Le clair de terre (Guy Gilles, 1970)

Un jeune pied-noir parisien voyage en Tunisie, sur la terre quittée par ses parents…

Dans la première partie, le jeu sur la voix-off, la musique et le montage des prises de vue parisiennes entretient une doucereuse nostalgie liée aux sentiments du giton héros du film. Il y a aussi Annie Girardot qui parvient à insuffler une réelle densité émotionnelle aux quelques scènes où elle apparaît. Cependant, l’affectation du ton (à part dans la scène avec Marthe Villalonga) et l’inconsistance du récit finissent par lasser; l’événement dramatique de la fin apparaissant comme une facilité de dernière minute pour relancer ce dernier.

La gifle (Claude Pinoteau, 1974)

Une étudiante de 19 ans se fâche avec son père divorcé…

A travers le portrait de cette famille petite-bourgeoise décomposée plus que recomposée, Jean-Loup Dabadie et Claude Pinoteau auscultent l’évolution des moeurs post-68 avec tendresse, précision et sans a priori idéologique. Le caractère tragique car insoluble des relations familiales qui se cache derrière la « libération sexuelle » n’est pas escamoté par la plaisante légèreté du ton. Riant, pleurant, s’énervant, Isabelle Adjani démontre son talent précoce mais c’est Lino Ventura qui emporte le morceau avec l’universelle justesse de son incarnation du père dépassé par sa progéniture féminine. Je l’ai rarement vu aussi émouvant. Francis Perrin apporte une touche comique très efficace. Bref, La gifle est une très jolie comédie, où l’acuité de la vision sociologique va de pair avec l’appréhension pleine et entière des personnages en tant qu’individus.

Le rouge est mis (Gilles Grangier, 1957)

Une équipe de braqueurs se désagrège…

Dramatiquement parlant, Le rouge est mis est un film assez mal construit, dénué d’enjeu véritable qui unifierait la chronique des braquages. De plus, la distribution, avec le vieux Gabin en fils à maman qui a deux fois l’âge de son frère Marcel Bozuffi, altère la crédibilité de cette chronique. La conduite du personnage de Ventura est si caricaturale qu’elle frise souvent le ridicule. Même la fin, la scène la plus surprenante du film de par sa violence sadique, est partiellement gâchée par les conventions mal intégrées qui veulent que Gabin finisse en héros. Bref, ça se laisse regarder si on est client du genre et des acteurs mais c’est foncièrement médiocre.

Traitement de choc (Alain Jessua, 1973)

Une femme part faire un séjour dans un institut de repos qui a un secret pour redonner à ses pensionnaires une nouvelle jeunesse.

Alain Jessua a troussé une allégorie d’anticipation sur les dérives égoïstes d’une société hédoniste. C’est un peu grossier, un peu plat au niveau du rythme mais, jusqu’avant un final grand-guignol, assez bien senti. On voit Alain Delon et Annie Girardot tout nu.

On a volé la cuisse de Jupiter (Philippe de Broca, 1980)

Le couple improbable mais attachant formé à la fin de Tendre poulet par le professeur de Grec ancien et la commissaire énergique passe sa lune de miel en Grèce. Lune de miel qu’il va voir contrariée par des voleurs de statues antiques…
Cette suite est moins réussie que le film précédent. L’intrigue est faiblarde et il n’y a pas assez de scènes avec Philippe Noiret et Annie Girardot (dont l’alchimie était l’intérêt principal de Tendre poulet) pour compenser ça. L’idée  de confronter les héros à un jeune couple aurait pu être intéressante mais n’est au final qu’à moitié convaincante. Même si Catherine Alric, sosie de la jeune Catherine Deneuve en plus lubrique est pour le moins affriolante, le potentiel comique de ces nouveaux personnages s’essouffle rapidement.  Restent la jolie lumière naturelle de la Grèce ensoleillée et la tendresse nostalgique du regard de l’auteur sur ses héros masculins, de grands enfants charmants,  mais notre amour pour Philippe de Broca nous force à constater qu’On a volé la cuisse de Jupiter est un film franchement moyen.

Tendre poulet (Philippe de Broca, 1978)

Alors qu’elle enquête sur une série de meurtres de parlementaires, une femme commissaire de police retrouve un amour de jeunesse, devenu professeur gauchiste.

Une comédie sentimentalo-policière ancrée dans son époque qui s’amuse du gauchisme, du féminisme et d’autres mots en -isme. Le ton est léger, il y a les dialogues d’Audiard qui sont une force en même temps qu’une limite du film à cause de leur apparence parfois surécrite. Heureusement, les acteurs les font généralement sonner d’une façon naturelle. On n’est pas dans le bon mot pour le bon mot. L’intrigue policière n’est pas très bien ficelée mais on y  retrouve la gentillesse foncière de de Broca, sa tendresse pour les doux rêveurs mélancoliques fussent-ils des assassins. Tendre poulet fut une commande bouclée en attendant de pouvoir réaliser Le cavaleur mais on y retrouve sans peine la personnalité de son auteur.
Ce qui rend ce film éminemment sympathique, c’est la relation entre Annie Girardot et Philippe Noiret. C’est finalement rare au cinéma les histoires d’amour entre personnes, disons, « mûres ». Du coup, on pense d’emblée  à Sur la route de Madison; ce qui est évidemment très -trop- flatteur pour un film aussi modeste. Il n’en reste pas moins que les deux vedettes forment un très beau couple, un couple si attachant que Philippe de Broca tournera une suite à leurs aventures sur laquelle nous reviendrons très prochainement. Pour finir, un mot sur la musique de Delerue qui insuffle ce qu’il faut de nostalgie à la comédie.