Caine (Shark! , Samuel Fuller, 1969)

Au Soudan, un couple d’Américains emploie un contrebandier en fuite pour explorer un navire coulé dans la mer Rouge…

Le pire film de Samuel Fuller, désavoué par le réalisateur qui faillit en venir aux mains avec ses producteurs qui étaient, comme l’encart commercial en haut de l’affiche l’indique, peu scrupuleux. Est-ce de leur faute si le résultat est d’une décourageante platitude? L’argument dramatique, une sorte de Rapaces de série B, avait pourtant de quoi séduire mais le découpage sans imagination (un comble pour Fuller qui vit son film charcuté au montage), la musique d’ascenseur qui massacre invariablement les diverses scènes et la nullité des dialogues font ressortir l’indigence du récit et le ridicule des naïvetés de roman de gare prisées, mais habituellement transcendées, par l’auteur de Naked kiss. A oublier!

 

Enchanted island (Allan Dwan, 1959)

Deux marins s’étant battus avec leur capitaine se réfugient dans la jungle d’une île qui serait peuplée de cannibales.

Un très beau film d’aventures lointainement adapté du Typee de Herman Melville. Outre les qualités plastiques liées au décor (la photo est toutefois moins flamboyante que celle des précédents Dwan/Bogeaus), l’itinéraire du héros qui voit ses illusions édéniques lézardées par l’irrémédiable fossé culturel ne manque pas d’ampleur dramatique. Il y a des réminiscences du Tabou de Murnau et Flaherty dans cette série B troussée avec le mélange de candeur primitive (abondance des cadrages frontaux) et d’intelligence dialectique caractéristique d’Allan Dwan.

Le convoi de la peur (Sorcerer, William Friedkin, 1977)

Attirés par la prime qui leur permettra de s’échapper de leur trou perdu en Amérique latine, quatre exilés acceptent de convoyer des camions chargés de nitroglycérine…

A part délayer une vision du monde humainement misérable à grands coups d’images sanguinolentes et montrer que les producteurs avaient suffisamment de pognon pour aller filmer aux quatre coins de la planète, l’alignement de clichés que constitue la longue exposition (la moitié du métrage!) ne sert à rien. La suite, en revanche, tient du génie. Génie d’un cinéaste dont la maestria s’avère aussi bien plastique que dramatique. Sans exploiter la caractérisation des personnages esquissée dans la première partie (ce qui renforce l’inanité de celle-ci), William Friedkin, à travers notamment son attention aux gestes techniques, donne corps à une éthique de la solidarité fondamentale entre êtres humains plongés dans les limbes infernales. Sa mise en scène oscille alors entre une fascinante abstraction instaurée par les couleurs, tantôt très saturées tantôt très atténuées de gris, et la musique planante de Tangerine Dream et un réalisme âpre qui vient nourrir un suspense magistralement orchestré. Cet équilibre poético-dramatique est superbement tenu jusqu’à un dénouement quasi-fantastique tourné dans les paysages lunaires des Bisti badlands.

L’appel de l’or (Jivaro, Edward Ludwig, 1954)

Une Américaine débarque en Amazonie pour retrouver son fiancé qui cherche un trésor jivaro…

Un excellent petit film d’aventures qui en dit long sur la supériorité du Hollywood de naguère. En effet, quoique dénué d’action pendant la majeure partie de son déroulement, Jivaro est humainement et dramatiquement plus riche que l’intégralité des trois Indiana Jones. Servi par un couple d’acteurs d’une extraordinaire sensualité -Fernando Lamas et Rhonda Fleming-, Edward Ludwig excelle à faire naître la tension, une tension érotique notamment, à partir de trois fois rien. Un exemple d’idée judicieuse: le fait de différer de quelques heures le cassage de gueule lorsque le héros sauve la jeune femme de son violeur. Cela fait apparaître la bagarre non comme l’effet conventionnel d’une cause factuelle mais comme le pur surgissement d’une pulsion trop longtemps enfouie. A l’exception d’une poignée de stock-shots sur des animaux sauvages et d’une scène d’action ratée car trop vite expédiée (celle du passage de pont suspendu), Jivaro ne semble jamais « toc » grâce en premier lieu au tournage en décors naturels, exceptionnel pour ce genre de production. Les petites communautés d’aventuriers du bord de l’Amazone, leurs transactions douteuses et leurs rêves frelatés sont rendues présents dans une atmosphère moite et fascinante.

La Femme du hasard (Flame of the islands, Edward Ludwig, 1956)

Une femme investit dans un bar des Bahamas pour retrouver son premier et richissime amant…

Le scénario, entre mélo et polar, est particulièrement tordu mais la mise en scène est sans éclat. Flame of the islands, film d’aventures de derrière les fagots s’il en est, garde aujourd’hui un zeste d’intérêt grâce à la beauté somptueuse de Yvonne De Carlo.

Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922)

Dans l’Angleterre du XVIIème siècle, un fermier délivre une princesse enlevée par des renégats…

La mise en scène de Maurice Tourneur ne se soucie guère d’insuffler une profondeur psychologique aux archétypes romanesques mais pourvoit la reconstitution historique d’un réalisme rare et dote les scènes d’action d’un dynamisme saisissant. Madge Bellamy est bien.

Le secret du bonheur (Victory, Maurice Touneur, 1919)

Un ermite retiré sur une île s’attire des ennuis lorsqu’il recueille une jeune femme exploitée…

Bon film d’aventures adapté de Joseph Conrad. Le pittoresque de la distribution (en particulier Lon Chaney), l’ambiguïté de la conduite de l’héroïne et les éclairages contrastés de René Guissart installent une atmosphère trouble tandis que le découpage inventif et elliptique dramatise judicieusement les scènes d’action.