Rogues of Sherwood forest (Gordon Douglas, 1950)

Richard Coeur de Lion décédé, son frère le prince Jean reprend le pouvoir mais le fils de Robin des bois compte bien défendre la population opprimée.

C’est soi-disant une suite mais l’histoire reste identique: le fils de Robin s’appelle aussi Robin, il se réfugie dans la forêt de Sherwood pour combattre le prince Jean aux côtés des joyeux compagnons Frère Tuck, Petit Jean et Will l’Ecarlate et il convoite toujours une lady Marianne. Comment faire du vieux avec du neuf. A part ça, sans arriver à la cheville du chef d’oeuvre de 1938, cette quasi-série B de la Columbia est un film vif et coloré qui romance intelligemment la naissance de la magna Carta (seule innovation narrative de cette suite). John Derek n’est pas Errol Flynn mais ses talents de bretteur sont honorables, il y a pas mal d’action et Gordon Douglas, en plus d’être très concis dans son découpage, a le sens du détail cruel qui pimente les séquences de duel.

Les aventures de Don Juan (Vincent Sherman, 1948)

Après des frasques à travers toute l’Europe, Don Juan tente de reconquérir la confiance de la Reine d’Espagne…

Il y a quelques baisses de rythme, Errol Flynn a pris cher en moins de 10 ans, l’absence d’un auteur derrière la caméra se fait sentir dans les moments où l’accent aurait pu être mis sur la mélancolie du personnage mais c’est un divertissement joliment coloré par le Technicolor et où de très bonnes séquences d’action montrent que l’aigle des mers avait encore de beaux restes. Plaisant.

Les enfants du capitaine Grant (Victorin Jasset et Henry Roussel, 1913)

Les enfants d’un capitaine naufragé quelque part sur le 37° de latitude partent à la recherche de leur père.

Je n’ai pas lu le roman de Jules Verne mais il semblerait que Victorin Jasset -mort sur le tournage repris par Henry Roussel- y ait vu un prétexte idéal pour reprendre son thème de prédilection: les poursuites. Périple d’ampleur mondiale oblige, il élargit son espace, figurant les Andes, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Ecosse grâce aux paysages variés du Sud de la France mais le principe fondamental reste le même que dans Protéa et Zigomar: action, action, action. La psychologie des personnages est nulle mais cette action se sophistique: un enfant est enlevé par un condor (Hergé s’en est-il souvenu pour Le temple du Soleil?) mécanique, un train tombe d’un pont détourné (le suspense est alors digne d’un film américain de 1916), des dizaines de figurants indiens poursuivent les héros, préfigurant ainsi l’introduction des Aventuriers de l’arche perdue (mais la naïveté politique de Jasset est plus excusable que celle de Spielberg). Si le maître du film d’action qu’était Jasset avait survécu à l’année 1913, la face du cinéma français eût-elle été changée?

La croix du sud (André Hugon, 1931)

Une jeune fille partie avec son père anthropologue dans le Sahara est enlevée par des pillards du désert…

La croix du sud est un film assez typique de André Hugon dans la mesure où l’ambition est aussi visible que mal concrétisée. C’est un mélange de film d’aventures et de documentaire. Quoique essentiellement folklorique (mais respectueux), l’aspect « documentaire » demeure le plus intéressant notamment grâce à une utilisation originale du commentaire textuel, hérité du cinéma muet, sur les images de la fiction. Un découpage pour le moins incertain nuit à l’intensité dramatique recherchée par ailleurs mais il y a quelques plans pas mal.

Fort-Dolorès (René Le Hénaff, 1938)

Au fin fond de la pampa, des hommes exilés tiennent un ranch tout en rêvant à la fille du voisin.

Je comprends ce qui a pu passionner Paul Vecchiali dans ce film: l’homérotisme plus que latent, le refoulement des désirs et leur confrontation en lieu clos qui font de Fort-Dolorès un lointain parent du génial Café des Jules. Il n’empêche que c’est nul. Lorsque le plus grand de nos critiques moustachus s’extasie sur la mise en scène de René Le Hénaff, il m’est impossible de le suivre. D’abord, les acteurs sont tous médiocres. Même le plus brillant de la distribution, Pierre Larquey, ne fait jamais oublier qu’il joue un rôle tant son interprétation sent le chiqué. De plus, le réalisateur n’a pas le sens du paysage qui aurait pu donner une consistance plastique aux mythes charriés par un récit laborieux. Seule la séquence finale, assez belle, concrétise le potentiel poétique de cette allégorie téléphonée.

