Le vaisseau tragique (Victor Sjöström, 1923)

L’ancien amoureux de l’épouse d’un capitaine embarque à bord du navire de ce dernier en tant que second.

Dernier film de Victor Sjöström tourné en Suède, Le vaisseau tragique porte bien son nom: la dignité du ton et les changements de point de vue insufflent une hauteur de vue qui empêche le manichéisme de s’installer. La dramatisation résulte d’un inéluctable enchaînement de faits (généralement) circonstanciés, comme dans les bons films américains. La mise en scène de Sjöström est toujours un sommmet de plénitude: dramatiquement subtile, émotionnellement touchante, visuellement spectaculaire et discrètement poétique. En tant qu’acteur, il est encore une fois remarquable, rendant sensible toutes les nuances d’un personnage ambivalent. Matheson Lang, vedette canadienne embauchée pour faciliter l’export, est moins expressif. La résolution heureuse pourrait paraître artificielle mais se trouve suffisamment étayée et affinée pour être acceptée par le spectateur sourcilleux.

Les vautours de la mer (Victor Sjöström, 1915)

Une famille de contrebandiers a affaire au fils d’un douanier qu’ils ont dû tuer quinze auparavant et dont leur fille est amoureuse.

De belles images maritimes et une séquence d’action impeccable (le sabordage) surnagent au sein d’un film au découpage encore primitif tandis que le tragique de l’intrigue est gauchi par les coïncidences rocambolesques.

La malle de Singapour (China seas, Tay Garnett, 1935)

Sur son paquebot dont la cargaison d’or attire les pirates, un capitaine est poursuivi par la dernière femme qu’il a séduite au port et retrouve par hasard son ancienne fiancée de la haute-société…

Un film d’aventures dont la dramaturgie conventionnelle est épicée par le sexy duo Clark Gable/Jean Harlow, une atmosphère truculente typique de Tay Garnett et un petit parfum de lutte des classes qui nuance le manichéisme habituel.

Les aventures fantastiques du baron Münchhausen (Josef Von Baky, 1943)

Au XVIIème siècle à travers l’Europe, les aventures du baron de Münchhausen à qui Cagliostro donna des pouvoirs magiques.

L’imagerie et les trucages à la Méliès sont parfois charmants mais la mollesse du rythme, la platitude étriquée des plans et la laideur des comédiens empêchent la fantaisie de nous accrocher comme dans un bon équivalent hollywodien.

Le trésor du Guatemala (Treasure of the golden condor, Delmer Daves et Otto Preminger, 1953)

Au XVIIIème siècle, un jeune Breton accompagne un vieil homme chercher un trésor au Guatemala pour reconquérir le titre et les terres dont son oncle l’a dépossédé.

Dans ce film d’aventures, Delmer Daves, secondé par Otto Preminger, ne fait preuve d’aucun génie mais le Technicolor et un récit dense et varié niveau décors assurent le minimum syndical en terme de divertissement.

White dawn (Philip Kaufman, 1974)

A la fin du XIXème siècle, trois pêcheurs échoués sur la banquise sont recueillis par des Inuits.

L’intérêt provient des scènes pseudo-documentaires sur un peuple rarement vu au cinéma, nombreuses et variées, plutôt que de l’intrigue, assez faible. Parfois, les deux aspects s’interpénètrent, comme dans l’initiation à la pêche au phoque ou lors du panoramique montrant le piteux retour des occidentaux en même temps qu’il nous fait découvrir le camp dans sa globalité. Ce sont les meilleurs moments du film.

Tant que soufflera la tempête (Untamed, Henry King, 1955)

Au XIXème siècle, une riche Irlandaise fuit sa terre natale ravagée par le mildiou pour s’établir avec son mari en Afrique du Sud où elle espère secrètement retrouver un ancien amant, combattant pour l’état libre d’Orange.

Ce bref synopsis donne un aperçu de l’hétérogénéité du récit. Il ne faut malheureusement pas compter sur la mise en scène pour lui insuffler l’unité dramatique qui lui fait défaut. L’abus de transparences (Zanuck voulait utiliser un nouveau procédé « blue screen »), la relative inadéquation de Susan Hayward, que j’ai connue plus à son aise dans les modestes sagas de Stuart Heisler, à son rôle de femme passionnée et le manque d’intensité dramatique de plusieurs scènes d’action sont autant de handicaps lorsqu’il s’agit de compenser les faiblesses du script, particulièrement patentes dans une dernière partie qui use et abuse des coïncidences saugrenues au mépris de la vraisemblance la plus élémentaire. Heureusement, le film est riche d’images somptueuses de l’Afrique du Sud. Avec le Cinémascope, Henry King n’a pas perdu son sens du lyrisme visuel.

