La femme qui faillit être lynchée (Allan Dwan, 1953)

Pendant la guerre de Sécession, une jeune femme prend en charge la gestion d’un tripot, suite au meurtre de son frère…

C’est l’arc narratif principal d’un western qui met aussi en scène une mairesse impitoyable chargée de gouverner une ville sur la ligne de démarcation, les bandes de Quantrill, un espion sudiste ou encore une femme qui a quitté son fiancé pour un bandit. Ce foisonnement assure une belle vitalité à la narration et camoufle ses quelques raccourcis.

Contrairement à ce que Bogdanovitch a pu faire dire à Dwan au cours de leurs entretiens, La femme qui faillit être lynchée n’est pas une parodie. Si le traitement ne manque ni d’humour ni de légèreté, les instants dramatiques sont pris au sérieux et, à l’exemple de la bagarre entre les deux femmes, les scènes de violence peuvent être d’une brutalité que n’aurait pas reniée Samuel Fuller. La maîtrise classique et souveraine d’un cinéaste apte à intégrer tous ces éléments disparates dans un ensemble fluide fait que jamais le spectateur n’est heurté par une quelconque hétérogénéité. Une jeune femme réfugiée dans un bordel peut entonner une chanson de Peggy Lee au moment où les soldats viennent l’arrêter, cela apparaît comme un moment de grâce naturellement arraché à la réalité et pas du tout comme la fantaisie d’un auteur volontariste.

Cette impression de naturel vient aussi du fait que les oppositions dramatiques sont composées, décomposées et recomposées au cours du récit. Les personnages ne semblent pas soumis à des rôles de conventions fixés une fois pour toutes mais plutôt suivis dans leur évolution psychologique par un cinéaste détaché et bienveillant. Entre autre qualités, c’est parce qu’Allan Dwan a filmé mieux que personne -à l’exception d’Anthony Mann- les mille répercussions de l’action et de l’environnement sur l’itinéraire moral d’un héros (ou d’une héroïne) que ses westerns sont parmi les plus beaux qui soient. La femme qui faillit être lynchée est en cela typique de la manière de son auteur et annonce un de ses chefs d’oeuvre absolus: Le mariage est pour demain.