Le gentilhomme de la Louisiane (The Mississippi gambler, Rudolph Maté, 1953)

A la Nouvelle-Orléans en 1844, un joueur professionnel s’entiche de la fille d’un grand propriétaire dont le fils est un bon à rien.

Énième petit film d’aventures exploitant le folklore de la soi-disant aristocratie sudiste (duels d’honneur, bateaux à aubes, robes à froufrous…). 1953, c’est encore la bonne époque du Technicolor donc ce Gentilhomme de la Louisiane se laisse regarder pourvu qu’on soit d’humeur indulgente envers la banalité, les facilités dramatiques et les acteurs qui commencent à être trop vieux pour leurs rôles (en l’occurrence Tyrone Power).

L’or du Cristobal (Jacques Becker et Jean Stelli, 1940)

Un second débarqué dans un pays exotique après avoir fricoté avec la femme du capitaine s’allie avec le potentat local pour dérober la cargaison d’or de son ancien navire.

On comprend que le grand Jacques Becker ait plus ou moins escamoté son premier long-métrage, abandonné en cours de route et achevé par Jean Stelli, de sa filmographie. Non seulement, c’est une ineptie mais de plus, toutes les scènes potentiellement spectaculaires ont lieu hors-champ et sont racontées a posteriori par des témoins (on imagine aisément les problèmes ayant pesé sur la production). Le cabotinage de Charles Vanel en général Tapioca est parfois amusant et  on peut voir la rare et belle Conchita Montenegro. C’est tout.

Milady et les mousquetaires (Vittorio Cottafavi, 1952)

A force d’intrigues et de séductions, l’ascension d’une servante de couvent qui sera connue sous le nom de Milady de Winter.

Les trois mousquetaires revisité du point de vue de Milady. Pour une fois, le roman de Dumas n’est pas réduit à une enfilade de guillerettes cabrioles. Il devient la matière d’une tragédie féminine de la même famille que Ambre ou Le démon de la chair. Vittorio Cottafavi ignore le manichéisme mais présente des personnages mus par des passions (vénalité, vengeance ou amour sincère). Pour confectionner cette pellicule à budget réduit, le montage semble avoir prédominé sur le découpage; caractéristique qui fait de ce film-fétiche de Michel Mourlet une œuvre assez peu conformes aux canons baziniens du mac-mahonisme. Du stupéfiant pré-générique à l’amer plan final, Milady et les mousquetaires est une succession d’acmés. La vivacité des mouvements de caméra grâce auxquels l’Histoire semble filmée par un reporter de guerre, la brutalité elliptique des raccords et la dilection du cinéaste pour les scènes de cruauté font que l’intensité dramatique ne faiblit pas une seule seconde. Grand petit film.

Caine (Shark! , Samuel Fuller, 1969)

Au Soudan, un couple d’Américains emploie un contrebandier en fuite pour explorer un navire coulé dans la mer Rouge…

Le pire film de Samuel Fuller, désavoué par le réalisateur qui faillit en venir aux mains avec ses producteurs qui étaient, comme l’encart commercial en haut de l’affiche l’indique, peu scrupuleux. Est-ce de leur faute si le résultat est d’une décourageante platitude? L’argument dramatique, une sorte de Rapaces de série B, avait pourtant de quoi séduire mais le découpage sans imagination (un comble pour Fuller qui vit son film charcuté au montage), la musique d’ascenseur qui massacre invariablement les diverses scènes et la nullité des dialogues font ressortir l’indigence du récit et le ridicule des naïvetés de roman de gare prisées, mais habituellement transcendées, par l’auteur de Naked kiss. A oublier!

 

Enchanted island (Allan Dwan, 1959)

Deux marins s’étant battus avec leur capitaine se réfugient dans la jungle d’une île qui serait peuplée de cannibales.

