A lion is in the streets (Raoul Walsh, 1953)

Dans le sud des Etats-Unis, un colporteur commence une carrière politique après s’est être opposé aux malversations d’un roi du coton.

Sorti la même année que The sun shines bright, A lion is in the streets est une sorte de pendant inversé du chef d’œuvre mélancolique -et finalement optimiste- de John Ford. C’est une percutante critique de l’exercice politique dans le sud des Etats-Unis. Les dangers inhérents à la démocratie sont brillamment mis en relief à travers l’itinéraire d’un brave gars qui se découvre une étonnante habileté à manier les foules. Le regard simple, franc et droit de l’auteur sur cet itinéraire donne d’autant plus d’évidence à son discours moral. Encore une fois, Raoul Walsh mêle différents registres avec une grande facilité. Entamant son film comme une chronique americano-conjugale façon Henry King, il l’achève violemment et tragiquement sans que jamais les ruptures de ton ne soient gênantes. Suivant constamment un personnage au delà du bien et du mal, toute la mise en scène procède d’un même élan de vitalité. Si James Cagney, qui coproduisit le film avec son frère, surjoue quelque peu le péquenaud au fort accent du Sud, il sait rendre sensible mieux que personne l’ivresse de puissance qui s’empare peu à peu de son personnage. Cody Jarrett n’est alors pas loin…La séquence du convoi funéraire improvisé dans le tribunal, aussi terrifiante que galvanisante, montre que A lion is in the streets est un grand film de Raoul Walsh. Et un grand film politique. Seul un Technicolor faisant au début ressortir l’artifice du studio -et diminuant alors la crédibilité de la fable- empêche cette brillante diatribe contre l’éternelle tentation démagogique de figurer parmi les chefs d’oeuvre majeurs de Raoul Walsh (c’est à dire aux côtés de L’enfer est à lui, La vallée de la peur ou La charge fantastique).

Le cri de la victoire (Battle cry, Raoul Walsh, 1955)

Du camp d’entraînement à la bataille de Saipan, le destin d’une poignée de jeunes engagés dans les Marines.

La construction est assez inhabituelle puisqu’avant de montrer la bataille (et quelle bataille!), près de deux heures sont consacrées à la vie en caserne et aux manœuvres d’entraînement, à San Diego puis à Wellington. Les diverses liaisons amoureuses des jeunes recrues occupent une place importante dans l’histoire racontée. Jeunes filles, prostituées, veuves ou épouses de soldat au front composent un large panel féminin, un prisme inhabituel au travers duquel est vue la réalité protéiforme de la guerre. Ainsi, Le cri de la victoire tient autant du film de guerre que du mélo.

Les stéréotypes sont très voyants au départ mais assez rapidement les personnages s’en dégagent grâce à la mise en scène de Raoul Walsh. Finesse de la direction d’acteurs et simplicité du style permettent au cinéaste d’évoquer d’une manière sensible et concise les effusions de camaraderie avant le départ au front, le discret attendrissement d’un officier devant les mensonges d’une bleusaille vantarde, les beuveries de toute sorte, l’esprit d’initiative d’une femme au foyer californienne esseulée…Tout cela donne lieu à une multitude de saynètes truculentes et sentimentales qui font vivre les personnages et qui en montrent plus long sur la jeunesse en guerre que n’importe quel autre film du genre.

Reste que Le cri de la victoire est d’abord l’adaptation d’un roman de Leon Uris faisant la promotion du corps des Marines. D’où sans doute les résidus d’une lourdeur propagandiste qui se manifeste notamment par l’apologie du sacrifice, le battle cry du titre étant le nom du colonel mort après avoir tout fait pour se retrouver en première ligne avec son régiment. Clairement, Walsh ne prend aucun recul par rapport à cette vision des choses un peu débile. Idéologiquement, son adaptation de Norman Mailer, Les nus et les morts, sera moins simpliste. Cela n’empêche pas Le cri de la victoire d’être un très beau film pour toutes les raisons citées plus haut et d’autres encore (il y a un strip-tease de Dorothy Malone).