Nouveau journal d’une femme en blanc/Une femme en blanc se révolte (Claude Autant-Lara, 1966)

La jeune doctoresse Claude Sauvage est engagée par un médecin de campagne pour l’aider à s’occuper de son frère toxicomane.

Suite du Journal d’une femme en blanc, ce film parle également du contrôle des naissances. Les auteurs ont quitté Paris pour la province, qu’il peignent d’ailleurs avec plus de justesse que les milieux estudiantins du premier volet. Le didactisme est compensé par l’honnêteté foncière de Claude Autant-Lara et Jean Aurenche qui ne camouflent rien des conséquences du combat d’une héroïne en dehors des normes. Ainsi, cette héroïne accumule les maladresses voire les bêtises tandis que son employeur, même si farouchement opposé à l’avortement, l’aide à sortir du pétrin dans lequel elle s’est mise.

Les personnages ne sont donc pas prisonniers de leurs stéréotypes et, comme chez Mizoguchi, c’est un ordre social inique plus qu’un personnage de « méchant » qui est pointé du doigt. Danielle Volle, qui succède à Marie-José Nat dans le rôle-titre, fut d’ailleurs en 1966 une révélation de tout premier ordre et il est dommage qu’on l’ait si peu vu au cinéma par la suite. Elle fait mentir le propos de Serge Daney comme quoi les cinéastes de la qualité française auraient été incapables de voir et saisir les jeunes talents.

Cette honnêteté profonde, ce refus de la caricature, ce respect du réalisateur pour ce qu’il filme, permet de passer outre certaine épaisseur de l’ouvrage: conventions grossièrement intégrées (l’histoire d’amour), ficelles narratives voyantes, grands discours mis dans la bouche des protagonistes, voix-off souvent redondante et, malgré les nombreuses différences entre les deux oeuvres, impression de redite par rapport au film de l’année précédente. Ces qualités toutes classiques de mesure et d’équilibre permettent même à Autant-Lara d’atteindre à de beaux moments de cinéma. Voir la fin qui, comme le dit si bien Jacques Lourcelles dans le dernier numéro de Présence du cinéma, montre de la part du cinéaste un « sens aigu de la durée du plan eu égard à son coefficient dramatique ».

Mais…qu’avez vous fait à Solange? (Massimo Dallamano, 1972)

Dans un lycée de jeunes filles, plusieurs élèves sont assassinées…

Du cinéma d’exploitation à la fois racoleur (les scènes de douche collectives entre adolescentes) et moralisateur (l’avortement vu comme le traumatisme ultime). Résolution de l’intrigue éminemment tartignolle, comme il se doit dans ce genre de film. Musique d’Ennio Morricone bonne mais pas très variée.

Les mauvaises rencontres (Alexandre Astruc, 1955)

Une jeune ambitieuse montée à Paris se retrouve impliquée dans une affaire de moeurs.

Ce premier long-métrage du célèbre critique Alexandre Astruc (le théoricien de la « caméra-stylo ») a en son temps favorablement impressionné les jeunes Turcs des Cahiers du cinéma. Il est vrai que, tout en étant pleinement ancré dans son époque, son style tranchait d’avec le cinéma français d’alors, un cinéma justement déconnecté de l’époque. L’intrigue, adaptée du hussard Jacques Laurent, s’appuie sur des clichés romanesques qui ont vieilli. La pseudo-modernité due à l’absence de regard moral sur les actions des personnages n’a pas moins vieilli.

La construction narrative alambiquée faite de multiples flashbacks apparaît inutilement compliquée. Les dialogues délibérément littéraires ont certainement influencé Truffaut et Rohmer mais ils renforcent la distance entre le spectateur et les personnages, distance également entretenue par les savants mouvements de caméra d’un cinéaste-cinéphile très influencé par Welles, Preminger et Losey. Bref, Les mauvaises rencontres est un film d’une froide et vaine sophistication qui a toutefois le mérite historique d’être le précurseur le plus authentique de la Nouvelle Vague.

Trois dans un sous-sol (Abram Room, 1927)

Un ouvrier propose à un nouveau collègue de partager son logement. Cela va poser des problèmes avec sa femme.

Ce film d’Abram Room connu chez nous sous divers titres (Trois dans un sous-sol mais aussi Ménage à trois et Le lit et le sofa) eut en son temps un joli succès chez les cinéphiles français. Son intimisme tranchait avec le reste du cinéma soviétique. Aujourd’hui, il ne reste guère plus qu’un ennuyeux film à thèse féministe platement mis en scène dans lequel une certaine légèreté laisse rapidement la place à une lourde intrigue mélodramatique.

Journal d’une femme en blanc (Claude Autant-Lara, 1965)

D’abord à travers les problèmes de ses patientes puis lorsque son aventure d’un soir avec un médecin entraîne de fâcheuses conséquences, une jeune interne du service maternité se voit confrontée à la question de l’avortement.

Le caractère scandaleux de son sujet (on est en 1965) aurait pu faire de Journal d’une femme en blanc une énième gesticulation anti-bourgeoise de Claude Autant-Lara. Il n’en est rien. Certes, le début avec la gentille interne, les malheureuses patientes et les méchants mâles laisse croire à un film à thèse schématique. Cependant, au fur et à mesure, les caractères se nuancent, le récit s’épaissit. L’auteur ne défend pas de position tranchée sur l’avortement, celui-ci est simplement le moteur dramatique qui permet de faire évoluer les personnages, de révéler leur vérité au spectateur. L’interprétation sensible de Marie-José Nat et le lyrisme de la belle musique de Michel Magne contrastent avec la froide blancheur des images d’hôpital, parviennent à transcender des ficelles narratives pas toujours très fines et achèvent de faire de Journal d’une femme en blanc un des films les plus attachants d’Autant-Lara. Très bon.

4 mois, 3 semaines, 2 jours (Cristian Mungiu, 2007)

Dans la Roumanie de Ceaucescu, le périple de deux jeunes filles pour avorter l’une d’entre elles.

Vous connaissez tous déjà, je pense, la fameuse palme d’or roumaine. Que dire si ce n’est que ce filmage en plans-séquences, que ce perpétuel nez dans le guidon est à la fois la force et la limite du film? Coller aux héroïnes permet de se centrer sur l’action, de faire ressentir les choses d’une façon directe sans passer par le discours. Mais l’absence de toute mise en perspective limite la portée de l’oeuvre.  Ainsi, on aperçoit beaucoup de pistes intéressantes durant la sordide équipée des deux filles mais aucune n’est jamais vraiment traitée faute d’une vision d’ensemble englobant le sujet. Mungiu embrasse beaucoup mais n’étreint pas. Pourquoi d’ailleurs avoir placé cette histoire sous Ceaucescu? Finalement, le cinéaste ne montre rien de spécifique à une dictature. En définitive, la ligne directrice de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, son sujet profond, est peut-être à chercher dans le sens de l’amitié qui motive l’héroïne.