La loi du Nord/La piste du Nord (Jacques Feyder, 1939-1942)

Après avoir tué l’amant de sa femme, un grand patron new-yorkais fuit avec sa secrétaire dans le Grand nord.

L’argument indique bien l’originalité de l’oeuvre dans le contexte du cinéma français des années 30. Jacques Feyder se montre à la hauteur de son sujet, pastichant brillamment les films de gangsters hollywoodiens avant de s’embarquer dans une sorte de western nordique qui préfigure L’appât. L’appréhension dramatique du décor et du climat ne le cède guère à Anthony Mann. De plus, la photographie embellit les constrastes de la glace et de la nuit. Pierre Richard Willm, en grand patron américain, et Charles Vanel, en officier de la police montée, sont étonamment crédibles. Un sens de la mesure et de la dignité dans l’écriture empêchent le manichéisme et la caricature de s’installer. Il y a même certains moments d’une belle grandeur chevaleresque. En fait, ce qui empêche La loi du Nord de se hisser au niveau des grands films américains du genre, c’est l’abstraction de la dramaturgie: les sentiments et motivations des personnages, surtout celui de la belle Michèle Morgan, manquent de précision concrète, restent dans un flou qui fait apparaître les fondements de la dernière partie quelque peu invraisemblables.

La couronne de fer (Alessandro Blasetti, 1941)

Pendant le haut Moyen-âge, le frère d’un roi usurpe le trône et jette son fils dans un canyon plein de lions mais celui-ci survit et, une fois adulte, revient…

Le baroque du récit, où les événements les plus violents s’enchaînent à une vitesse stupéfiante, ne se reflète pas suffisamment à l’image où il aurait fallu des délires sophistiqués à la Von Sternberg. D’une façon générale, le ton de ce film ahurissant manque de fantaisie. Son extraordinaire syncrétisme rend quand même La couronne de fer unique et intéressant.

Une aventure de Salvator Rosa (Alessandro Blasetti, 1939)

Au XVIIIème siècle, le peintre Salvator Rosa se masque et défend le peuple contre les excès des nobles.

Pourquoi ce film de cape et épée italien est-il infiniment inférieur à ceux que Hollywood fournissait à la même époque? D’abord, le pataud Gino Cervi et la disgracieuse Luisa Ferida ont beaucoup moins le physique de l’emploi que Errol Flynn et Olivia de Havilland. Que le futur interprète de Peppone ait été choisi pour interpréter Salvator Rosa mais aussi Don Cesar de Bazan ou Guillaume Tell demeure à mes yeux une énigme. Ensuite, le scénario est peu mouvementé, riche de scènes de parlotte vaguement comique plutôt que de scènes d’action. De plus, les rares scènes d’action ne sont pas suffisamment dynamique et claires pour compenser l’inertie du récit. Enfin, les décors, peu opulents, font beaucoup plus faux que les plateaux de la Warner ou de la Fox.

Sangaree (Edward Ludwig, 1953)

Peu de temps après l’indépendance américaine, le fils adoptif d’un riche Géorgien lutte contre des aristocrates pour jouir de son héritage.

Petit film d’aventures peu sauvable. Rien ne vient compenser la permanente facilité du script, l’indigence des décors, les transparences flagrantes et les faux raccords. Certes, je ne l’ai pas vu en relief -procédé avec lequel Sangaree a été réalisé- mais je ne vois guère de séquence où la troisième dimension ajouterait de l’intérêt tant la mise en scène est peu dynamique. On se demande également comment Michel Mourlet a pu voir en Fernando Lamas dans ce film un corps de la race de Charlton Heston. Heureusement, il y la sublime Arlene Dahl qui pimente le film d’un érotisme bienvenu.

Le trésor des Caraïbes (Caribbean, Edward Ludwig, 1952)

Au XVIIIème siècle, le capitaine d’un vaisseau demande à un mutin d’infiltrer l’île tenue par l’ennemi qui a dérobé sa fortune et enlevé sa fille.

Le parfum romanesque d’un récit à la Stevenson qui préfère la grandeur tragique au manichéisme de convention, le beau Technicolor, les acteurs impeccables (John Payne, Cedric Hardwicke, Francis L. Sullivan), la netteté du rythme et le zeste d’érotisme attendu avec Arlene Dahl dirigée par Edward Ludwig sont les atouts majeurs de ce bon film d’aventures.

