Liberty Belle (Pascal Kané, 1983)

Au début des années 60 à Paris, un étudiant qui suit les cours d’un intellectuel de gauche se lie d’amitié avec un jeune militant pour l’Algérie française.

Même si faire de l’ami mac-mahonien un membre de l’OAS a des arrières-goûts revanchards de la part d’un ancien critique qui devait bien sentir que sa réponse écrite à Louis Skorecki (et, indirectement, à Michel Mourlet, dans les Cahiers du cinéma n°293) n’avait pas convaincu grand-monde, force est de constater que ce personnage, qui met son amitié au-dessus de ses convictions politiques et auquel Philippe Caroit prête ses traits marmoréens, est indéniablement plus noble que le héros, foncièrement veule. C’est d’ailleurs le seul protagoniste qui échappe un tant soit peu au programme balisé d’un film où abondent les caricatures jusqu’à un final carrément grotesque. Les violons de Delerue apportent un lyrisme parfois immérité et la distribution, rohmérienne en diable où on retrouve aussi Dominique Laffin et Jean-Pierre Kalfon, est sympathique mais Liberty Belle (nom du flipper) est à des années-lumières de la finesse et de la splendeur des Roseaux sauvages, oeuvre qui traite un thème voisin et justement plus célèbre.

Le crime est notre affaire (Pascal Thomas, 2008 )

Un coupe de détective enquête sur un meurtre dans une grande maison.

Ce blog témoigne de ma large affection pour Pascal Thomas mais, à ce degré de coupure avec la réalité, ce n’est plus possible. La photo est jolie mais dialogues, direction artistique, actions (ce consternant gag de la bretelle coincé dans la bouche d’aération) et récit sonnent complètement faux à force d’être surannés.

Le grand jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Les services d’un espoir déçu de la littérature sont employés par un agent du gouvernement qui veut faire tomber un ministre…

Ce premier long-métrage de Nicolas Pariser, inspiré par l’affaire de Tarnac, étonne d’abord dans la mesure où il est rarissime qu’un « jeune cinéaste français » s’attaque au genre du thriller politique. Sans beaucoup les étayer, l’auteur intègre ses rêveries paranoïaques quant au fonctionnement des institutions françaises à une fiction écrite et réalisée avec une rare méticulosité. L’écriture d’abord: outre qu’un vrai talent de conteur éclate dès les deux premières séquences, rarement des références savantes avaient été intégrées à des dialogues cinématographiques avec un tel naturel. La mise en scène ensuite: la composition des cadres explose la concurrence et, à plusieurs endroits, le découpage est d’une belle efficacité visuelle. Je pense par exemple à la concision du plan des voitures de police qui évite au jeune réalisateur de filmer une coûteuse séquence d’assaut tout en dramatisant instantanément son arc intimiste.

C’est qu’en effet, Pariser ne s’est pas borné à trousser un « filmdegenre ». S’il joue le jeu du thriller politique jusqu’au bout avec une foi et un savoir-faire qui l’honorent, force est de constater que, en bon auteur français, il nous en apprend bien plus sur lui, sa ville, ses lectures et sa génération que sur les arcanes de la République. Aussi bien que la fumisterie des universitaires gauchistes, rarement le cynisme mou d’une certaine race de quadragénaires parisiens avait été représenté à l’écran avec une telle précision (sans être ouvertement moqué). La politique est ici un prétexte dramatique pour révéler des vérités psychologiques. En creux, est raconté le retour à la vie, via l’amour, d’un has-been mélancolique. Le travelling qui l’accompagne parmi ses nouveaux compagnons avant de se fixer sur une campagne illuminée par les brumes matinales synthétise magnifiquement cette réconciliation avec le monde. Pour incarner ce drôle de héros, Melvil Poupaud était un choix de distribution évident et il s’avère parfait. Face à lui, André Dussollier, dans un rôle très archétypal, s’éclate et nous régale.

Surclassant la majorité des films français par sa maîtrise formelle aussi bien que par l’élégance de sa conception, Le grand jeu révèle un auteur de premier plan. Espérons que ne s’ensuivent pas quinze ans de crise d’inspiration.

Diplomatie (Volker Schlöndorff, 2014)

Au moment de la libération de Paris, le consul de Suède tente de convaincre le général Von Choltitz de ne pas exécuter l’ordre hitlérien de destruction de la ville-lumière.

Sans s’encombrer de la vérité historique, Cyril Gély a dramatisé la décision de Von Choltitz avec un grossier mélange de sentimentalité et de moraline. La septième symphonie de Beethoven en guise de générique ou des mélanges absolument décomplexés d’images d’archives et de reconstitution (avec passage progressif du noir et blanc à la couleur) sont là pour agrémenter la mise en boîte de la pièce. Académique jusqu’au bout des ongles, Diplomatie se laisse regarder grâce à sa relative brièveté, l’intérêt de son sujet et la prestation de ses deux acteurs, parfaits dans l’exercice.