Un très beau film d’aventures lointainement adapté du Typee de Herman Melville. Outre les qualités plastiques liées au décor (la photo est toutefois moins flamboyante que celle des précédents Dwan/Bogeaus), l’itinéraire du héros qui voit ses illusions édéniques lézardées par l’irrémédiable fossé culturel ne manque pas d’ampleur dramatique. Il y a des réminiscences du Tabou de Murnau et Flaherty dans cette série B troussée avec le mélange de candeur primitive (abondance des cadrages frontaux) et d’intelligence dialectique caractéristique d’Allan Dwan.

Le convoi de la peur (Sorcerer, William Friedkin, 1977)

Attirés par la prime qui leur permettra de s’échapper de leur trou perdu en Amérique latine, quatre exilés acceptent de convoyer des camions chargés de nitroglycérine…

A part délayer une vision du monde humainement misérable à grands coups d’images sanguinolentes et montrer que les producteurs avaient suffisamment de pognon pour aller filmer aux quatre coins de la planète, l’alignement de clichés que constitue la longue exposition (la moitié du métrage!) ne sert à rien. La suite, en revanche, tient du génie. Génie d’un cinéaste dont la maestria s’avère aussi bien plastique que dramatique. Sans exploiter la caractérisation des personnages esquissée dans la première partie (ce qui renforce l’inanité de celle-ci), William Friedkin, à travers notamment son attention aux gestes techniques, donne corps à une éthique de la solidarité fondamentale entre êtres humains plongés dans les limbes infernales. Sa mise en scène oscille alors entre une fascinante abstraction instaurée par les couleurs, tantôt très saturées tantôt très atténuées de gris, et la musique planante de Tangerine Dream et un réalisme âpre qui vient nourrir un suspense magistralement orchestré. Cet équilibre poético-dramatique est superbement tenu jusqu’à un dénouement quasi-fantastique tourné dans les paysages lunaires des Bisti badlands.

L’appel de l’or (Jivaro, Edward Ludwig, 1954)

Une Américaine débarque en Amazonie pour retrouver son fiancé qui cherche un trésor jivaro…

Un excellent petit film d’aventures qui en dit long sur la supériorité du Hollywood de naguère. En effet, quoique dénué d’action pendant la majeure partie de son déroulement, Jivaro est humainement et dramatiquement plus riche que l’intégralité des trois Indiana Jones. Servi par un couple d’acteurs d’une extraordinaire sensualité -Fernando Lamas et Rhonda Fleming-, Edward Ludwig excelle à faire naître la tension, une tension érotique notamment, à partir de trois fois rien. Un exemple d’idée judicieuse: le fait de différer de quelques heures le cassage de gueule lorsque le héros sauve la jeune femme de son violeur. Cela fait apparaître la bagarre non comme l’effet conventionnel d’une cause factuelle mais comme le pur surgissement d’une pulsion trop longtemps enfouie. A l’exception d’une poignée de stock-shots sur des animaux sauvages et d’une scène d’action ratée car trop vite expédiée (celle du passage de pont suspendu), Jivaro ne semble jamais « toc » grâce en premier lieu au tournage en décors naturels, exceptionnel pour ce genre de production. Les petites communautés d’aventuriers du bord de l’Amazone, leurs transactions douteuses et leurs rêves frelatés sont rendues présents dans une atmosphère moite et fascinante.

La Femme du hasard (Flame of the islands, Edward Ludwig, 1956)

Une femme investit dans un bar des Bahamas pour retrouver son premier et richissime amant…

Le scénario, entre mélo et polar, est particulièrement tordu mais la mise en scène est sans éclat. Flame of the islands, film d’aventures de derrière les fagots s’il en est, garde aujourd’hui un zeste d’intérêt grâce à la beauté somptueuse de Yvonne De Carlo.

Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922)

Dans l’Angleterre du XVIIème siècle, un fermier délivre une princesse enlevée par des renégats…

La mise en scène de Maurice Tourneur ne se soucie guère d’insuffler une profondeur psychologique aux archétypes romanesques mais pourvoit la reconstitution historique d’un réalisme rare et dote les scènes d’action d’un dynamisme saisissant. Madge Bellamy est bien.