Mosquito coast (Peter Weir, 1986)

Un inventeur qui déteste ce qu’est devenu l’Amérique s’en va avec sa famille habiter dans un village du Honduras.

Récit programmatique et artificiel d’un refus de la décadence occidentale qui vire à l’aliénation, typique des scénarios de Paul Schrader. A partir du moment où les méchants interviennent, ça perd toute crédibilité sans pour autant que les personnages ne dévient de leur trajectoire initialement tracée. Bref: un gros bof.

 

Le masque de fer (Allan Dwan, 1929)

Vingt-cinq ans après avoir été séparés par Richelieu, d’Artagnan et ses amis se retrouvent pour contrer un complot d’usurpation royale.

Douglas Fairbanks et les scénaristes à sa solde ont allègrement mélangé -et trahi- Les trois mousquetaires et Le vicomte de Bragelonne. Mais ils l’ont fait intelligemment. Certes, la complexité tragique du dernier volet de la trilogie de Dumas a été évacuée au profit d’un manichéisme bien hollywoodien mais l’ensemble forme un récit cohérent même si riche en péripéties. Le rythme de ce Masque de fer compte parmi les plus parfaits de l’histoire du cinéma. L’action est pour ainsi dire continue. L’attention de la caméra aux cabrioles toujours impressionnantes de Fairbanks, âgé de 46 ans, n’empêche pas la restitution d’un monde grouillant et poétique grâce notamment à la variété somptueuse des décors et à la remarquable utilisation de la profondeur de champ. La cadence n’exclut pas la mélancolie, matérialisée par des surimpressions naïves et émouvantes. Bref, un chef d’oeuvre, cent coudées au-dessus du terne film de Niblo.

Les trois mousquetaires (Fred Niblo, 1921)

D’Artagnan et ses trois amis contrecarrent un complot de Richelieu contre la Reine.

L’exposition est trop longue, l’actrice qui joue Anne d’Autriche (Mary MacLaren) est incroyablement moche, le scénario a évacué toute la deuxième partie du roman, celle qui, axée sur Milady, lui insufflait certaine profondeur dramatique et, en dehors des -trop rares- séquences d’action mettant en valeur Douglas Fairbanks, la mise en scène est sans éclat. Bref, une adaptation hollywoodienne du classique de Dumas très en deça de la splendide version de George Sidney.

La bête errante (Marco de Gastyne, 1932)

Un homme part chercher de l’or en Alaska pour les beaux yeux d’une femme de la ville.

Des dialogues particulièrement nuls et une mise en scène qui a le statisme et la mollesse typiques des débuts du parlant empêchent ce film d’aventures, au scénario très conventionnel bien que le cadre soit original, de décoller malgré de jolies images enneigées.

 

Scaramouche (Rex Ingram, 1923)

Pendant la Révolution française, un homme aux origines mystérieuses veut venger un ami révolutionnaire assassiné par un noble.

Ramon Novarro est fade, la grande Histoire est mal intégrée au récit principal et l’académisme de la mise en scène est assommant. La version de George Sidney est supérieure en tous points.

Le secret du cargo/L’énigme du poignard (Maurice Mariaud, 1929)

En Algérie, un détective enquête sur l’enlèvement d’une artiste de music-hall…

Entre Tintin (le héros pur et dégingandé en pantalon de golf) et Rintintin (son fidèle acolyte n’est pas un fox-terrier mais un berger allemand), ce film policier qui se transforme en film d’aventures coloniales ne manque pas d’originalité dans le contexte du cinéma français de la fin des années 20. Le rythme de la narration aurait gagné à être plus rapide mais l’oeuvre n’est pas avare en extérieurs algériens qui donnent une touche documentaire légère et bienvenue au divertissement. Dynamique et désertique, la dernière partie culmine dans un duel sur les rochers parfaitement découpé où Maurice Mariaud s’avère plus proche de Anthony Mann qu’aucun des auteurs français contemporains régulièrement distingués comme tel par la critique parisienne. Sympathique.

Les travailleurs de la mer (André Antoine et Léonard Antoine, 1918)

Pour la main de la fille de l’armateur, un pêcheur solitaire s’en va renflouer une épave échouée dans un écueil.

Les images, qu’elles soient de criques, de pitons rocheux, de quais, de travail menuisier, ou de maisons portuaires sont superbes. Parce que Romuald Joubé est filmé comme un personnage de péplum méditerranéen, j’ai songé à Hercule à la conquête de l’Atlantide. Héroïque, réaliste et tragique, Les travailleurs de la mer selon Antoine est un joyau du film d’aventures.