Amis pour toujours (Shipmates Forever, Frank Borzage, 1935)

Regarder un film comme ça, c’est goûter un plaisir précieux, celui d’effleurer un univers oublié, un univers naïf et pétri de valeurs aussi désuètes que le courage sacrificiel ou la foi en ses camarades. Frank Borzage a excellé dans ce cinéma édifiant et révolu, il filme ici avec autant de pudeur que de sensibilité les trémolos dans la voix d’une orpheline, les chants de marins en soirée, les discussions houleuses d’un père amiral avec son fils chanteur ou les funérailles d’un jeune héros. C’est pourquoi en dépit de quelques ficelles scénaristiques grossières, Amis pour toujours est un très bon film, un produit pour jeune premier (le crooner Dick Powell, impeccable dans un rôle un peu plus complexe qu’à l’accoutumée) transcendé par la sensibilité unique de son réalisateur qui est peut-être avant tout un grand directeur d’acteurs.