La femme de l’aviateur (Eric Rohmer, 1981)

Un jeune homme de 20 ans est amoureux d’une femme de 25 ans qui refuse de s’engager.

Dit comme ça, c’est sûr que le film ne s’annonce pas très excitant. Mais comme Rohmer est génial, le film n’a rien à voir avec son résumé textuel. La femme de l’aviateur est d’abord un film étonnamment ludique, où le cinéaste s’inspire de Hitchcock pour mettre en scène, donc mettre en perspective,  la caractère aléatoire des sentiments amoureux (fabuleuse filature aux Buttes-Chaumont). Ensuite, l’ironie du marivaudage s’estompe subtilement pour montrer les fêlures profondes qui peuvent se cacher derrière une attitude désinvolte. Marie Rivière est alors bouleversante.

L’ami de mon amie (Eric Rohmer, 1987)

A Cergy-Pontoise, une étudiante en informatique et une fonctionnaire de mairie se lient d’amitié. La première entreprend d’arranger un coup à la seconde…

C’est le début d’un marivaudage complexe dans lequel Eric Rohmer ausculte les coeurs avec sa remarquable clairvoyance. On peut souvent réduire les films de ce moraliste à une phrase. L’interrogation « Est-ce que ce que  je veux me convient? » me semble résumer correctement le propos de L’ami de mon amie. Effectivement, le chassé-croisé s’articule autour du fossé entre la nature des personnages et l’image qu’ils se font de leurs désirs. Comme à son habitude, l’auteur a réalisé ça à travers de longues scènes de dialogues. L’écriture dramatique est plus ciselée et plus rigoureuse que jamais. Le déroulement de l’intrigue, qui fait penser à celui d’une pièce du XVIIème siècle, est implacable mais son déterminisme est largement contrebalancé par la fraîcheur des actrices et la sensualité de la mise en scène.

En effet, L’ami de mon amie est un film ravissant. C’est à dire que c’est un film qui ravit les sens. La lumière y est extraordinaire. Rohmer arrive à créer une délicieuse sensation de vacances en filmant les jardins publics de Cergy-Pontoise. Mieux encore, en insérant judicieusement dans son découpage des plans du ciel ensoleillé, des arbres ou de l’herbe, il auréole d’un souffle panthéiste les épanchements de ses protagonistes. Et c’est aussi bouleversant que dans Une partie de campagne. De plus, Rohmer nuance considérablement sa réputation de réactionnaire en faisant du beau avec la nouvelle cité de Cergy-Pontoise. Les couleurs sont agencées avec toute la science plastique d’un esthète aussi à l’aise avec les intérieurs épurés des appartements neufs qu’avec les tableaux bucoliques.

Le génie de Rohmer, c’est également celui d’un cinéaste capable de sublimer des actrices au physique apparemment banal. Dans L’ami de mon amie, ce don est particulièrement éclatant. Au début, Emmanuelle Chaulet n’est franchement pas très désirable avec sa veste aux épaules trop large qui colle parfaitement à son personnage de petite fonctionnaire guindée et peu sûre d’elle. Et puis, les 90 minutes que durent le film, en même temps qu’elle font oublier les oripeaux sociaux qui caractérisaient superficiellement le personnage, lui révèlent petit à petit un charme fou. A la fin, Emmanuelle Chaulet est simplement la plus belle fille du monde. Cela contribue grandement à la magie de ce chef d’oeuvre, peut-être le plus attachant d’Eric Rohmer.

N.B: Une page perso dédiée à un film d’Eric Rohmer, c’est assez rare pour être signalé. Je la signale donc: http://lamidemonamie.free.fr/