Bug (William Friedkin, 2007)

Dans un motel de l’Amérique profonde, une jeune femme sentimentalement à la dérive rencontre un homme qui serait poursuivi par l’armée après s’être évadé d’un laboratoire.

Difficile d’en raconter plus sans déflorer l’intérêt du film qui est essentiellement basé sur le mystère de l’intrigue et le jusqu’au boutisme de la narration. Bug est un grand film sur la paranoïa dans lequel la froideur clinique, le refus de toute prise de parti de la part du metteur en scène instaure le doute jusqu’à la fin. Du coup, le film a un côté exercice de style démiurgique mais le personnage de la femme est suffisamment bien écrit et interprété (magnifique Ashley Judd) pour exister à l’écran autrement que comme un pantin soumis aux intentions de l’auteur. Brillant.

Ruby in Paradise (Victor Nuñez, 1993)

Une jeune femme quitte son homme et arrive en Floride. La saison vient de se terminer mais elle parvient à se faire embaucher dans une boutique…

Des plages désertes, un passé que l’on fuit, des espoirs finalement très prosaïques…Si Bruce Springsteen avait été une femme, il aurait sans doute chanté Ruby in Paradise. Il s’agit d’un beau film sur le rêve américain  injustement tombé dans l’oubli. Ayant fait sensation au festival de Sundance en 1993, ce petit film de Victor Nuñez n’a pas grand-chose à voir avec le cinéma indépendant des années 2000. Les personnages ne sont pas « décalés », les couleurs ne sont pas celles d’une bande dessinée, la bande originale n’est pas faite de rock branché. Non, ce qui compte ici, c’est l’attention du cinéaste à ses personnages et plus particulièrement à sa magnifique héroïne. Une partie de la beauté de Ruby in Paradise réside dans ses moments en creux, ses digressions qui ne payent pas de mine mais qui émeuvent par leur justesse, leur vérité tout simple. Exemple: les tranches de rigolade des ouvrières pendant leurs pauses à l’usine.

La voix-off donne une dimension introspective à l’oeuvre mais le contexte social est toujours essentiel puisque Nuñez retrace d’abord l’itinéraire d’un retour à la communauté. Ainsi, on avait rarement vu une Floride aussi authentique au cinéma. De plus, les personnages secondaires sont très beaux. Il n’y a pas de réel méchant même si certains le paraissent à certains moments du film. Chacun a ses motivations, chacun a sa dignité, aucun n’est sacrifié à de quelconques facilités dramatiques. Enfin, ce qui rend Ruby in Paradise particulièrement attachant, c’est Ashley Judd. Ici à ses débuts, elle est superbe. En incarnant Ruby avec autant de charme que de dignité, elle donne au film sa chair.