Amore mio (Raffaello Matarazzo, 1964)

Un père de famille s’amourache d’une jeune fille qu’il a sauvée du suicide.

Nettement moins rigide dans sa narration que certains mélos des années 50, ce dernier film de Matarazzo est d’autant plus fort que « chacun y a ses raisons ». Aucune facette du drame n’a été oblitérée dans ce joyau d’épure et de simplicité. Le sujet de la bigamie est traité avec franchise et les conclusions, particulièrement désenchantées, sonnent juste. C’est comme si, en ce début des années 60, en même temps que l’ensemble du cinéma, Matarazzo avait mûri. Se permettant une fin relativement ouverte, ce cinéaste catholique et droit montre l’impossibilité morale du divorce en même temps que celle, affective, d’une éternelle monogamie. C’est assez déchirant d’autant que les effets dramatiques sont ici bien plus mesurés que dans ses mélos précédents. Pleines d’humour, de tendresse et de cruauté, les scènes avec la petite fille sont dignes de Comencini. Une bonne idée de cinéma parmi d’autres: baisser la caméra au niveau de son visage durant une dispute de ses parents, reléguant ceux-ci hors-champ. Amore mio gagnerait donc à être redécouvert.

Les cent cavaliers (Vittorio Cottafavi, 1964)

En l’an mil, l’affrontement entre les Chrétiens et les Maures autour d’un village castillan.

Un véritable film épique. Le récit ne s’embarrasse pas de conventions romanesques. Sans la moindre facilité dramaturgique, Les cent cavaliers raconte l’affrontement de deux forces antagonistes après une implacable escalade politique (occupation…). Il n’y a ni diabolisation ni angélisme d’aucun des deux camps. Les adversaires peuvent se respecter mutuellement comme lors du duel entre un Musulman et le jeune fils d’un Espagnol. Le regard de Cottafavi est impartial, net et direct. A l’image de sa mise en scène rigoureuse dont la beauté classique est à peine entachée par une poignée de zooms vulgaires.

L’intérêt d’un film qui montre la guerre avec un tel détachement (le même détachement que celui d’Otto Preminger dans ses films contemporains, c’est à dire un détachement qui n’a rien de la posture cynique mais qui vise à la représentation objective d’une réalité donnée), c’est qu’il vaut mieux que les pamphlets de tous les Yves Boisset du monde. Le grand film épique qu’est Les cent cavaliers s’avère in fine un grand film pacifiste parce que lorsque la guerre est montrée dans sa vérité la plus nue, sans vouloir-dire intempestif, sans discours encombrant, son horreur n’en est que plus flagrante. Ainsi, la beauté des cohortes de cavaliers dessinant des arabesques dans toute la largeur du Cinémascope n’a d’égale que l’ampleur chaotique de la bataille finale. La pellicule passe alors de la couleur au noir et blanc et les belligérants se retrouvent indifférenciés dans leur destin commun: la mort.

Epopée au sens homérique du terme, Les cent cavaliers est dépourvu de psychologie mais contient une poignée de moments intimistes simples et vrais qui insufflent chair et vie à ses protagonistes archétypaux.

Ce vigoureux chef d’oeuvre de Vittorio Cottafavi allait être un cuisant échec -le deuxième de sa carrière après des débuts dans le cinéma d’auteur anéantis par la critique néo-réaliste- et devait éloigner son réalisateur des plateaux de cinéma pendant près de vingt ans.