Barrabas (Richard Fleischer, 1961)

Après avoir été gracié par la foule à la place de Jésus-Christ, le voleur Barrabas erre, tourmenté, dans l’empire romain.

Les plans longs, larges et beaux de Richard Fleischer posent un regard d’esthète sur ce long et redondant itinéraire spirituel, alourdi par une distribution d’acteurs prestigieux mais jouant sans nuance.

Caine (Shark! , Samuel Fuller, 1969)

Au Soudan, un couple d’Américains emploie un contrebandier en fuite pour explorer un navire coulé dans la mer Rouge…

Le pire film de Samuel Fuller, désavoué par le réalisateur qui faillit en venir aux mains avec ses producteurs qui étaient, comme l’encart commercial en haut de l’affiche l’indique, peu scrupuleux. Est-ce de leur faute si le résultat est d’une décourageante platitude? L’argument dramatique, une sorte de Rapaces de série B, avait pourtant de quoi séduire mais le découpage sans imagination (un comble pour Fuller qui vit son film charcuté au montage), la musique d’ascenseur qui massacre invariablement les diverses scènes et la nullité des dialogues font ressortir l’indigence du récit et le ridicule des naïvetés de roman de gare prisées, mais habituellement transcendées, par l’auteur de Naked kiss. A oublier!

 

Le jour des Apaches (Day of the evil gun, Jerry Thorpe, 1968)

Un pistolero dont l’épouse et la fille ont été enlevées par les Apaches part à leur recherche, aidé par son voisin qui avait une liaison avec sa femme.

L’habituelle recherche des femmes enlevées par les Indiens est donc mêlée à une idée originale et riche de potentiel dramatique. Les deux personnages principaux sont particulièrement intéressants. Caractérisés avec finesse et simplicité, ils réagissent avec une justesse humaine éloignée des poncifs hollywoodiens. Le regard est droit, le style est sec et sans fioriture (on note la brutalité des transition entre les séquences). Glenn Ford et Arthur Kennedy sont excellents. Physiquement parlant, Kennedy quinquagénaire évoque ce monstre d’humanité qu’était Rellys. Le pessimisme de Jerry Thorpe  n’est pas fanfaron comme celui d’un Peckinpah. Il est dur, lucide et donc inévitablement tempéré par des gestes qui vont à l’encontre de ce pessimisme, des gestes que la caméra saisit dans toute leur soudaineté. Day of the evil gun est donc un beau western qui, sans payer de mine, est injustement méconnu.

Le bandit (The naked dawn, Edgar G.Ulmer, 1955)

Après la mort de son ami, un bandit en cavale se réfugie chez un couple de fermiers.

Le bandit est une série B extraordinaire, un petit film inclassable et d’une originalité folle. C’est censé être un western mais il y a très peu d’action, pas mal de dialogues et une des séquences les plus longues est une conversation entre un homme et une femme dans une cuisine! Il est difficile d’en parler correctement sans déflorer l’intrigue. Disons que Le bandit est axé sur la confrontation d’un bandit mexicain avec un jeune couple et que ce qui l’élève, c’est que c’est un film fait de beaux sentiments. Un film d’une noblesse qui réchauffe le coeur. Cette noblesse n’apparaît jamais forcée grâce une remarquable justesse dans l’écriture des personnages, quasiment aucun évènement n’arrivant trop tôt. Le tout est mis en scène avec des plans-séquences d’une efficacité remarquable. Ils présentent l’action tout autant qu’ils nous familiarisent avec la maison où elle se passe. On se sent chez nous dans ce film. Les couleurs, très vives, sont superbes, les textures sont palpables. Le héros est interprété par le grand Arthur Kennedy, un abonné aux seconds rôles chez Raoul Walsh ou Anthony Mann qui donne avec cette composition mémorable de bandit aux multiples facettes la pleine mesure de son talent.

Certains cinéphiles -Lourcelles en premier lieu- ont littéralement porté ce film aux nues, en faisant un des plus beaux de l’histoire du cinéma. Je n’irai pas jusque là parce quelques menues scories tel la truculence exagérée d’Eugene Iglesias qui joue le mari ou une fin quelque peu expédiée m’ont empêché de goûter pleinement cette néanmoins véritable pépite, pépite qui prouve une nouvelle fois la précieuse singularité d’Edgar Ulmer, cinéaste qui se révélait à la hauteur des plus grands lorsqu’il avait à sa disposition le minimum de moyens matériels ou dramatiques nécessaire à la réalisation d’un film.