Commando chez les Viets (China gate, Samuel Fuller, 1957)

Dans l’Indochine en guerre, pour permettre à son fils de se réfugier aux Etats-Unis, une contrebandière accepte de guider un commando de la Légion étrangère mené par son mari qui l’a quittée à la naissance de l’enfant.

Dans le but de dénoncer la bêtise raciste, Samuel Fuller a donc concocté un mélo guerrier particulièrement tarabiscoté. Si c’est à la va-comme-je-te-pousse que le scénario ficelle ses multiples enjeux, force est de constater que le jusqu’au boutisme dramatique, la sensibilité baroque et le sens de l’insolite du metteur en scène renouvellent régulièrement la fascination du spectateur. Un soldat noir qui chante avec un petit garçon dans une ville en ruine, des légionnaires attendant que leur camarade à la colonne vertébrale rompue meure pour « ne pas avoir à l’enterrer vivant », un vétéran de la Seconde guerre qui raconte la découverte de Falkenau*, des insurgés qui écoutent un disque volé de la Marseillaise sans se douter de la signification des paroles, un dur rattrapé par ses sentiments au moment le plus crucial de sa mission…China gate aligne les apogées dramatiques agencées avec l’efficacité d’un maître pour qui le travelling est un puissant facteur de concision. Ces moments donnent corps et âme au récit pourtant schématique et grossièrement articulé. In fine, c’est bien la beauté d’un homme réconcilié avec sa propre chair qui nous étreint le coeur. Comme quoi un auteur n’a pas forcément besoin de rigueur dans sa construction dramatique pour parvenir à ses fins. Mais il se doit alors d’avoir la bouillante inspiration d’un cinéaste de la trempe de Fuller.

*passage autobiographique sur lequel Fuller reviendra plusieurs fois à la fin de sa vie, en tant qu’écrivain et en tant que cinéaste.

Amours italiennes (Rome Adventure, Delmer Daves, 1962)

Une jeune bibliothécaire quitte son poste dans une école guindée de la Nouvelle-Angleterre et part en Italie pour, s’imagine t-elle, profiter de l’amour…

Dernier film du cycle de films sur la jeunesse de Delmer Daves avec Troy Donahue, Rome adventure se distingue de ses trois prédécesseurs de par son ton: apaisé, contemplatif, réflexif et donc à l’opposé de la flamboyance mélodramatique qui caractérisait Susan Slade, Parrish et A summer place. On est ici plus proche d’Eric Rohmer que de Douglas Sirk. Visuellement, le cinéaste s’en donne en coeur joie dans le registre touristique et filme avec gourmandise les monuments romains dans la lumière du soir aussi bien que les lacs du Nord de l’Italie. Le point de vue étant celui d’une touriste, on ne saurait lui en faire grief.

Ces délicieuses déambulations dans la ville éternelle pourraient même passer pour le nec plus ultra de la modernité tant il est vrai que le récit n’avance quasiment pas pendant les trois premiers quarts d’heure. Entre conversation dans une librairie avec sa future patronne et bagarre dans un club de jazz, ce sont de petites touches qui dessinent peu à peu le portrait d’une jeune femme découvrant les divers aspects de l’amour.

Un récit aussi ténu dans un cadre aussi somptueux fait qu’on n’est pas très loin du roman-photo mais, grâce notamment à la franchise de son traitement et à la jolie présence de Suzanne Pleshette, Delmer Daves parvient à restituer ces questionnements d’adolescente dans toute leur fraîcheur virginale. On regrettera simplement que la résolution de la confrontation de l’héroïne à ces différents types d’amour soit conventionnelle, aussi bien dramatiquement que moralement parlant. Le personnage d’Angie Dickinson est ainsi tristement sacrifié sur l’autel de la facilité scénaristique.