125, rue Montmartre (Gilles Grangier, 1959)

Après avoir sauvé un homme qui s’était jeté dans la Seine, un livreur de journaux se retrouve entraîné dans une sale histoire…

La première partie où Gilles Grangier filme la naissance de l’amitié entre un livreur de journaux et un fils de famille suicidaire brille par la chaleur de son atmosphère. Paris est représenté avec un réalisme populiste qui, sans en atteindre le génie, rappelle les merveilleux films de Jacques Becker, tel Antoine et Antoinette. Fin et rigoureux, le réalisateur fait preuve à plusieurs reprise d’une belle inventivité visuelle pour faire avancer la narration sans le secours de son illustre dialoguiste, Michel Audiard. Celui-ci se montre d’ailleurs moins envahissant qu’il n’a pu l’être par la suite. Précis et savoureux, son texte n’est pas ici flamboyant au point de décrédibiliser les situations dans lesquelles il s’inscrit. Par ailleurs, la relation entre Lino Ventura et Dora Doll est nimbée d’une tendresse à l’opposé de la misogynie souvent caractéristique d’Audiard. Les acteurs sont très bons, surtout Jean Desailly et même Robert Hirsch dont l’apparente fausseté s’explique in fine.

Environ à la moitié du métrage, un rebondissement fait dévier la chronique amicale quoique mystérieuse vers le pur polar. Fort bien amenée, cette invraisemblance rendue vraisemblable par l’écriture donne une saveur hitchockienne à 125, rue Montmartre. En revanche, le développement qui s’ensuit obéit à la convention comme quoi Ventura doit casser lui-même la gueule à son ennemi, ce qui étrique le récit et ôte à la mise en scène une part du réalisme qui faisait son prix. Il n’en reste pas moins que 125, rue Montmartre demeure un film vivant et attachant, plus à même de justifier la réputation flatteuse de Gilles Grangier chez certains cinéphiles que ses véhicules pour Gabin.