Sangaree (Edward Ludwig, 1953)

Peu de temps après l’indépendance américaine, le fils adoptif d’un riche Géorgien lutte contre des aristocrates pour jouir de son héritage.

Petit film d’aventures peu sauvable. Rien ne vient compenser la permanente facilité du script, l’indigence des décors, les transparences flagrantes et les faux raccords. Certes, je ne l’ai pas vu en relief -procédé avec lequel Sangaree a été réalisé- mais je ne vois guère de séquence où la troisième dimension ajouterait de l’intérêt tant la mise en scène est peu dynamique. On se demande également comment Michel Mourlet a pu voir en Fernando Lamas dans ce film un corps de la race de Charlton Heston. Heureusement, il y la sublime Arlene Dahl qui pimente le film d’un érotisme bienvenu.

Le trésor des Caraïbes (Caribbean, Edward Ludwig, 1952)

Au XVIIIème siècle, le capitaine d’un vaisseau demande à un mutin d’infiltrer l’île tenue par l’ennemi qui a dérobé sa fortune et enlevé sa fille.

Le parfum romanesque d’un récit à la Stevenson qui préfère la grandeur tragique au manichéisme de convention, le beau Technicolor, les acteurs impeccables (John Payne, Cedric Hardwicke, Francis L. Sullivan), la netteté du rythme et le zeste d’érotisme attendu avec Arlene Dahl dirigée par Edward Ludwig sont les atouts majeurs de ce bon film d’aventures.

Le livre noir (The black book/The reign of terror, Anthony Mann, 1949)

Pendant la Terreur, 48 heures avant une réunion décisive de la Convention, des hommes recherchent le livre noir qui contient les noms des opposants supposés que Robespierre veut guillotiner.

Ou la Révolution française outrageusement et magnifiquement simplifiée par Hollywood. Si les Américains ont appris l’histoire avec ce genre de film, il ne faut pas s’étonner de leur inculture. Ceci étant posé, Le livre noir est une excellente fantaisie historique, un peu dans l’esprit d’Alexandre Dumas. Pour la réflexion politique donc, on repassera. De trépidantes courses-poursuites constituent l’essentiel du film. Respectant une quasi-unité de temps, le récit est haletant et parfaitement mené. Le livre noir a la concision et le fini plastique des films noirs qu’Anthony Mann tournait à la même époque. Il n’y a pas une once de graisse, pas un plan en trop, le cinéaste attrape le spectateur dès le premier plan et ne le lâche plus pendant 90 minutes au rythme effréné. La photographie de John Alton est superbe et les cadrages géniaux en cela qu’ils concentrent la narration avec un maximum d’efficacité dramatique et d’harmonie plastique. Mineur mais brillant.

Deux rouquines dans la bagarre (Slightly scarlet, Allan Dwan, 1956)

Un film noir est un film en noir et blanc. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais d’accord avec cette loi d’airain. Ou plutôt, je suis toujours d’accord mais je n’oublie pas que chaque règle comporte ses exceptions. Et quelle exception que cette flamboyante adaptation de James M.Cain ! Rarement film noir aura aussi bien porté ses couleurs. C’est qu’aidé par la fidèle équipe technique avec laquelle il enchaîne les pépites de série B depuis 1954, équipe brillante chapeautée par le producteur de la RKO Benedict Bogeaus, Allan Dwan signe un film ultra-stylisé, une oeuvre baroque, kitsch diront certains, dans laquelle le Technicolor mis en place par le grand John Alton, tantôt clair-obscur tantôt criard, est le pivot de la mise en scène d’une histoire dont les deux axes sont la corruption municipale et les passions qui animent les deux rouquines du titre.
Deux rouquines, deux soeurs, deux femmes superbes dont l’une sortant de prison, kleptomane et nymphomane est une des névrosées parmi les plus immorales et les plus ouvertement lubriques jamais filmées à Hollywood. Il faut dire que ce film réalisé par un vétéran de 71 ans contient certains des plans les plus érotiques et les plus provocants tournés pendant l’âge d’or des studios. Il faut dire aussi que la fille en question est jouée par Arlene Dahl, une bombe sexuelle qui en viendrait presque à éclipser la charismatique Rhonda Fleming qui, elle, interprète le rôle de la grande soeur qui se voudrait protectrice et morale. Qui se voudrait seulement parce qu’elle aussi, bien que fiancée à un maire vertueux va devoir faire face à ses désirs contradictoires. En face de ce fantastique duo d’actrices, John Payne interprète avec son élégance et sa retenue habituelle le gangster ambitieux aux prises avec les deux femmes. Ce film, plus ouvertement sexuel que les autres du même genre, est également plus cru dans sa représentation de la violence. Ici, les personnages touchés par balles saignent et se vident de leur sang, ce qui est assez rare en 1956 pour être signalé.
Deux rouquines dans la bagarre est donc un chef d’oeuvre atypique, un film de genre que le style lyrique insufflé par Allan Dwan et son génial producteur transcende complètement.