Le secret du bonheur (Victory, Maurice Touneur, 1919)

Un ermite retiré sur une île s’attire des ennuis lorsqu’il recueille une jeune femme exploitée…

Bon film d’aventures adapté de Joseph Conrad. Le pittoresque de la distribution (en particulier Lon Chaney), l’ambiguïté de la conduite de l’héroïne et les éclairages contrastés de René Guissart installent une atmosphère trouble tandis que le découpage inventif et elliptique dramatise judicieusement les scènes d’action.

Le dernier des Mohicans (Maurice Tourneur et Clarence Brown, 1920)

Pendant la guerre de sept ans en Amérique du Nord, les filles d’un colonel anglais sont envoyées d’un fort à un autre à travers un territoire hostile…

Clarence Brown, alors assistant à la mise en scène, a repris en main le tournage après que son mentor se soit blessé mais, produit par Maurice Tourneur productions, Le dernier des Mohicans est bien un projet du père de Jacques. On y retrouve son inventivité et son goût quant à la composition des images. La variété des distances et angles de prises de vue accroît la force dramatique de l’action. Voir par exemple le sublime dénouement où les immenses rochers de Yosemite fournissent un parfait écrin à la tragédie. Dans le rôle de Cora Munro, la jeune Barbara Bedford, fine, jolie et expressive, est une révélation de premier ordre. Les auteurs du film n’ont pas transigé avec la dureté de la fin du roman. Tout ce qui a trait à la relation entre Cora et Uncas confère au Dernier des Mohicans selon Tourneur un romantisme sombre et audacieux qui l’élève au-delà de sa condition de film d’aventures habilement troussé (ce qu’il est aussi). La noblesse nue du dernier plan réunissant ces deux personnages est à coup sûr l’oeuvre d’un grand cinéaste. En dépit d’une exposition quelque peu illustrative du fait de l’abondance de cartons, ce petit classique du cinéma muet américain n’a donc rien perdu de sa beauté.

North of Hudson Bay (John Ford, 1923)

Dans la baie de Hudson, un homme cherche son frère chercheur d’or assassiné…

Pour un film de Tom Mix, il y a peu d’action et pas mal de scènes en intérieur. Qui plus est, cette action est très kitsch. Le folklore du costume de Tom Mix et l’artifice de ses pseudo-prouesses sont l’antithèse du naturel dru et beau des westerns avec Harry Carey. Vieillot.

La proie nue (Cornel Wilde, 1966)

Au XIXème siècle, un Blanc est utilisé par une tribu africaine comme proie d’une chasse à l’homme.

Un récit de survie assez radical puisque seule l’action compte (les dialogues des indigènes n’étant pas sous-titrés). Il y a de beaux moments de barbarie mais il faut reconnaître qu’à la longue, ce récit aussi primitif que ses personnages est un peu chiant d’autant que la thématique du « retour à la sauvagerie » est appuyée par de -nombreuses- séquences de documentaire animalier. Son pseudo-remake, Apocalypto, est plus abouti et plus intense.

Les révoltés de la Claire-Louise (Appointment in Honduras, Jacques Tourneur, 1953)

Pour assurer un rendez-vous avec des rebelles au Honduras, un aventurier américain détourne un cargo, s’allie à des repris de justice et prend en otage un couple de riches touristes.

Solide petite série B d’aventures. Le suspense autour des péripéties exotiques (à noter les plans particulièrement terrifiants de reptiles en tous genres et dans toutes sortes de situations) n’est pas une fin en soi mais révèle les personnages à eux-mêmes. La survie dans la jungle fait naître au sein du groupe une violence érotique qui ramène peu à peu hommes et femmes à un état pré-civilisé. Le viril Glenn Ford et l’affriolante Ann Sheridan en sont les parfaits interprètes. Outre sa concision, c’est cette place centrale accordée aux personnages (à l’évolution conjointe de leurs caractères, de leurs positions sociales et de leurs désirs) qui rend un Appointment in Honduras infiniment supérieur aux pseudo-films d’aventures tournés trente ans après avec dix fois plus de savoir-faire technique et de moyens financiers. Il y a ainsi plus d’humanité dans le regard jeté par Ann Sheridan à son mari avant d’embrasser l’homme qui lui a sauvé la vie que dans l’intégralité des quatre Indiana Jones.