elle de l’aider à cacher un cadavre.

La transformation de la sombre nouvelle sado-maso de Zola en une « satire sociale » convenue et inoffensive amuse au début grâce à Alerme et à quelques bons mots mais finit par ennuyer franchement à force de dilution de l’action dramatique (prolongations grotesques du dénouement…). Le peu de perversité gardé par les adaptateurs est complètement gommé par l’interprétation de Odette Joyeux, tout à fait inadaptée au rôle de Thérèse. Toutefois, le filmage de Gréville est d’une plaisante vivacité.

 

La fausse maîtresse (André Cayatte, 1942)

Attiré par la femme de son meilleur ami, un homme fait croire qu’une trapéziste est sa maîtresse.

C’est une bonne idée que d’avoir transposé l’intrigue impossible du court roman de Balzac au XXème siècle. Ce faisant, André Cayatte a changé la nature des sentiments qui animent le héros: moins sublimes que prosaïques, ils apparentent La fausse maîtresse à une comédie, l’argument de base se révélant propice à tous les quiproquos et malentendus. Toutefois, on ne peut pas dire que la verve comique rivalise avec celle des meilleures comédies américaines ni même avec celle d’un film comme Battement de coeur. Il y a quelques moments assez amusants mais le sens du rythme et de la trouvaille piquante fait globalement défaut. Heureusement, la présence de Danielle Darrieux dans son dernier rôle « de jeunesse » illumine le film à plusieurs endroits.

La comédie du bonheur (Marcel L’Herbier, 1940)

Un riche héritier évadé de l’asile où l’avait mis sa famille en raison de ses pulsions philanthropiques paye des comédiens pour faire croire à des jeunes gens malheureux qu’ils sont aimés.

La luxuriance des décors, signe distinctif de Marcel L’Herbier, n’a d’égale que l’ennuyeux statisme du déroulement d’une intrigue d’ailleurs pleine de poncifs. La comédie du bonheur, comédie pas drôle et vaguement pirandellienne, dispense cependant un plaisir rare: celui de revoir, dans un second rôle, Jacqueline Delubac.

Prends la route! (Jean Boyer, 1937)

Sur la route, les couples se font et se défont…

Si ce résumé est aussi vague, c’est que la première des qualités de Prends la route! est la liberté de sa narration. De panne d’essence en gîte méditerranéen, de passage à niveau en attente au guichet, le film capture une multitude d’épiphanies de poche où sont forcés de se côtoyer des personnages d’origines diverses et variées, soit autant de moments composant et recomposant l’éternelle valse des sentiments. La légère insolence du ton, la gaieté des chansons, la fermeté du rythme (ce qui n’a pas toujours été le cas chez Jean Boyer), l’entrain des acteurs et les discrètes embardées dans la fantaisie la plus pure achèvent de faire de Prends la route! la comédie la plus joyeusement représentative de son temps, celui du Front Populaire et des premiers congés payés. C’est en quelque sorte du Renoir d’opérette, ce qui n’est pas un mince compliment.