La loi du Nord/La piste du Nord (Jacques Feyder, 1939-1942)

Après avoir tué l’amant de sa femme, un grand patron new-yorkais fuit avec sa secrétaire dans le Grand nord.

L’argument indique bien l’originalité de l’oeuvre dans le contexte du cinéma français des années 30. Jacques Feyder se montre à la hauteur de son sujet, pastichant brillamment les films de gangsters hollywoodiens avant de s’embarquer dans une sorte de western nordique qui préfigure L’appât. L’appréhension dramatique du décor et du climat ne le cède guère à Anthony Mann. De plus, la photographie embellit les constrastes de la glace et de la nuit. Pierre Richard Willm, en grand patron américain, et Charles Vanel, en officier de la police montée, sont étonamment crédibles. Un sens de la mesure et de la dignité dans l’écriture empêchent le manichéisme et la caricature de s’installer. Il y a même certains moments d’une belle grandeur chevaleresque. En fait, ce qui empêche La loi du Nord de se hisser au niveau des grands films américains du genre, c’est l’abstraction de la dramaturgie: les sentiments et motivations des personnages, surtout celui de la belle Michèle Morgan, manquent de précision concrète, restent dans un flou qui fait apparaître les fondements de la dernière partie quelque peu invraisemblables.

La couronne de fer (Alessandro Blasetti, 1941)

Pendant le haut Moyen-âge, le frère d’un roi usurpe le trône et jette son fils dans un canyon plein de lions mais celui-ci survit et, une fois adulte, revient…

Le baroque du récit, où les événements les plus violents s’enchaînent à une vitesse stupéfiante, ne se reflète pas suffisamment à l’image où il aurait fallu des délires sophistiqués à la Von Sternberg. D’une façon générale, le ton de ce film ahurissant manque de fantaisie. Son extraordinaire syncrétisme rend quand même La couronne de fer unique et intéressant.

Une aventure de Salvator Rosa (Alessandro Blasetti, 1939)

Au XVIIIème siècle, le peintre Salvator Rosa se masque et défend le peuple contre les excès des nobles.

Pourquoi ce film de cape et épée italien est-il infiniment inférieur à ceux que Hollywood fournissait à la même époque? D’abord, le pataud Gino Cervi et la disgracieuse Luisa Ferida ont beaucoup moins le physique de l’emploi que Errol Flynn et Olivia de Havilland. Que le futur interprète de Peppone ait été choisi pour interpréter Salvator Rosa mais aussi Don Cesar de Bazan ou Guillaume Tell demeure à mes yeux une énigme. Ensuite, le scénario est peu mouvementé, riche de scènes de parlotte vaguement comique plutôt que de scènes d’action. De plus, les rares scènes d’action ne sont pas suffisamment dynamique et claires pour compenser l’inertie du récit. Enfin, les décors, peu opulents, font beaucoup plus faux que les plateaux de la Warner ou de la Fox.

Sangaree (Edward Ludwig, 1953)

Peu de temps après l’indépendance américaine, le fils adoptif d’un riche Géorgien lutte contre des aristocrates pour jouir de son héritage.

Petit film d’aventures peu sauvable. Rien ne vient compenser la permanente facilité du script, l’indigence des décors, les transparences flagrantes et les faux raccords. Certes, je ne l’ai pas vu en relief -procédé avec lequel Sangaree a été réalisé- mais je ne vois guère de séquence où la troisième dimension ajouterait de l’intérêt tant la mise en scène est peu dynamique. On se demande également comment Michel Mourlet a pu voir en Fernando Lamas dans ce film un corps de la race de Charlton Heston. Heureusement, il y la sublime Arlene Dahl qui pimente le film d’un érotisme bienvenu.

Le trésor des Caraïbes (Caribbean, Edward Ludwig, 1952)

Au XVIIIème siècle, le capitaine d’un vaisseau demande à un mutin d’infiltrer l’île tenue par l’ennemi qui a dérobé sa fortune et enlevé sa fille.

Le parfum romanesque d’un récit à la Stevenson qui préfère la grandeur tragique au manichéisme de convention, le beau Technicolor, les acteurs impeccables (John Payne, Cedric Hardwicke, Francis L. Sullivan), la netteté du rythme et le zeste d’érotisme attendu avec Arlene Dahl dirigée par Edward Ludwig sont les atouts majeurs de ce bon film d’aventures.

Mosquito coast (Peter Weir, 1986)

Un inventeur qui déteste ce qu’est devenu l’Amérique s’en va avec sa famille habiter dans un village du Honduras.

Récit programmatique et artificiel d’un refus de la décadence occidentale qui vire à l’aliénation, typique des scénarios de Paul Schrader. A partir du moment où les méchants interviennent, ça perd toute crédibilité sans pour autant que les personnages ne dévient de leur trajectoire initialement tracée. Bref: un gros bof.

 

Le masque de fer (Allan Dwan, 1929)

Vingt-cinq ans après avoir été séparés par Richelieu, d’Artagnan et ses amis se retrouvent pour contrer un complot d’usurpation royale.

Douglas Fairbanks et les scénaristes à sa solde ont allègrement mélangé -et trahi- Les trois mousquetaires et Le vicomte de Bragelonne. Mais ils l’ont fait intelligemment. Certes, la complexité tragique du dernier volet de la trilogie de Dumas a été évacuée au profit d’un manichéisme bien hollywoodien mais l’ensemble forme un récit cohérent même si riche en péripéties. Le rythme de ce Masque de fer compte parmi les plus parfaits de l’histoire du cinéma. L’action est pour ainsi dire continue. L’attention de la caméra aux cabrioles toujours impressionnantes de Fairbanks, âgé de 46 ans, n’empêche pas la restitution d’un monde grouillant et poétique grâce notamment à la variété somptueuse des décors et à la remarquable utilisation de la profondeur de champ. La cadence n’exclut pas la mélancolie, matérialisée par des surimpressions naïves et émouvantes. Bref, un chef d’oeuvre, cent coudées au-dessus du terne film de Niblo.